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Auteurs français

François Rabelais

1494 ? – 1553

Jeunesse et formation

Portrait de François RabelaisFils d’un riche avocat, le baron de Lerné, François Rabelais naît à La Devinière, près de Chinon, en Touraine. Un goût immodéré pour les études le conduit en 1510 à faire son noviciat chez les franciscains de la Beaumette, près d’Angers.

Durant ses années de claustration, il fait la connaissance de Pierre Amy et d’André Tiraqueau, qui l’initient à l’hellénisme, correspond avec l’humaniste Guillaume Budé et entreprend une traduction d’Hérodote.

En 1523, conformément aux directives de la Sorbonne qui interdisent la lecture des livres grecs, il se voit retirer les moyens qui lui avaient été accordés pour ses études et qu’il n’avait pu se procurer qu’avec peine. Pour se soustraire aux rigueurs de la règle, il rejoint l’ordre des bénédictins en 1524.

Poursuivant ses lectures, il se lance dans l’étude du droit, qu’il abandonne cependant assez vite pour s’inscrire à l’université de médecine de Montpellier. Il quitte alors l’habit monastique pour celui de prêtre séculier, a deux enfants puis, après avoir été reçu bachelier en 1530, entre comme médecin à l’hôtel-Dieu de Lyon en 1532.

Œuvre

La même année, il traduit en latin des textes d’Hippocrate et de Galien, publie un ouvrage consacré au droit romain, et, surtout, fait paraître les Horribles et Espovantables Faictz et Prouesses du tresrenomme Pantagruel, roy des Dipsodes, fils du grant géant Gargantua, chronique joyeuse et truculente de la vie d’un géant insatiable, qu’il signe d’une anagramme de son nom et de son prénom : Alcofrybas Nasier. Le succès de cet ouvrage n’empêche pas sa condamnation par la Sorbonne.

Pour échapper aux conséquences de cette censure, il se met sous la protection de son ancien évêque, Geoffroy d’Estissac (1533), puis récidive, vraisemblablement deux ans plus tard (1535), en publiant, sous le même pseudonyme, la Vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel. L’ouvrage est lui aussi condamné. Il quitte alors la France et accompagne en Italie le cardinal Jean Du Bellay, en qualité de médecin particulier. De retour à Lyon, il édite la Topographie de l’ancienne Rome de Marliani, puis le Tiers Livre des faictz et dictz héroïques du bon Pantagruel qui, après avoir reçu l’approbation de François Ier, est publié en 1546.

Deux ans plus tard paraissent les onze premiers chapitres du Quart Livre, dont la fin ne sera portée à la connaissance du public qu’en 1552, soit un an avant la mort de Rabelais. Enfin, en 1562, paraît, sous le titre de l’Isle sonnante, une partie du Cinquième Livre de Pantagruel, dont l’ensemble sera publié en 1564. Cette tardive conclusion de la geste de Pantagruel n’est probablement pas de la main de Rabelais.

Analyse de l’œuvre

Inspiré des romans de chevalerie, tels les Amadis de Gaule, très en vogue à l’époque, Pantagruel présente successivement les « enfances », puis les extraordinaires « prouesses » du héros. L’idée de mettre en scène un personnage de géant, plongeant d’emblée le lecteur dans l’imaginaire, semble provenir, quant à elle, d’un roman anonyme, les Grandes et Inestimables Cronicques du grand et énorme géant Gargantua, publié à Lyon alors que Rabelais y était médecin. Toutefois, plus que des modèles, il semble que ces récits tiennent surtout lieu de prétextes à l’auteur. En effet, délibérément inscrit dans la droite ligne des « histoires à rire », il est possible de voir d’abord dans Pantagruel une suite d’épisodes cocasses, dont l’aspect humoristique vise à mieux servir les principes de l’humanisme qui y sont développés. En témoigne la lettre de Gargantua à Pantagruel, qui est un véritable programme pédagogique, où se trouve diagnostiquée toute la crise de la société et de la civilisation du XVIe siècle. Pour autant, cette œuvre ne se veut pas didactique. Résolument antidogmatique, ne faisant cas ni de la logique ni de la vraisemblance, elle affiche au contraire une constante liberté, qui tourne parfois à la désinvolture, façon de stigmatiser, dans le sillage d’Érasme, cet « amour de soi » qui interdit a priori toute « connaissance de soi ». Le symbolisme rabelaisien débouche ainsi tout naturellement sur l’utopie.

