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La poésie : Les genres de poésie

L’ode morale ou philosophique 

Qu’est-ce que l’ode ?

L’ode (n.f.) était le nom donné, chez les Grecs, à tout poème lyrique qui pouvait être chanté, et qui se distinguait en cela de l’élégie. Telles sont les odes de Pindare et d’Anacréon👤. Chez les modernes, l’ode est un petit poème lyrique, dans lequel le poète exhale les sentiments les plus intimes de son âme, et qui est partagé en un certain nombre de stances ou strophes presque toujours semblables ou symétriques pour le nombre et la mesure des vers, ainsi que pour la combinaison des rimes.

👤 Anacréon
Anacréon (en grec ancien Anakréôn), né vers 550 av. J.-C. à Téos, en Ionie, mort vers 464 av. J.-C., est l’un des plus grands poètes lyriques grecs avec Alcée de Mytilène et Sappho. Il est surnommé Le chantre ou Le vieillard de Téos.

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À lire :

L’ode.
L’ode héroïque ou pindarique.
La poésie lyrique.

Qu’est-ce que l’ode morale ou philosophique ?

L’ode morale ou philosophique est celle dont les sentiments sont inspirés par la vertu, l’amitié et l’humanité. Elle attaque le vice, célèbre la vertu, présente de grandes vérités, de belles et utiles maximes ou bien elle approfondit, dans un langage qui n’a rien de didactique, de hautes questions philosophiques. Cette ode s’appuie toujours, dans les leçons qu’elle donne, sur des exemples sensibles. D’un autre côté, pour l’homme de bien, elle ne peut manquer d’avoir un caractère plus ou moins religieux. Voilà pourquoi, elle se rapproche de l’ode héroïque et surtout de l’ode sacrée.

Quel est le caractère de l’ode morale ?

Dans l’ode morale, le poète s’abandonne à tous les transports, à toutes les inspirations que peuvent lui suggérer la beauté du bien et de la vérité, ou la laideur du mal et de l’erreur. Il doit éclairer notre âme par la splendeur du vrai, et en même temps nous échauffer, nous transporter par les élans d’un enthousiasme réel. Il faut que sa morale soit revêtue des plus brillantes couleurs, et que ses spéculations les plus abstraites soient animées de tout le feu de la poésie, comme on le voit dans l’Hymne au Christ d’Alphonse de Lamartine. Avant tout, ses principes doivent être solides, et ses sentiments nobles et purs. Quelquefois l’ode morale se contente de planer dans une région moyenne, sans chercher à s’élever à ce qu’il y a de plus sublime dans la poésie lyrique.

Quelques odes morales

Outre quelques odes d’Horace, en particulier les trois premières du livre III, nous pouvons citer en ce genre une ode de Joachim du Bellay sur la Vertu ; l’ode à la Fortune, d’Horace, mise en vers français par Jean-François de La Harpe, et comprenant l’O diva gratum et le Parcus deorum cultor ; celles de Jean-Baptiste Rousseau contre les Hypocrites et sur l’Aveuglement des hommes du siècle ; la Prière et l’Hymne au Christ, d’Alphonse de Lamartine ; Moïse sauvé du Nil, de Victor Hugo.

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Joachim Du Bellay : Si la vertu

Si la vertu, qui est de nature immortelle,
Comme immortelles sont les semences des cieux,
Ainsi qu’à nos esprits, se montrait à nos yeux,
Et nos sens hébétés étaient capables d’elle,

Non ceux-là seulement qui l’imaginent telle,
Et ceux auxquels le vice est un monstre odieux,
Mais on verrait encor les mêmes vicieux
Épris de sa beauté, des beautés la plus belle.

Si tant aimable donc serait cette vertu
A qui la pourrait voir, Vineus, t’ébahis-tu
Si j’ai de ma princesse au cœur l’image empreinte ?

Si sa vertu j’adore, et si d’affection
Je parle si souvent de sa perfection,
Vu que la vertu même en son visage est peinte ?

(Joachim Du Bellay, Les Regrets, CLXXVII, 1558)

Alphonse de Lamartine : Hymne au Christ

Le roi brillant du jour, se couchant dans sa gloire,
Descend avec lenteur de son char de victoire :
Le nuage éclatant qui le cache à nos yeux
Conserve en sillons d’or sa trace dans les cieux,
Et d’un reflet de pourpre inonde l’étendue.
Comme une lampe d’or dans l’azur suspendue,
La lune se balance aux bords de l’horizon ;
Ses rayons affaiblis dorment sur le gazon,

Et le voile des nuits sur les monts se déplie.
C’est l’heure où la nature, un moment recueillie,
Entre la nuit qui tombe et le jour qui s’enfuit,
S’élève au créateur du jour et de la nuit,
Et semble offrir à Dieu, dans son brillant langage,
De la création le magnifique hommage.

