Nathalie Sarraute : Pour un oui ou pour un non (1982)
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Nathalie Sarraute
Pour un oui ou pour un non (1925)
Sommaire
Nathalie Sarraute, née à Ivanovo-Voznessensk en Russie, le 18 juillet 1900, morte à Paris le 19 octobre 1999, est une écrivaine française d’origine russe.
Elle est l’une des figures du Nouveau Roman à partir de la publication de L’Ère du soupçon en 1956…
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Présentation
Publiée en 1982, Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute est une pièce emblématique du théâtre contemporain, créée comme pièce radiophonique en décembre 1981, où l’invisible et le non-dit deviennent les véritables protagonistes. À travers une simple conversation entre deux amis, l’auteure explore la fragilité du langage et la complexité des rapports humains. Derrière un échange apparemment anodin, elle dévoile les tensions, les malentendus et les blessures cachées que les mots peuvent provoquer.
Nathalie Sarraute nous invite ainsi à réfléchir sur la puissance du langage et sur la difficulté d’être sincèrement compris.
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Réécriture de « détails »
Dernière pièce de Nathalie Sarraute, Pour un oui pour un non prend pour point de départ une phrase empruntée à son roman Entre la vie et la mort (1968), lui-même palimpseste des œuvres précédentes. Cette pièce est aujourd’hui celle de l’auteur la plus représentée au théâtre.
Personnages
La pièce Pour un oui ou pour un non repose sur une structure minimaliste : deux personnages, simplement nommés H1 et H2. Leur anonymat n’est pas anodin. En supprimant les prénoms, Nathalie Sarraute universalise leur affrontement : ces deux voix pourraient appartenir à n’importe qui.
H1 est celui qui se sent blessé par une remarque apparemment banale : un simple « C’est bien, ça », prononcé par son ami. Il incarne la sensibilité exacerbée, l’attention portée à l’infime, au ton, à l’intention cachée derrière les mots.
H2, quant à lui, est celui qui a prononcé cette phrase sans arrière-pensée. Il représente une forme de spontanéité, voire de naïveté, face à la lecture soupçonneuse et quasi paranoïaque de son ami.
Entre eux se joue un duel verbal, subtil et cruel, où l’amitié se fissure sous le poids de ce qui ne se dit pas. H1 et H2 deviennent ainsi les symboles de la difficulté à communiquer et de la méfiance qui peut s’insinuer dans les relations les plus proches.
Une intonation fatale
Deux amis de toujours, H1 et H2, s’affrontent à propos de quelques mots prononcés un jour par H1 (« C’est bien… ça… »), et qui, par la manière dont ils ont été dits, ont blessé H2. Plus les explications s’échafaudent, plus l’amitié s’écroule devant le spectacle de cette multitude de détails qui aujourd’hui les séparent. H2 se laisse submerger « pour un oui pour un non », H1 est à l’inverse très fier de sa vie: plus rien ne les unit.
Dualité
Dans Pour un oui pour un non, tout se dit : les mots de l’amitié, de la souffrance, de la colère. Le lien que l’individu tisse avec le langage, la relation qu’il entretient avec le jugement d’autrui sont autant d’éléments que Sarraute décrit avec toujours plus d’acuité. Non dépourvue d’ironie, la pièce s’apparente toutefois surtout au tragique. Quelques mots, une intonation semblent ainsi pouvoir remettre en question une amitié indestructible. Plus on fouille les mots et les jugements, plus on en découvre d’autres enfouis plus profondément. Certains individus anéantissent tout « pour un oui pour un non », par folie, par légèreté ou, tout simplement, parce qu’ils considèrent que de même qu’un « oui » s’oppose irrémédiablement à un « non », une unique parole peut renverser un univers.
Montée une première fois en 1986, la pièce connaît de nouveau le succès au théâtre en 1998, dans deux mises en scène, l’une de Simone Benmussa (1932-2001) où, comme en 1986, Sami Frey incarne le rôle de H2, l’autre de Jacques Lassalle au théâtre de la Colline. Au cinéma, Jacques Doillon en a fait une excellente adaptation en 1988 : un huis clos au sein duquel André Dussollier et Jean-Louis Trintignant ont su se fondre dans les mots du texte.
