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L’imagination

Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton.

  (Charles Baudelaire, Curiosités esthétiques, )

Définition et types de l’imagination

L’imagination est la faculté de représenter ou de rendre présentes à l’esprit des choses qui en sont actuellement absentes, soit que ces choses existent en effet et aient été déjà perçues, soit qu’étant simplement possibles, elles n’aient jamais encore été perçues.

On distingue d’après cela deux sortes d’imagination :

  • l’imagination passive ou reproductrice ;
  • l’imagination active ou créatrice qu’on appelle aussi constructive on créatrice.

La première est une forme de la mémoire, la seconde, dans la mesure où elle ne se ramène pas à la première, est une forme de l’intelligence proprement dite ou de la raison.

Peinture sur main représentant un chat. C'est le fruit d'une imagination reproductive.

Peinture sur main représentant un chat. C’est le fruit d’une imagination reproductive.

L’imagination reproductrice

La psychologie du XVIIe siècle (Descartes, Malebranche, etc.) entendait presque uniquement par imagination ou fantaisie la faculté de reproduire mentalement les images des choses sensibles, en d’autres termes l’imagination reproductrice on mémoire imaginative.

II y a en effet une mémoire des sens. Toute sensation laisse après elle une image. On peut imaginer ainsi non seulement des formes et des couleurs, mais encore des sons, des contacts, et même, quoi que avec plus de peine, des saveurs, des odeurs, etc.
Ces images sont naturellement très vives et très distinctes chez certains esprits : ainsi celles des formes et des couleurs chez les peintres, celles des sons musicaux chez les musiciens, etc.

Dans certains cas, l’image peut devenir aussi vive, aussi distincte qu’une sensation et être prise pour elle : c’est ce qu’on appelle alors une hallucination.
Pendant le sommeil, les images, n’étant pas réfrénées par le contraste des sensations, font l’effet de la réalité. Le rêve n’est qu’une succession d’images.

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Dans la veille même, les images peuvent soit se combiner à nos sensations ; soit les exclure partiellement, passagèrement de notre conscience ; de là les illusions, les rêveries, l’extase, etc.

L’imagination reproductrice est soumise aux lois de la mémoire. À l’origine, elle est la mémoire elle-même. Pour l’enfant, se souvenir d’un objet et l’imaginer, le revoir mentalement, c’est tout un. Comment l’imagination peut-elle se séparer plus tard de la mémoire ? Tout souvenir se compose de deux éléments : une représentation et un jugement par lequel cette représentation est reconnue et rapportée an passé.

Que le premier élément, la représentation, se réduise au strict nécessaire, que le second subsiste dans son intégrité : le résultat sera la mémoire proprement dite.

Au contraire, que le second s’affaiblisse et s’efface, et que le premier demeure intact et complet : le résultat sera l’imagination reproductrice.

L’imagination est la représentation intégrale et concrète de l’événement ou de l’objet, tellement vive et distincte que l’esprit s’absorbe dans sa contemplation et qu’elle est pour lui chose présente et non passée.

En un mot l’idée du passé, présente dans la mémoire, absente de l’imagination, est, selon la remarque d’Aristote, ce qui fait leur principale différence.

Mickey Mouse et son chien Pluto sont des personnages anthromorphiques et le fruit de l'imagination de l'équipe Disney.

Mickey Mouse et son chien Pluto sont des personnages anthromorphiques et le fruit de l’imagination de l’équipe Disney.

L’imagination créatrice

De l’imagination reproductrice à l’imagination créatrice, le passage est insensible.

Un tableau de peinture pourrait être le résultat d'une imagination créatrice à l'instar de La Girafe en feu (1936) du peintre Salvador Dalí.

Un tableau de peinture pourrait être le résultat d’une imagination créatrice à l’instar de La Girafe en feu (1936) du peintre Salvador Dalí.

On appelle imagination créatrice ou simplement imagination le pouvoir de produire des images ou idées nouvelles, plus ou moins originales, en modifiant et combinant des images ou idées antérieurement acquises.

Or il se fait parfois dans la mémoire une sorte d’altération spontanée des souvenirs. Les circonstances moins importantes s’arrondissent et s’effacent, les autres s’exagèrent et se transfigurent. De là, le charme des souvenirs d’enfance. Les traditions, ces souvenirs d’enfance de l’humanité, sont pleines de mythes et de légendes.

D’autre part, dans les rêves, le délire, sous l’influence de certaines substances (opium, etc.), les images se combinent spontanément dans un ordre tout à fait nouveau, imprévu, souvent même extravagant.

Mais cette imagination, bien qu’elle dépasse déjà la simple reproduction des images, est toute passive et automatique. On appelle surtout imagination un pouvoir actif et plus on moins réfléchi de transformer, d’inventer, de créer.

Ainsi, on fait acte d’imagination, lorsqu’en lisant le récit d’une bataille ou d’une tempête, on se les représente, quoiqu’on n’y ait jamais assisté.

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Un degré supérieur d’imagination est celui du poète ou du romancier qui, avec des matériaux pris dans sa mémoire mais plus ou moins profondément transformés, crée des personnages, des milieux, des événements qui n’ont jamais existé. De même l’architecte, le sculpteur, le peintre, le musicien modifient et combinent des lignes, des couleurs, des sons, de manière à produire des ensembles qui, lors même qu’ils imitent des choses réelles, n’en sont cependant jamais de simples copies.

L’imagination a aussi sa place dans les sciences. Les objets des mathématiques sont tous des constructions idéales dont l’expérience et l’abstraction n’ont fourni que les indispensables éléments. Les théorèmes, les démonstrations, avant d’être connus, ont dû être inventés ; et ils n’ont pu l’être sans doute que par des combinaisons d’idées sans cesse renouvelées. Dans les sciences de la nature, l’esprit est souvent force de supposer la loi qui le fuit et d’imaginer un fait qui la saisisse et la révèle ; le génie scientifique pourrait s’y définir le don d’inventer tout à la fois des hypothèses fécondes et des expériences décisives.

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Enfin, dans la vie, quiconque rêve d’un passé ou d’un avenir meilleur pour lui-même ou pour ses semblables, quiconque se trace un plan de conduite et en déroule dans sa pensée les conséquences, ne fait évidemment que modifier et combiner des idées au gré de ses désirs ou de sa volonté. De même aussi, celui qui, adaptant des vérités scientifiques au but qu’il se propose, en fait sortir des inventions utiles à l’humanité.

 

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