Roland Barthes

Auteurs français XXe siècle ► vous êtes ici

Auteurs français

Roland Barthes

1915 – 1980

Ce que je goûte dans un récit, ce n’est donc pas directement son contenu ni même sa structure, mais plutôt les éraflures que j’impose à sa belle enveloppe.

Annonce

(Roland Barthes, Le Plaisir du texte, 1973)

Photo de Roland Barthes

Présentation

Roland Barthes, né le 12 novembre 1915 à Cherbourg et mort le 26 mars 1980 à Paris, est philosophe, critique littéraire et sémiologue français. Il est l’auteur du Degré zéro de l’écriture, qui a été l’un des premiers à appliquer à la critique littéraire des concepts empruntés à la psychanalyse, à la linguistique et au structuralisme. Il est également l’un des principaux animateurs du post-structuralisme et de la sémiologie linguistique et photographique en France.

→ À lire : Roland Barthes : Le Degré zéro de l’écriture (1953).

Un enfant fragile

Né à Cherbourg, Roland Barthes est un enfant fragile, orphelin de père, menacé, selon ses propres termes, par « l’ennui, la vulnérabilité, l’aptitude au désespoir ». Il est élevé par sa mère à Bayonne, où il commence son enseignement primaire. Il déménage pour Paris à l’âge de huit ans et poursuit sa scolarité au lycée Montaigne, puis au lycée Louis-le-Grand. Atteint d’une première crise de tuberculose, il fait une cure dans les Pyrénées en 1935, puis il entame des études de lettres, qu’il poursuit jusqu’à la licence. Plusieurs rechutes de tuberculose le contraignent à interrompre ses études et à effectuer de nombreux séjours en sanatorium, de 1941 à 1946.

Un homme brillant et influent
Annonce

Après avoir enseigné à Bucarest, puis à Alexandrie, en tant que lecteur à l’Université, Roland Barthes entre au CNRS, d’abord comme stagiaire de recherche en lexicologie, puis en tant qu’attaché de recherche en sociologie. En 1962, la qualité de ses travaux lui permet d’être nommé directeur d’étude à l’École pratique des hautes études. En 1967, il soutient sa thèse de doctorat, intitulée Système de la mode.

L’originalité de la pensée de Roland Barthes — dont le parcours atypique s’est toujours tenu d’une certaine façon à l’écart des institutions universitaires classiques — commence à rayonner bien au-delà des séminaires qu’il anime et du cercle de ses disciples. Sociologue, il devient également dès les années 1950 l’une des figures majeures de la « nouvelle critique ».

Du Degré zéro de l’écriture à la nouvelle critique

Le premier ouvrage important de Roland Barthes, Le Degré zéro de l’écriture (1953), pose un des concepts clés de sa pensée, résidant dans une définition originale du terme d’écriture : « … l’écriture est une fonction ; elle est le rapport entre la création et la société, elle est le langage littéraire transformé par sa destination sociale, elle est la forme saisie dans son intention humaine et liée ainsi aux grandes crises de l’Histoire. » (Le Degré zéro de l’écriture).

Avec Michelet par lui-même (1954), Sur Racine (1963), Essais critiques (1964) et Critique et Vérité (1966), il inaugure une méthode critique empruntant à la psychanalyse, à la linguistique, au structuralisme, déclenchant du même coup une véritable polémique avec les tenants de la critique traditionnelle universitaire et en particulier avec Raymond Picard, professeur à la Sorbonne et spécialiste de Racine, qui l’attaque dans Nouvelle Critique ou Nouvelle Imposture (1965), pour lui reprocher ses imprécisions et ses généralisations abusives.

→ En savoir plus : Roland Barthes : Le Degré zéro de l’écriture (1953).

Un souffle neuf et inédit

Les années 1960 sont, malgré ces résistances, celles d’un renouveau de la critique : l’essor des sciences humaines apporte un souffle neuf aux problématiques de la littérature. Parallèlement au Nouveau Roman, la nouvelle critique cherche des approches inédites : elle propose même une conception neuve du fait littéraire, qui s’attache moins aux notions d’œuvre et d’auteur qu’à celle de texte, par exemple.

En tant que sémiologue, Roland Barthes contribue à faire admettre une conception du texte comme système de signes perpétuellement à interpréter, à redéchiffrer, selon une méthode inaugurée dans Mythologies (1957), ouvrage où il s’attache à analyser les enjeux cachés des objets et des faits quotidiens.

Annonce

Devenu l’une des figures marquantes du structuralisme et de la sémiologie, il est élu en 1976 au Collège de France, où l’on a créé pour lui la chaire de sémiologie littéraire. Il y enseigne quatre ans, mais meurt prématurément en 1980, renversé par un camion.

