Tristan Tzara

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Tristan Tzara

1896 – 1963

Tristan Tzara, de son vrai nom Samuel Rosenstock, né le 16 avril 1896 à Moinești en Roumanie, et mort le 24 décembre 1963 dans le 7e arrondissement de Paris, est un poète français d’origine roumaine. Il est l’initiateur du mouvement dada.
→ À lire : Le dadaïsme.

Le fondateur du mouvement dada

Né à Moineşti (Roumanie), Samuel Rosenstock, dit Tristan Tzara, fait des études de mathématiques et de philosophie à Bucarest où il compose ses premières pièces d’inspiration symboliste. En 1916, au cours de la Première Guerre mondiale, il s’expatrie à Zurich, où il fréquente les soirées du Cabaret Voltaire.

Photo de Tristan TzaraConvaincu de la vanité des valeurs traditionnelles de l’Occident, assimilant la révolte poétique à la révolution sociale, il fonde le mouvement dada en 1916 avec Hugo Ball, Marcel Janco, Jean Arp, Sophie Taeuber, Hans Richter et Richard Huelsenbeck.

Le nom de « dada » est choisi au hasard dans le dictionnaire et Tristan Tzara en définit les objectifs dans le Manifeste Dada 1918. Il s’agit de faire table rase des arts, de la poésie et plus largement de la culture établie et d’instaurer une révolution permanente de l’esprit. Par le biais d’un déferlement d’images concrètes et d’une langue désarticulée et fougueuse, Tristan Tzara revendique la primauté de la vie et de l’acte sur les arts et les idées. Destinées non à être lues, mais à être déclamées, ses premières œuvres telles que Poèmes nègres (1916) ; Poèmes simultanés (1917) ; Vingt-Cinq Poèmes (1918) expriment son scepticisme à l’égard de tous les systèmes littéraires et artistiques.

Pendant que Tristan Tzara se concilie à Paris les jeunes poètes français groupés autour de la revue Dada qu’il fonde en 1917 (André Breton, Paul Éluard, Philippe Soupault, Sándor Fraenkel, Benjamin Péret), Francis Picabia fait franchir l’océan au mouvement en l’ancrant à New York. Progressivement, le pessimisme de Tristan Tzara enveloppe sciences et philosophies. André Breton lui reproche d’ailleurs ce nihilisme provocateur et stérile sur le plan artistique : il quitte d’ailleurs la revue pour créer le surréalisme.

En marge du surréalisme

Tristan Tzara bouleverse aussi les règles dramatiques et le rôle de la scène. La Première Aventure céleste de Monsieur Antipyrine (1916) et La Deuxième Aventure de Monsieur Antipyrine (1921) expriment sa volonté de faire du théâtre un spectacle vivant et interactif par le recours au discours improvisé et au dialogue spontané entre spectateurs et comédiens. Les manifestations publiques se multiplient jusqu’à la représentation du Cœur à gaz, en 1922, qui met au grand jour les dissensions avec les surréalistes. La pièce provoque un conflit entre André Breton et Paul Éluard d’un côté et Tristan Tzara et René Crevel de l’autre.

Dès 1923, dans le recueil De nos oiseaux, il transpose sur un plan plus intériorisé les découvertes dadaïstes. Le poète recoupe souvent le chemin des surréalistes, parmi lesquels il compte toujours de fortes amitiés ; il donne cependant à son œuvre un ton plus lyrique qui s’affirme, de L’Indicateur des chemins du cœur (1928) à L’Homme approximatif (1931). La définition de « l’homme un peu animal un peu fleur un peu métal un peu homme », mais accessible à l’universalité, sert de fondement à sa défense de la poésie considérée comme une « activité de l’esprit ». Si l’Essai sur la situation de la poésie (1931) tente de ménager une possible fusion de l’homme social et du poète, des recueils tels que Où boivent les loups (1933), Grains et Issues (1935) continuent à explorer les pouvoirs de l’image.

À travers ses œuvres, Tristan Tzara reste fidèle à l’élan de contestation et de subversion de l’ordre établi qui a présidé, à la création de la revue Dada et dans laquelle il déclarait : « Je détruis les tiroirs du cerveau et ceux de l’organisation sociale ».

La poésie est action

Périodiquement brouillé avec les surréalistes et notamment avec André Breton au sujet du rôle de l’art et de la littérature dans la société, Tristan Tzara défend à partir de 1936 (c’est-à-dire à partir de la guerre d’Espagne) une poésie de plus en plus militante.

Ses recueils traduisent cette emprise des événements de l’époque sur sa propre sensibilité (La Main passe, 1936 ; Chant de guerre civile, 1936). Il milite aux côtés d’Aragon contre le fascisme et, en 1937, il entre au secrétariat du Comité pour la défense de la culture espagnole. Midis gagnés (1939) regroupent les poèmes de cette époque.

