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Rhétorique et style

L’exorde

L’exorde est principalement un essai de la voix et des périodes, en vue de disposer l’auditoire comme il faut.

(Alain, Système des Beaux-Arts, 1920, p. 98)

Qu’est-ce que l’exorde ?
Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, PUF, Paris, 2013, 246 p.

Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, PUF, Paris, 2013, 246 p.

L’exorde – nom masculin – (du latin exordium, « commencement ») est la première des cinq parties du discours reconnues comme essentielles par la rhétorique dans la Disposition. Les autres parties qui suivent l’exorde sont la narration, la division, la confirmation et la réfutation. Le discours s’achève par la péroraison.

L’exorde est une des parties du discours les plus essentielles, une de celles que tous les sujets comportent et que les circonstances de temps et de lieu modifient, mais ne suppriment pas. L’exorde, d’où dépend souvent le succès de tout le discours, a pour objet de préparer l’auditoire, d’appeler son attention sur le sujet et de gagner sa bienveillance. Il donne également une idée générale de la cause qu’on va défendre ou du sujet qu’on va traiter. C’est là que celui qui parle doit déployer les qualités qui assurent à l’homme un bon accueil : modestie, prudence, probité, autorité.

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L’exorde est le triomphe de ce que les Anciens ont nommé les mœurs, et celui aussi des précautions oratoires, ces tours adroits par lesquels l’orateur, comme l’écrivain, adoucit ce qui peut paraître choquant, cet art de ne pas heurter de front l’opinion contraire ou les sentiments hostiles, de s’associer même, dans une certaine mesure, aux préjugés, aux intérêts que l’on va combattre.

→ À lire : La rhétorique.

Trois sortes d’exorde

Les Anciens distinguent trois sortes d’exordes : l’exorde simple ou tempéré, l’exorde insinuant ou par insinuation et l’exorde brusque, ex abrupto ou véhément. L’éloquence chrétienne a fait ajouter un quatrième, l’exorde majestueux, solennel ou pompeux.

Le choix et l’emploi du genre d’exorde dépendent du sujet, de l’orateur, de l’auditoire, du temps, du lieu, des dispositions d’esprit produites ou révélées par les circonstances. Ce qu’il faut remarquer, c’est ce que l’exorde brusque lui-même demande autant d’habileté que de passion ; que celle-ci ne doit jamais être déréglée et aveugle, et que l’éloquence des coups de tonnerre ne va jamais sans l’art de se concilier la bienveillance des gens sur qui elle éclate.

Dans l’exorde simple ou tempéré, l’orateur entre en matière avec simplicité, et il dispose favorablement son auditoire par l’expression des mœurs : son ton est modeste et naturel. Mais sa position n’est pas toujours aussi facile. Il a souvent affaire à un auditoire prévenu. Dans ce cas, il évitera soigneusement tout ce qui pourrait choquer ou distraire ceux qui l’écoutent. C’est surtout dans cette espèce d’exorde qu’il est nécessaire d’employer les précautions oratoires, c’est-à-dire, ces tours adroits qu’un homme habile sait trouver pour triompher des préventions, et faire passer les idées qui pourraient déplaire si elles étaient présentées sans préparation : c’est l’exorde par insinuation.

Quelquefois, et surtout dans les répliques, la situation est tellement pressante, qu’il est permis à l’orateur d’entrer tout à coup en matière. C’est un cri d’indignation qui lui échappe. La première Catilinaire de Cicéron offre un admirable modèle de cette espèce d’exorde, qu’on appelle exorde brusque ou exorde ex abrupto.

Dans les sujets du genre démonstratif (comme dans les sermons, les oraisons funèbres et les discours académiques), l’orateur pourra commencer avec une certaine pompe. C’est l’exorde solennel, majestueux ou pompeux, tel que Jacques-Bénigne Bossuet l’a souvent employé.

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→ À lire : L’éloquence et ses trois genres » Le genre démonstratif.

Qualités et défauts de l’exorde

Quelle que soit la nature de l’exorde, il faut, avant tout, qu’il soit tiré du sujet. Autrement ce ne serait plus qu’un hors-sujet. De même, quoique l’exorde soit la première partie du discours, l’orateur ne doit-il y songer que quand il a bien étudié la matière qu’il a à traiter.

La concision✳ est une qualité essentielle à tout le discours car tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant. Cependant, dans l’exorde principalement, la diffusion serait intolérable. Il faut arriver promptement au fait, et ne pas fatiguer l’attention des auditeurs par d’inutiles circonlocutions.

Un exorde banal est celui qui peut convenir à toute espèce de sujet. C’est un défaut qu’il faut éviter aussi soigneusement que la prolixité. C’est encore un défaut de l’exorde que de pouvoir se prêter, à l’aide de quelques changements, au discours de l’adversaire. Il ne faut jamais fournir des armes contre soi.

L’exorde ne doit pas être trop brillant, ni être pris sur un ton trop élevé. Il est difficile de se soutenir à une certaine hauteur, et lorsqu’on a prodigué d’abord toutes ses ressources, on tombe bientôt dans la stérilité, et au moment même où on aurait le plus besoin de réveiller l’attention de l’auditoire.

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📝 Lexique
La concision, en parlant d’écrits, de paroles ou de discours, est la qualité de ce qui est réduit à l’essentiel et l’exprime en peu de mots.
✳ La diffusion, en parlant d’un style, est un défaut de concision et de précision.
✳ La prolixité est la longueur excessive d’un exposé oral, d’un écrit.
✳ La circonlocution est un détour de langage qui, en évitant les termes précis, visent à masquer la pensée ou à adoucir ce que l’on veut dire.

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