Voilà le sacrifice, immense, universel !
L’univers est le temple, et la terre est l’autel ;
Les cieux en sont le dôme, et ses astres sans nombre,
Ces feux demi-voilés, pâle ornement de l’ombre,
Dans la voûte d’azur avec ordre semés,
Sont les sacrés flambeaux pour ce temple allumés :
Et ces nuages purs qu’un jour mourant colore,
Et qu’un souffle léger, du couchant à l’aurore,
Dans les plaines de l’air repliant mollement,
Roule en flocons de pourpre aux bords du firmament,
Sont les flots de l’encens qui monte et s’évapore
Jusqu’au trône du Dieu que la nature adore.

Mais ce temple est sans voix. Où sont les saints concerts ?
D’où s’élèvera l’hymne au roi de l’univers ?
Tout se tait : mon cœur seul parle dans ce silence.
La voix de l’univers, c’est mon intelligence.
Sur les rayons du soir, sur les ailes du vent,
Elle s’élève à Dieu comme un parfum vivant,
Et, donnant un langage à toute créature,
Prête, pour l’adorer, mon âme à la nature.
Seul, invoquant ici son regard paternel,
Je remplis le désert du nom de l’Éternel ;
Et celui qui, du sein de sa gloire infinie,
Des sphères qu’il ordonne écoute l’harmonie,

Écoute aussi la voix de mon humble raison,
Qui contemple sa gloire et murmure son nom.

Salut, principe et fin de toi-même et du monde !
Toi qui rends d’un regard l’immensité féconde,
Âme de l’univers, Dieu, père, créateur,
Sous tous ces noms divers je crois en toi, Seigneur ;
Et, sans avoir besoin d’entendre ta parole,
Je lis au front des cieux mon glorieux symbole.
L’étendue à mes yeux révèle ta grandeur ;
La terre, ta bonté ; les astres, ta splendeur.
Tu t’es produit toi-même en ton brillant ouvrage !
L’univers tout entier réfléchit ton image,
Et mon âme à son tour réfléchit l’univers.
Ma pensée, embrassant tes attributs divers,
Partout autour de toi te découvre et t’adore,
Se contemple soi-même, et t’y découvre encore :
Ainsi l’astre du jour éclate dans les cieux,
Se réfléchit dans l’onde, et se peint à mes yeux.

C’est peu de croire en toi, bonté, beauté suprême !
Je te cherche partout, j’aspire à toi, je t’aime !
Mon âme est un rayon de lumière et d’amour
Qui, du foyer divin détaché pour un jour,
De désirs dévorants loin de toi consumée,
Brûle de remonter à sa source enflammée.
Je respire, je sens, je pense, j’aime en toi !
Ce monde qui te cache est transparent pour moi ;
C’est toi que je découvre au fond de la nature,
C’est toi que je bénis dans toute créature.
Pour m’approcher de toi, j’ai fui dans ces déserts :
Là, quand l’aube, agitant son voile dans les airs,

Entr’ouvre l’horizon qu’un jour naissant colore,
Et sème sur les monts les perles de l’aurore,
Pour moi c’est ton regard qui, du divin séjour,
S’entrouvre sur le monde et lui répand le jour.
Quand l’astre à son midi, suspendant sa carrière,
M’inonde de chaleur, de vie et de lumière,
Dans ses puissants rayons, qui raniment mes sens,
Seigneur, c’est ta vertu, ton souffle que je sens ;
Et quand la nuit, guidant son cortège d’étoiles,
Sur le monde endormi jette ses sombres voiles,
Seul, au sein du désert et de l’obscurité,
Méditant de la nuit la douce majesté,
Enveloppé de calme, et d’ombre, et de silence,
Mon âme de plus près adore ta présence ;
D’un jour intérieur je me sens éclairer,
Et j’entends une voix qui me dit d’espérer.

Oui, j’espère, Seigneur, en ta magnificence :
Partout à pleines mains prodiguant l’existence,
Tu n’auras pas borné le nombre de mes jours
À ces jours d’ici-bas, si troublés et si courts.
Je te vois en tous lieux conserver et produire :
Celui qui peut créer dédaigne de détruire.
Témoin de ta puissance et sûr de ta bonté,
J’attends le jour sans fin de l’immortalité.
La mort m’entoure en vain de ses ombres funèbres,
Ma raison voit le jour à travers ses ténèbres ;
C’est le dernier degré qui m’approche de toi,
C’est le voile qui tombe entre ta face et moi.
Hâte pour moi, Seigneur, ce moment que j’implore ;
Ou si dans tes secrets tu le retiens encore,
Entends du haut du ciel le cri de mes besoins !
L’atome et l’univers sont l’objet de tes soins :

Des dons de ta bonté soutiens mon indigence,
Nourris mon corps de pain, mon âme d’espérance ;
Réchauffe d’un regard de tes yeux tout-puissants
Mon esprit éclipsé par l’ombre de mes sens ;
Et, comme le soleil aspire la rosée,
Dans ton sein à jamais absorbe ma pensée !

(Alphonse de Lamartine, « La Prière », in Méditations poétiques, Dix-neuvième Méditation, 1860)

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