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L’euphonie et les lettres euphoniques

Je m’endormais en balbutiant des phrases incohérentes, où je tâchais de mettre la douceur, le nombre et la grâce de l’écrivain qui a le mieux transporté dans la prose l’euphonie racinienne.

(François-René ChateaubriandMémoires d’outre-tombe, tome 1, 1848)

Qu’est-ce que l’euphonie ?

Le mot « euphonie » vient du grec : bene et vox qui veut dire voix bonne, c’est-à-dire prononciation facile, agréable.

Cette facilité de prononciation, dont il s’agit ici, vient de la facilité du mécanisme des organes de la parole. Par exemple, on aurait de la peine à prononcer ma histoire, ma âmema épée ; on prononce plus aisément mon histoire, mon âmemon épée. De même on dit par euphonie : mon amie, et même m’amie, au lieu de ma amie.

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De son côté, l’Académie française (1932) ajoute que « l’élision et la contraction de l’article défini peuvent être regardées comme des cas d’euphonie. »

Note
La cacophonie et la dissonance sont les termes qui peuvent s’opposer au mot euphonie. De plus, on rencontre dans la documentation l’adverbe euphoniquement qui veut dire d’une manière euphonique par euphonie.
Moi, j’aurais mis : « chemin bordé d’aristocrates limaces » ou, plus euphoniquement : « chemin bordé de limaces aristocratiques » (Francis de Miomandre, Écrit sur eau, 1908).

Le recours aux lettres euphoniques

C’est par la raison de cette facilité dans la prononciation que, pour éviter la peine que cause l’hiatus ou bâillement toutes les fois qu’un mot finit par une voyelle, et que celui qui suit commence par une voyelle, on insère entre ces deux voyelles certaines consonnes qui mettent plus de liaison, et par conséquent plus de facilité dans le jeu des organes de la parole. Ces consonnes sont appelées lettres euphoniques, parce que tout leur service ne consiste qu’à faciliter la prononciation.

Ce service des lettres euphoniques est en usage dans toutes les langues, parce qu’il est une suite naturelle du mécanisme des organes de la parole.

C’est par la même cause que l’on dit m’aime-t-il ? dira-t-on ! Le t est la lettre euphonique ; il doit être entre deux divisions, et non entre une division et une apostrophe parce qu’il n’y a point de lettre mangée ; mais il faut écrireva-t-en, parce que le t est là le singulier de vous. On dit va-t-en, comme on dit allez-vous-enallons-nous-en.

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On est un abrégé de homme ; ainsi comme on dit l’homme, on dit aussi l’onsi l’on veut : l interrompt le bâillement que causerait la rencontre de deux voyelles i o.

L’euphonie, un emploi fautif ?

S’il y a des occasions où il semble que l’euphonie fasse aller contre l’analogie grammaticale, on doit se souvenir de cette réflexion de Cicéron, que l’usage nous autorise à préférer l’euphonie à l’exactitude rigoureuse des règles.

Nous convenons de la justesse de la réflexion pour les cas où il ne s’agit que de quelque accident grammatical, comme mon amitié, mon épée, au lieu de ma amitié, ma épée, mais nous n’en convenons pas si l’on veut en inférer que l’euphonie peut autoriser à changer la nature des mots et à employer par exemple, au lieu d’une préposition, une autre préposition qui a un rapport tout différent, comme à pour de, ou de pour à.

Observations sur les principales lettres euphoniques

● L, lettre purement explétive, dit l’Académie (à l’article de la lettre L), qu’on met par euphonie devant on, comme dans cette phrase, le lieu où l’on est, pour éviter le concours désagréable des deux voyelles ou on. C’est par euphonie aussi qu’on dit si l’on pour si onviendra-t-il pour viendra-il ? (à l’article Euphonie).
Lorsque le temps d’un verbe, terminé par une voyelle, est suivi immédiatement des pronoms il, elle, on (à l’article de la lettre T), on met par euphonie, et pour éviter l’hiatus, un entre le pronom : dira-t-on, fera-t-iljoue-t-elle, viendra-t-on, etc.
Il faut observer, dit encore l’Académie (à l’article Y), que quand est mis immédiatement après la seconde personne de l’impératif, le mot finit par s, comme :Vas-y donnes-y tes soins cueilles-y des fruits.

● La lettre T, dit Beauzée (à l’article T du Dictionnaire de grammaire et de littérature), est euphonique chez nous, lorsque, par inversion, nous mettons, après la troisième personne du singulier terminée par une voyelle, les mots ilelle et on ; comme a-t-ilaime-t-elley alla-t-on ; et dans ce cas, la lettre t se place, comme on voit, entre deux tirets. La lettre euphonique et les tirets désignent l’union intime et indissoluble du sujet ilelle ou on avec le verbe ; et le choix du tpar préférence, vient de ce qu’il est la marque ordinaire de la troisième personne.

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● S est ordinairement, dit aussi Beauzée (à l’article Euphonie du même dictionnaire), la terminaison de la seconde personne singulière. De là, l’usage où nous sommes d’en faire une lettre euphonique, après la seconde personne de l’impératif des verbes de la première conjugaison ou de ceux en ir dont l’indicatif présent est en eOn y insère une euphonique, si ces impératifs sont suivis de l’un des adverbes en ou y ; mais cette lettre s écrit alors comme terminaison de l’impératif : vas-ydonnes-y tes soinsoffres-y tes conseilsacceptes-en l’hommageouvres-en l’avis.

Orthographe

● Généralités● Le nom● L’adjectif

● Le verbe

● Accords particuliers

● Questions de langue française

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● Remarques orthographiques sur quelques homonymes

● L’orthographe de quelques mots à retenir

● Rectifications orthographiques de 1990

 


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