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Orthographe : Questions de langue

Les gallicismes

Introduction

Quoique toutes les langues paraissent construites sur un plan uniforme dans leurs parties essentielles. Cependant, elles offrent des particularités, soit dans l’emploi des mots, soit dans la manière de les arranger, qui, s’écartant des règles ordinaires distinguent une langue de toutes les autres. Ces locutions particulières s’appellent idiotismes.

Lorsqu’on a voulu distinguer les idiotismes propres à une langue en particulier, on les a donné un nom analogue à celui de cette langue. Les idiotismes de la langue française s’appellent « gallicismes », comme ceux du grec s’appellent hellénismes ; ceux du latin latinismes ; ceux de l’anglais anglicismes ; ceux de l’allemand germanismes. Ainsi idiotisme désigne le genre dont les autres mots sont les espèces.

En termes plus simples, un gallicisme est un emploi ou une tournure propre à la langue française. Ce mot désigne aussi un emprunt d’une langue étrangère au français.

Le gallicisme étant une façon de s’exprimer particulière au français, cette particularité d’expression peut se trouver :

  • dans le sens d’un mot simple ;
  • dans l’association de plusieurs mots ;
  • dans l’emploi d’une figure ;
  • dans la construction de la phrase.

Les rubriques suivantes suffiront pour justifier et éclaircir ces distinctions.

Les gallicismes dans le sens d’un mot simple

Il ne peut y avoir de gallicisme de la première espèce que dans les mots qui, étant communs à plusieurs langues, ont pris dans la nôtre une signification toute particulière, et éloignée de celle du mot primitif.

Ainsi nos langues modernes ont adopté le mot « sentiment », dérivé du primitif latin sentire ; mais ce mot a pris, dans chacune d’elles des nuances d’acception particulières à chacune d’elles.

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● En italien, sentimento exprime deux idées différentes : l’opinion qu’on a sur un objet ou sur une question ; et la faculté de sentir.
● En anglais, sentiment ne signifie que le premier de ces deux sens, celui d’opinion.
● En français, le mot sentiment a pris beaucoup plus d’extension ; non seulement il désigne en général toutes les affections de l’âme, mais il exprime plus particulièrement la passion de l’amour. « Son sentiment était si profond, dit l’auteur de la Princesse de Clèves, que rien au monde ne pouvait la distraire des objets qui servaient à le nourrir ». Traduisez cette phrase dans toute autre langue, en conservant le mot « sentiment », et vous ferez un gallicisme. Les Anglais en ont fait un, en créant le mot « sentimental », qui a un sens plus étendu que leur substantif « sentiment », mais qui est parfaitement analogue à l’usage que nous avons fait du mot « sentiment », et qui ne pouvait, par conséquent, manquer d’être adopté par les écrivains.

Les gallicismes dans l’association singulière des mots

En changeant tout à fait le sens des termes, produisent souvent des gallicismes.

Ainsi le même adjectif, mis avant ou après son substantif, exprime des idées différentes ; il y a loin d’un bon homme à un homme bon ; d’un galant homme à un homme galant ; d’un brave homme à un homme brave ; d’une sage femme à une femme sage ; d’une certaine nouvelle à une nouvelle certaine.

Le mot « autre » perd sa signification étant joint à « nous » ou à « vous » : vous autresnous autres.

Les gallicismes de figures

Ils sont très nombreux, quoiqu’on ne doive y comprendre que les expressions figurées, employées dans l’usage commun de la langue, et non celles qui pourraient être autorisées seulement par des exemples particuliers. C’est une figure bien hardie, et particulière à notre idiome, que celle qu’on emploie tous les jours, en disant : Comment vous portez-vous ? Il se porte mal, pour dire comment est votre santé ? Sa santé est mauvaise.

Les expressions figurées qui forment des gallicismes sont tirées plus généralement d’anciens usages qui nous étaient vraisemblablement plus familiers qu’aux autres nations, comme les tournois, la chasse, le jeu de la paume, etc. Ainsi, on dit rompre en visière à quelqu’un, pour dire l’attaquer, le contredire avec aigreur et avec emportement sur ses opinions, ses prétentions, etc. ; parce qu’il n’était pas permis, dans les joutes ni dans les tournois, de frapper à la visière de son adversaire.
Être à bout , à bout de voie, sont des termes de chasse. Servir sur les deux toits, donner dans le travers, friser la corde, sont des termes de la paume.

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Il y a des figures, même très hardies, dont l’emploi dans la langue commune ne peut s’expliquer. Nous en avons surtout tiré un grand nombre des verbes qui sont d’un usage plus ordinaire ; tels que être, avoir, faire, aller, venir, entrer, sortir, perdre, gagner, etc.

Nous ne citerons que les expressions suivantes : être au fait des usages, d’une aventure ; faire la barbe ; faire les ongles ; sortir d’une maladie ; perdre un objet de vue ; gagner une maladie ; se mettre à rire, à dormir ; etc.

Les gallicismes de construction

Ils sont aisés à reconnaître, parce qu’ils sont tous, dans certaines constructions, contraires aux règles ordinaires de la syntaxe ; d’autres sont des ellipses ; quelques-uns ne peuvent être attribués qu’aux inexplicables bizarreries de l’usage.

Il y a, pour dire, il est, il existe, est un gallicisme qui se reproduit dans beaucoup de phrases : il y avait autrefois un roi, il y a deux ans que je ne l’ai pas vu,etc.

Il n’est rien moins que généreux, pour dire, il n’est point généreux vous avez beau dire, sont encore des gallicismes.

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L’emploi des gallicismes

On doit distinguer, relativement au style, trois sorte de gallicismes.

  • La première est celle des gallicisme que le registre soutenu et littéraire admet, parce qu’ils communiquent au style de l’énergie, de la grâce et de la variété.
  • La deuxième est celle des gallicismes qui ne conviennent qu’au style léger, familier et badin.
  • La troisième enfin est celle de ces gallicismes qu’on ne trouve employés que dans le style burlesque, bas et populaire. De ce genre sont une infinité d’expressions proverbiales.

L’emploi des gallicismes est moins fréquent à mesure que le registre de langue est plus élevé ; on n’en trouve q’un très petit nombre dans le poème épique, dans la tragédie et dans le discours sur de grands sujets. Mais on les trouve en abondance dans les comédies, dans les poèmes sur des sujets plaisants.

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