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Les mots invariables : L’interjection :

Les valeurs des interjections

Il raconte une séance chez le dentiste : « […] tout d’un coup, j’ai senti l’outil sur ma dent : alors ououou ! et puis crac ! ». Ces deux interjections sont très près des impressions sensorielles qu’elles veulent rendre : elles reproduisent directement pour l’oreille, l’une un cri réflexe produit par la douleur, l’autre le bruit d’un objet qui se casse (la dent)…

(Charles Bally, Le Langage et la vie, 1952)

Qu’est-ce qu’une interjection ?

L’interjection sert à peindre d’un seul trait les affections subites de l’âme ; ce n’est, pour ainsi dire, qu’un cri, mais ce cri tient la place d’une proposition entière.

L’interjection est principalement un ton, un cri arraché par la passion. Sa valeur dépend surtout de l’accent de la voix. Ainsi la voyelle a, prononcée avec une aspiration plus ou moins marquée, répond presque à tous les mouvements de l’âme ; elle peint la joie ou la douleur, la crainte ou l’admiration, l’ironie, le mépris, l’amour. Delà vient que chacun, selon ses impressions du moment, modifie cette forme du langage, et qu’il est fort difficile en ce cas d’établir des règles précises sur sa valeur. L’interjection est généralement suivie du point d’exclamation dans l’écriture et porte un accent d’intensité dans le discours oral.

En savoir plus sur les interjections…

Valeurs des interjections

A

À quoi bon (?) : le découragement.

Ah ! : la joie, la douleur, l’admiration, l’amour, etc.

Ah bon ! : l’étonnement, l’incrédulité, l’ironie, etc.

Ah ça ! : pour exhorter (en début de phrase), la stupéfaction, l’étonnement, l’impatience, etc.

Ah ça bien ! : l’impatience.

Ahi ! ou Aïe ! : l’expression de la douleur.

Allons ! : le souhait, l’exhortation, la menace, l’indignation.

B

Bah ! : l’étonnement, le doute, l’insouciance, la négation.

Bast ! Basta ! ou Baste ! : l’indifférence, le dédain, la résignation, l’impatience ou la déception.

Bon ! : l’approbation, le mécontentement, la fin d’une discussion, la surprise, etc.

Bon ça ! : la joie, la satisfaction.

Bravo ! : pour applaudir, la satisfaction, l’approbation, l’enthousiasme.

C

Ça ! : pour exciter, encourager, inviter ou inciter à faire quelque chose.

C’est bon ! : la satisfaction, l’agacement, etc.

Chut ! : pour avertir, pour inviter à se taire, à faire le silence ou à faire preuve de discrétion.

Ciel ! Ô ciel ! Juste ciel ! ou Justes cieux ! : la stupéfaction, la crainte, la joie.

Corbleu ! : juron familier qui marque une vive humeur, nuancée d’indignation, de véhémence, etc.

Courage ! ou Bon courage ! : pour animer, exciter, formuler un souhait.

Crac ! : pour marquer la soudaineté d’un fait.

D

Da ! Oui-da ! ou Nenni-da ! : pour renforcer le mot oui, pour renforcer une affirmation (employé en fin de phrase), pour exprimer plus formellement l’adhésion ou le refus.

Dame ! ou Dam ! : la surprise, l’assentiment du locuteur (par rapport à une chose ou à une assertion), pour renforcer une déclaration.

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Dia ! : pour faire aller les chevaux a gauche. Antonyme : hue !

Diable ! : pour appuyer vivement une déclaration, pour marquer la surprise, l’admiration, la perplexité, l’irritation, etc.

Que diable ! : employé tantôt pour marquer la surprise, tantôt pour souligner énergiquement une affirmation.

Diantre ! Au diantre ! ou Que diantre ! : employé pour éviter de prononcer le mot diable.

Dieu ! Grand Dieu ! ou Bon Dieu ! : pour renforcer l’expression d’émotions et de sentiments.

E

Eh ! Eh bien ! ou Eh bien, soit ! : l’admiration, la surprise.

Euh ! ou Euh, euh ! : l’appréhension, l’impatience, l’embarrassement, la surprise, le choc, la déception ; onomatopée pour indiquer l’enrouement.

F

Fi ! ou Fi donc ! : la répugnance, le dégoût, le mépris.

Foin ! : le dépit, la colère , la haine , le mépris.

G

Gare ! : pour avertir de se ranger, de se détourner, de se préserver d’un danger immédiat, d’une situation future ou d’un évènement.

H

Ha ! : la surprise, l’étonnement.

Ha ! Ha ! : le reproche.

Haïe ! : pour animer les chevaux ; pour stimuler, faire avancer une personne.

Hé ! : pour appeler, avertir ; marque la commisération, la douleur, l’étonnement, le regret.

Hé, hé ! : l’adhésion, l’approbation.

Hein ? : pour demander à l’interlocuteur de compléter, expliciter une information ou éclaircir son attitude ; la surprise.

Hélas ! : l’affliction, le regret, la déception, la plainte.

Hem ! ou Hum ! : pour appeler ou commander l’attention, pour attirer l’attention ou signaler discrètement sa présence à quelqu’un ; pour marquer que le locuteur veut reprendre le fil du discours après une digression ou une interruption.

Hi ! : le cri poussé par quelqu’un qui a peur.

Hi ! Hi ! : les sanglots qui secouent quelqu’un qui pleure ; les sons produits par quelqu’un qui rit d’une chose qui, à l’évidence pour lui, n’est pas jugée (très) amusante par l’interlocuteur.