Référence majeure de l’intelligentsia française des années 1960 et 1970, Roland Barthes a montré d’une façon originale le continuum qui existe entre la littérature et la critique, en soulignant ce que l’essai théorique ou critique pouvait avoir de profondément « romanesque » ou même d’« autobiographique ». C’est ce dont témoigne l’adresse au lecteur de son autoportrait intellectuel, Roland Barthes par Roland Barthes (1975) : « Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman ». C’est aussi ce que montre le principe de la composition des Fragments d’un discours amoureux (sorte d’ouvrage de réflexion sur l’amour, à la manière du De l’amour de Stendhal) : « C’est donc un amoureux qui parle et qui dit… »

📽 15 citations choisies de Roland Barthes
  • Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. (Fragments d’un discours amoureux, 1977)
  • L’amoureux qui n’oublie pas quelquefois meurt par excès, fatigue et tension de mémoire. (Fragments d’un discours amoureux, 1977)
  • Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé… (Fragments d’un discours amoureux, 1977)
  • Au dire de Freud, un peu de différence mène au racisme. Mais, beaucoup de différences en éloignent irrémédiablement. (Fragments d’un discours amoureux, 1977)
  • Le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, à la différence de la vue, qui est le plus magique. (Mythologies, 1957)
  • L’automobile est un équivalent assez exact des cathédrales gothiques. (Mythologies, 1957)
  • Ce que le public réclame, c’est l’image de la passion, non la passion elle-même. (Mythologies, 1957)
  • La femme commence là où finit l’histoire. (Michelet par lui-même, 1954)
  • Toute l’histoire repose, en dernière instance, sur le corps humain. (Michelet par lui-même, 1954)
  • Ce que la photo reproduit à l’infini n’a lieu qu’une fois. (La Chambre claire : note sur la photographie, 1980)
  • La jouissance passe par l’image : voilà la grande mutation. (La Chambre claire : note sur la photographie, 1980)
  • Le souvenir est le début de l’écriture et l’écriture est à son tour le commencement de la mort (si jeune qu’on l’entreprenne). (Le Degré zéro de l’écriture, 1953)
  • En littérature, tout est ainsi donné à comprendre, et pourtant, comme dans notre vie même, il n’y a pour finir rien à comprendre. (Le Degré zéro de l’écriture, 1953)
  • La Littérature est comme le phosphore: elle brille le plus au moment où elle tente de mourir. (Le Degré zéro de l’écriture, 1953)
  • C’est le rythme même de ce qu’on lit et de ce qu’on ne lit pas qui fait le plaisir des grands récits. (Le Plaisir du texte, 1973)
  • Ce que je goûte dans un récit, ce n’est donc pas directement son contenu ni même sa structure, mais plutôt les éraflures que j’impose à sa belle enveloppe. (Le Plaisir du texte, 1973)
  • Le livre fait le sens, le sens fait la vie. (Le Plaisir du texte, 1973)
  • J’écris parce que je ne veux pas des mots que je trouve, par soustraction. (Le Plaisir du texte, 1973)
  • Lire, c’est désirer l’œuvre, c’est vouloir être l’œuvre. (Critique et vérité, 1966)
Bibliographie

Cette liste ne comprend que les livres de Roland Barthes et un important entretien. Les références marquées d’un astérisque sont des recueils parus après la mort de Barthes.

  • Le Degré zéro de l’écriture. Paris, Seuil, 1953.
  • Michelet par lui-même. Paris, Seuil, 1954.
  • Mythologies. Paris, Seuil, 1957.
  • Sur Racine. Paris, Seuil, 1963.
  • Éléments de sémiologie. Paris, Seuil, 1964.
  • Essais critiques. Paris, Seuil, 1964.
  • Critique et vérité. Paris, Seuil, 1966
  • Système de la mode. Paris, Seuil, 1967.
  • L’Empire des signes. Paris, Skira, 1970.
  • S/Z. Paris, Seuil, 1970.
  • «  Réponses » (entretien). Tel Quel, n° 47 (automne)  : 89-107, 1971.
  • Sade/Fourier/Loyola. Paris, Seuil, 1971.
  • Le Plaisir du texte. Paris, Seuil, 1973.
  • Roland Barthes par Roland Barthes. Paris, Seuil, 1975.
  • Fragments d’un discours amoureux. Paris, Seuil, 1977.
  • Leçon  : leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France, prononcée le 7 janvier 1977. Paris, Seuil, 1978.
  • Sollers écrivain. Paris, Seuil, 1978.
  • La Chambre claire  : note sur la photographie. Paris, Gallimard et Seuil, 1980
  • *Le Grain de la voix  : entretiens 1962-1980. Paris, Seuil, 1981.
  • *L’Obvie et l’Obtus. Paris, Seuil, 1982.
  • *Le Bruissement de la langue. Paris, Seuil, 1984.
  • *L’Aventure sémiologique. Paris, Seuil, 1985.
  • *Incidents. Paris, Seuil, 1987.
  • *Écrits sur le théâtre. Paris, Seuil, 2002.
  • *Carnets du voyage en Chine. Paris, Bourgois, 2009.
  • *Journal de deuil. Paris, Seuil, 2009.

Articles connexes

Suggestion de livres


Mythologies

Fragments d’un discours amoureux

La Chambre claire : note sur la photographie

Le Plaisir du texte

Le degré zéro de l’écriture,
suivi de Nouveaux essais critiques

Le Bruissement de la langue

Roland Barthes

Essais critiques
Annonce

À lire également...

EspaceFrancais.com

You cannot copy content of this page