Les ouvrages anonymes

Anonyme veut dire collectif. Un mot qu’on ne signe pas, ça veut dire qu’il représente la collectivité, quand on ne s’individualise pas.

(Christine Angot, Quitter la ville, 2000)

 

Définition et causes des ouvrages anonymes

Un ouvrage est dit anonyme lorsqu’il apparaît sans nom d’auteur. Suivant Barbier1, il faudrait ranger aussi parmi les ouvrages anonymes ceux qui n’ont pas de nom d’éditeur et les traductions dont le traducteur ne s’est pas fait connaître.

Les causes qui portent certains auteurs à garder l’anonyme peuvent être fort diverses. Si l’on en croit Baillet2, les uns veulent éviter la confusion d’avoir mal écrit, les autres la récompense ou la louange qui leur reviendrait ; il en est qui craignent d’exposer au public un nom inconnu ; il en est d’autres qui ont de l’indifférence et du mépris pour la réputation qu’on acquiert en écrivant, « parce qu’ils considèrent comme une bassesse et comme un sot orgueil de passer comme auteurs, de même qu’en ont usé quelquefois des princes en publiant leurs propres ouvrages sous le nom de leurs domestiques. » Il faut reconnaître que ce dernier motif a cessé depuis longtemps d’avoir de l’influence, et que des personnages du plus haut rang briguent la réputation d’écrivains sans crainte d’être taxés de bassesse. On peut cependant garder l’anonyme par orgueil comme par modestie ; mais le plus souvent, c’est dans le but de révéler plus librement certains faits, d’exposer sans danger certaines opinions politiques ou religieuses. Ajoutons que l’anonyme est d’un immense avantage pour un livre destiné à la popularité.

À la découverte des auteurs

Les recherches pour découvrir les auteurs des ouvrages anonymes ont été quelquefois fort longues, mais presque toujours couronnées de succès. Elles sont d’autant plus faciles que l’ouvrage qui en fait l’objet est d’un plus grand écrivain, dont le style individuel perce, pour ainsi dire, de lui-même le voile de l’anonyme.

Parmi les ouvrages qu’il n’a pas été possible d’attribuer d’une manière définitive à un auteur, on remarque dans l’Antiquité la Batrachomyomachie ; au Moyen Âge, l’Imitation de Jésus-Christ, attribué à Jean Gerson et actuellement à Thomas a Kempis ; dans les temps modernes, les Lettres politiques de Junius, publiées à Londres dans le Public Advertiser, de 1769 à 1772. Citons encore le traité de géographie dont l’auteur inconnu, désigné sous le nom d’Anonyme de Ravenne, vécut vers le VIIe ou le IXe siècle ; la Vie de Louis le Débonnaire, par le chroniqueur du IXesiècle, que ses connaissances en astronomie firent surnommer l’Astronome, et le pamphlet publié vers 1633 contre le cardinal de Richelieu, sous ce titre : Le gouvernement présent ou éloge de Son Éminence.

Des ouvrages dévoilés

Parmi les ouvrages qui ont paru anonymes et dont les auteurs sont aujourd’hui connus, les plus nombreux sont ceux qui, par leur portée politique ou religieuse, faisaient redouter des persécutions ou des embarras graves ; tels sont la Satire Ménippée (1583), par Pierre le Roy, Jean Passerat, Nicolas Rapin, Pierre Pithou, etc. ; la Confession catholique du sieur de Sancy (1533), par Agrippa d’Aubigné ; les Aventures du baron de Faeneste (1630), par l’Agrippa d’Aubigné ; les Mémoires du cardinal de Richelieu, publiés d’abord sous le titre d’Histoire de la mère et du fils ; les Lettres provinciales (1656-1657) de Pascal, les premières du moins, avant l’invention du pseudonyme de Louis de Montalte ; l’Anti-Machiavel (1740), par Frédéric II ; la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1740), par Diderot ; l’Essai sur les mœurs, de Voltaire ; l’Ami des hommes (1756), par Victor Riqueti, marquis de Mirabeau ; le Christianisme dévoilé (1767), par Paul-Henri Thiry, baron d’Holbach ; le Bon sens du curé Meslier (1772), par aussi Paul-Henri Thiry ; etc.

D’autres livres publiés sous le voile de l’anonyme, sans raison sérieuse, sont reconnus plus tard par les auteurs qui n’avaient pas osé les avouer à leur naissance ; de ce nombre sont : Artamène ou le Grand Cyrus (1650), par Mlle de Scudéry ; les Maximes (1665) de La Rochefoucauld ; la Princesse de Clèves (1678), par Mme de La Fayette ; les Caractères (1688) de La Bruyère ; l’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut (1733, connu aujourd’hui sous le titre de Manon Lescaut), par l’abbé Prévost ; etc.

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On peut ranger encore parmi les livres anonymes ceux dont l’auteur, après avoir publié une œuvre non signée, se désigne plus tard par la qualité d’auteur de cette première œuvre ; c’est ainsi que Walter Scott signa plusieurs de ses romans parmi lesquels l’Auteur de Waverley, et que Mme Agénor de Gasparin signe l’Auteur des horizons prochains.

Notes

1. Antoine-Alexandre Barbier (1765-1825) est un bibliothécaire et bibliographe français. Il publie le Dictionnaire des Anonymes (1822). 
2.  Adrien Baillet (1649-1706) est un théologien et homme de lettres français. Il est surtout connu comme le premier biographe de René Descartes. Parmi ses œuvres :Auteurs déguisés (1690), Vie de Descartes (1691).  

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