Ho ! ou Ho, ho ! : pour appeler ; l’étonnement, la dérision, l’indignation.

Hola ! : pour appeler, pour sommer quelqu’un de cesser ce qu’il fait.

Hom ! ou Hon ! : le doute, la défiance, le mécontentement, l’étonnement.

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Hop ! ou Houp ! : pour donner le signal (à une personne ou à un animal) d’un saut, d’un mouvement rapide ou pour requérir la prompte exécution d’un ordre.

Et hop ! : pour marquer, dans un récit, un rapport de succession immédiate entre une action et son résultat.

Hue ! : pour faire avancer les chevaux, et particulièrement pour les faire tourner à droite. Antonyme : dia !

L

Là ! ou Là, la ! ou Là, là ! ou La, la ! : pour insister sur une circonstance ; pour calmer une personne, l’apaiser, la rassurer ou l’exhorter ; employé en combinaison avec une autre interjection pour la renforcer.

M

Malepeste ! : la surprise, l’irritation.

Miséricorde ! : l’extrême surprise, la douleur, l’inquiétude ; pour demander du secours.

Morbleu ! : juron exprimant une colère mêlée d’impatience et d’indignation

Motus ! : pour avertir de ne rien dire, pour inviter quelqu’un à garder le silence. Synonymes : Chut ! Silence !

O

Ô ! : pour marquer diverses passions, divers mouvements de l’âme ; pour interpeller, apostropher ou invoquer.

Ohé ! ou Oé ! : pour signaler sa présence, pour attirer l’attention sur soi, pour manifester son intention de communiquer quelque chose à quelqu’un ; mimologie du cri des charretiers pour arrêter leurs chevaux.

Oh ! : la surprise, l’étonnement, la déception ; pour donner au sens plus de force.

Ouais ! : le doute, la perplexité, l’ironie, et plus fréquemment la surprise et l’étonnement.

Ouf ! : une douleur subite, l’étouffement, l’oppression ; la satisfaction ou l’apaisement suite à un évènement pénible ou dangereux.

Or ! Or ça ! ou Or sus ! : pour interpeller, pour exciter, pour convier à faire quelque chose.

P

Paf ! ou Pam ! : onomatopées pour indiquer une chute, un coup.

Paix ! : pour réclamer ou imposer le silence, la réserve.

Palsambleu ! : juron employé fréquemment dans les comédies mettant en scène des paysans. Voir corbleu ! Morbleu !

Patatras ! : pour exprimer le bruit fracassant d’une chute brutale d’une chose ou d’une personne.

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Peste ! : une surprise admirative, une surprise désagréable, une exclamation affirmative, la désapprobation, l’imprécation.

Pouah ! : le dégoût physique, intellectuel ou moral.

Poue ! ou Pouh ! : un soupir profond ; pour indiquer que le locuteur n’accorde pas ou peu d’intérêt, d’estime, de considération à quelque chose ou quelqu’un ; pour exprimer le bruit d’une arme à feu qu’on décharge.

Pouf ! : le bruit sourd produit par un choc, la chute d’un corps ; le bruit produit par un souffle court et gêné ; la soudaineté d’une action ; pour évoquer la production de petites bouffées de poussière, de fumée (si répété).

Q

Quoi ! ou Eh quoi ! : l’admiration, l’étonnement, l’indignation.

S

Silence ! : employé elliptiquement pour commander le silence.

St ! St ! St ! : prononcé sitt avec l’i très faible. Terme qui sert pour appeler ou pour avertir de se taire. On trouve aussi quelquefois pst qui se prononce de la même manière avec articulation du p. Il est à remarquer, du reste, que ces deux interjections, espèce de sifflement, existent en grec, mots qui servaient aux bergers pour appeler leur troupeau.

Sus ! : pour exhorter, exciter.

T

Taïaut ! : dans la chasse à courre, cri du chasseur pour signaler la bête et lancer les chiens à sa poursuite.

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Tarare ! : pour marquer qu’on se moque de ce qu’on entend dire ou qu’on ne le croit pas.

Tope ! : l’assentiment, le consentement.

Tout beau ! ou Tout doux ! : pour inviter au calme ou à la modération, doucement.

V

Va ! : l’exhortation, l’encouragement, la menace ou le dédain.

Va donc ! : formule de mépris, précédant généralement une injure.

Vivat ! : la satisfaction, l’accord ; pour applaudir.

Voi ! : l’impatience ; ce mot semble le même que Ouais.

Z

Zest ! : la rapidité, la soudaineté d’une action ; pour rejeter un argument ; l’incrédulité , la moquerie , la promptitude.

Zut ! ou Zut et bran ! : l’irritation, l’exaspération, l’impatience, le désir d’en finir, le mépris, l’indifférence, la colère, etc.

Notes
  • Les auteurs comiques font usage d’un grand nombre de jurons qui se placent comme interjections dans les phrases ; en voici quelques uns : Corbleu, mordienne, morbleu, paltambleu, parbleu, pardienne, têtebleu, ventrebleu, vertubleu, etc.
  • Tous ces mots sont d’anciens jurements qu’on a déguisés. On a dit d’abord : Par le corps de Dieu, par la mort de Dieu, par le sang, etc. C’est ainsi qu’on emploie aussi les locutions ma foi ! Jour de Dieu ! Mort de ma vie ! etc., et les adjectifs ou adverbes alerte ! Ferme ! Preste ! etc.
  • Enfin, on trouve encore bien d’autres exclamations que l’usage enseignera.

Les mots invariables

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