Gargantua développe en effet le célèbre thème de la société idéale de l’abbaye de Thélème : « Fais ce que voudras. » L’homme, bon par nature, y est invité à régler librement une vie à sa mesure, aidé en cela par la culture humaniste, dont l’optimisme est la règle de base. Plus explicitement que dans Pantagruel se précise ici la dimension sérieuse de l’œuvre, que le lecteur doit aller chercher au-delà du ton comique de la chronique gigantale. Le Prologue de Gargantua invite le lecteur à approfondir le sens du récit, à « rompre l’os » pour aller sucer la « substantifique moelle ». Il va de soi que cette invitation doit être considérée avec nuance, comme l’indique le ton sur lequel Rabelais s’adresse à ceux qui le lisent : ces « Buveurs très illustres », ces « Vérolés très précieux ». Ainsi l’œuvre est-elle à prendre comme le « silène » (petite boîte peinte d’un sujet comique et contenant de précieuses drogues médicinales) qui lui sert d’emblème. Quant à la gaieté du texte, elle se justifie avant tout « pour ce que rire est le propre de l’homme », et parce que, fondamentalement, toute plaisanterie est signifiante : Rabelais lui-même nous convie à superposer à la lecture comique une lecture symbolique, sans qu’aucune des deux doive nuire à l’autre. Le Tiers Livre, publié sous le nom de Rabelais, contrairement à Gargantua et à Pantagruel, reprend les mêmes personnages, mais accorde le premier rôle au moine Panurge. Réflexion sur les dettes et sur le mariage, ce livre est certainement plus inspiré que les précédents par l’actualité de l’époque, et notamment par la querelle des Femmes. Reste que le « sondage » effectué par Panurge, sous l’œil amusé de Pantagruel, pour savoir s’il faut se marier ou non est une satire de la quête de la vérité pour elle-même, opposée à l’idéal stoïcien valorisant la paix, la joie, la santé et les plaisirs corporels. La décision de poser la question à l’oracle de la Dive-bouteille servira de prétexte au Quart et au Cinquième Livres pour évoquer de nouvelles questions d’actualité. En effet, dans le Quart Livre, Rabelais prend clairement position contre les gens de justice et surtout contre le pape, avec lequel Henri II était alors en conflit. Le livre sera censuré par les théologiens de la Sorbonne en 1552.

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Enfin, le Cinquième Livre se termine par la parole de l’oracle que Panurge était venu chercher : « Trinch » (c’est-à-dire « buvez »), qui, pour toute réponse, l’incite au plaisir du bon vin qui a la faculté d’« emplir l’âme de toute vérité, tout savoir et toute philosophie ». En bon disciple d’Érasme, Rabelais n’a pas hésité à mettre à contribution toutes les langues et tous les dialectes dans une œuvre où se mêlent culture populaire et culture savante, réalisme, philosophie, allégorie, divertissement et matière à réflexion profonde. Les chroniques rabelaisiennes sont aussi une formidable symphonie verbale polysémantique, où le créateur se livre à un véritable jeu sur les mots, qui excède de beaucoup la simple nécessité de l’expression.

Bibliographie
  • Pantagruel (Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé géant Pantagruel) (1532)
  • Gargantua (La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, fils de Grandgousier) (1534)
  • Le Tiers Livre (1546)
  • Le Quart Livre (1552)
  • Le Cinquième Livre (posthume 1564)
  • Pantagrueline Prognostication et autres almanachs

Citations choisies
  • L’appétit vient en mangeant. (Gargantua)
  • Vertu dieu! que ne chantez-vous : adieu paniers, vendanges sont faites ? (Gargantua)
  • Femmes de qui les cheveux blonds
    Soit trouvés courts ou pendants longs
    Servent à l’amoureuse ruse
    Comme les serpents de Méduse. (la Louange des Femmes)
  • Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. (Pantagruel)
  • Ignorance est mère de tous les maux.
  • Un malheur ne vient jamais seul.
  • Rire est le propre de l’homme.
  • La moitié du monde ne sait comment l’autre vit.

 Autres citations de François Rabelais.

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