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Sous l’Occupation, il soutient les activités de la Résistance dans la zone sud, puis, en 1947, adhère officiellement au parti communiste. Parler seul, paru en 1950, témoigne de cette trajectoire. Établi dans le sud de la France, Tristan Tzara contribue après-guerre au renouveau des études occitanes. Il se consacre alors en historien, à l’archivage de la documentation conservée sur la période dada. Il s’éloigne progressivement de la vie militante mais s’oppose à la répression de Hongrie en 1956.

Son œuvre exigeante et abondante compte parmi les principales tentatives littéraires et artistiques du siècle. Tristan Tzara se consacre à réconcilier l’action et la poésie et à surmonter la contradiction interne propre à la poésie comme moyen d’expression conventionnel et impersonnel d’une part et comme « activité de l’esprit » révélatrice des rêves et porteuse des projets de chaque homme dans la société d’autre part.

📽 15 citations choisies de Tristan Tzara
  • Le plus acceptable des systèmes est celui de n’en avoir par principe aucun. (Manifeste Dada 1918)
  • Une œuvre d’art n’est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. (Manifeste Dada 1918)
  • Comme si l’artiste, renonçant à l’ivresse sensuelle des œuvres de jeunesse, s’était cherché lui-même dans une région plus élevée et plus lointaine de l’esprit. (Manifeste Dada 1918)
  • Dada ne signifie rien. – … Je suis contre tous les systèmes, le plus acceptable des systèmes est celui de n’en avoir par principe aucun. (Manifeste Dada 1918)
  • Si chacun dit le contraire, c’est parce qu’il a raison. (Die Schammade – 1920)
  • Que la terre advienne sur terre et se multiplie la graine de son règne. (Terre sur terre, 1946)
  • Le chant et le silence mon beau pays de joie… (Terre sur terre, 1946)
  • J’ai caressé l’éternité j’ai cru en elle et dans le vif silence de la vigne j’ai enterré le souvenir et l’amertume. (Signe de vie, 1946)
  • Une fleur est écrite au bout de chaque doigt et le bout du chemin est une fleur qui marche avec toi. (L’Indicateur des chemins du cœur , 1928)
  • Chaque ombre à son âme reconnaît la lumière. (Entre-temps, 1946)
  • Je ne chante pas je sème le temps.
  • N’aimez pas si vous voulez mourir tranquillement. (Littérature – Mars 1922)
  • Les frontières de la sagesse sont inexplorées. (Littérature – Mars 1922)
  • Il n’y a rien de plus agréable que de dérouter les gens. (Merz – Janvier 1924)
  • La hauteur chante ce qu’on parle dans la profondeur.

Bibliographie
  • La Première Aventure céleste de Mr Antipyrine, première édition 1916.
  • Vingt-cinq poèmes, 1918. rééd. 2006, Éditions Dilecta.
  • Cinéma calendrier du cœur abstrait maisons, première édition 1920, rééd. 2005, Éditions Dilecta.
  • Le Cœur à gaz, juin 1921.
  • Le Cœur à barbe, 1922.
  • De nos oiseaux : poèmes, 1923.
  • Sept manifestes Dada, première édition 1924, avec des dessins de Francis Picabia, rééd. 2005, Éditions Dilecta.
  • Mouchoir de nuages, 1924.Sélection, Anvers.
  • Sonia Delaunay, 1925.
  • L’Arbre des voyageurs, 1930.
  • Essai sur la situation de la poésie, 1931.
  • L’Homme approximatif, 1931.
  • Où boivent les loups, 1932.
  • L’Antitête, 1933.
  • Grains et Issues, 1935.
  • La Main passe, 1935.
  • Ramures, 1936.
  • Sur le champ, 1937.
  • La Deuxième Aventure céleste de M. Antipyrine, 1938.
  • Midis gagnés, 1939.
  • Ça va, 1944.
  • Signe de vie, 1946.
  • Entre-temps, 1946.
  • Terre sur terre, 1946.
  • La Fuite : poème dramatique en quatre actes et un épilogue, 1947.
  • Le Surréalisme et l’Après-guerre, 1947.
  • Phases, Éditions Seghers, 1949, avec un portrait (lithographie) de Tzara par Alberto Giacometti.
  • Le Poids du monde, 1951.
  • La Face intérieure, 1953.
  • L’Égypte face à face, 1954.
  • À haute flamme, 1955.
  • La Bonne Heure, 1955.
  • Parler seul, 1955.
  • Le Fruit permis : poèmes, 1956.
  • La Rose et le Chien, 1958 ; livre animé, poème perpétuel dont le texte est imprimé sur des volvelles, illustré par Picasso.
  • Juste présent, 1961.
  • Lampisteries, précédé de Sept manifestes Dada, 1963.
  • 40 chansons et déchansons, 1972.
  • Œuvres complètes, Flammarion, 1975-1982, 5 volumes.
  • Cinéma calendrier du cœur abstrait maisons, 2005.
  • Découverte des arts dits primitifs, suivi de Poèmes nègres, Hazan, 2006.

Articles connexes

Suggestion de livres


Dada est tatou / Tout est Dada

L’Homme approximatif

Grains et Issues

Dada & les dadaïsmes


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