Thèmes principaux
L’œuvre Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute aborde plusieurs thèmes essentiels, caractéristiques du Nouveau Roman et du théâtre du soupçon.
Le langage et le malentendu
Le cœur de la pièce repose sur la fragilité du langage. Une simple expression devient source de rupture, révélant que les mots ne disent jamais tout. Nathalie Sarraute explore la distance entre ce qu’on dit, ce qu’on veut dire et ce que l’autre comprend.
La communication impossible
Derrière un dialogue apparemment banal, la pièce met en lumière l’incapacité des êtres à se comprendre pleinement. Chaque mot devient suspect, chaque ton interprété. L’amitié s’effrite sous le poids du non-dit et de la méfiance.
L’amitié et la rupture
Ce face-à-face tendu révèle la fragilité des liens humains. L’amitié entre H1 et H2, construite sur la complicité, se délite à cause d’une phrase mal interprétée. Nathalie Sarraute montre que même les relations les plus sincères peuvent être minées par les doutes et les susceptibilités.
Les tropismes
Fidèle à son œuvre romanesque, Sarraute met en scène les tropismes. Ces mouvements intérieurs imperceptibles qui animent les êtres sans qu’ils en aient pleinement conscience. Le texte rend visibles ces vibrations secrètes de la pensée et du sentiment.
La subjectivité et la perception
Chaque personnage vit la même scène de manière différente. Ce thème souligne combien la réalité est perçue à travers le prisme de la subjectivité. Il n’y a pas une vérité, mais deux vérités inconciliables.
Ainsi, Pour un oui ou pour un non devient une exploration à la fois intime et universelle des failles du langage et des zones d’ombre de l’âme humaine.
Réception et influence
À sa parution en 1982, Pour un oui ou pour un non a été saluée par la critique pour la finesse de son écriture et la profondeur de son analyse psychologique. Bien que la pièce repose sur un dialogue minimaliste, elle a séduit par la tension dramatique qu’elle réussit à créer à partir du presque rien, une prouesse typiquement sarrautienne.
Le public du théâtre contemporain y a vu une œuvre audacieuse, rompant avec les formes traditionnelles. En privilégiant les mouvements intérieurs plutôt que l’action, Nathalie Sarraute renouvelle la manière de représenter les rapports humains. Son théâtre s’inscrit dans la continuité du théâtre de l’absurde (aux côtés de Beckett ou Ionesco), tout en s’en distinguant par son exploration minutieuse du langage et de la psychologie.
L’influence de Pour un oui ou pour un non dépasse le cadre théâtral : l’œuvre a inspiré des réflexions sur la communication interpersonnelle, le poids du non-dit et la subjectivité du langage dans la littérature et la philosophie contemporaines. Elle reste aujourd’hui étudiée comme un exemple majeur de la modernité sarrautienne, où le moindre mot devient un champ de bataille entre les êtres.
Le parcours « Théâtre et dispute » au Bac de français
Ce parcours invite à réfléchir sur la manière dont le théâtre met en scène le conflit, qu’il soit verbal, moral, social ou psychologique. Dans le théâtre, la dispute devient un moteur dramatique : elle révèle les tensions entre les personnages, mais aussi les fractures plus profondes de la société ou de la conscience humaine.
Dans Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute revisite ce thème de façon originale. La dispute n’y éclate pas pour une raison grave, mais pour une phrase insignifiante. Ce choix est essentiel : il montre que le conflit ne naît pas toujours de grandes causes, mais souvent de malentendus, d’interprétations ou de susceptibilités cachées. Sarraute transforme une querelle banale en une véritable enquête sur le langage et sur la psychologie de la communication.
Ainsi, dans le cadre du parcours « Théâtre et dispute », cette œuvre illustre parfaitement :
– que le théâtre peut dramatise l’invisible, c’est-à-dire les pensées, les émotions et les intentions derrière les mots ;
– que la dispute devient un outil pour interroger la nature humaine, la relation à l’autre et la vérité du langage ;
– que la mise en scène du conflit peut se faire sans décor grandiose ni événement spectaculaire. La tension naît ici de la parole seule.
En somme, Sarraute renouvelle la tradition de la dispute théâtrale en la ramenant à son essence : le dialogue, la confrontation des points de vue et l’impossibilité, parfois, de se comprendre.
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