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Auteurs français

Alfred de Vigny

1797 – 1863

Une vie de désillusion
Débuts dans les armes
Alfred de Vigny vers l'âge de dix-sept ans en uniforme de sous-lieutenant de la Maison du roi, portrait attribué à François Joseph Kinson, Musée Carnavalet

Alfred de Vigny vers l’âge de dix-sept ans en uniforme de sous-lieutenant de la Maison du roi, portrait attribué à François Joseph Kinson, Musée Carnavalet.

Alfred de Vigny naquit à Loches, en Touraine, dans une famille d’ancienne noblesse ; son éducation fut fortement marquée par le culte des valeurs aristocratiques. Après la tourmente révolutionnaire, qui les laissa ruinés, les Vigny s’installèrent à Paris.

À la chute de l’Empire en 1814, Alfred de Vigny, conformément à sa naissance, entra avec le grade de sous-lieutenant dans les compagnies rouges ou Gendarmes du roi. Son plus brillant fait de guerre se limita cependant à escorter la calèche de Louis XVIII fuyant le retour de Napoléon en 1815. Pendant dix ans, il mena une vie de garnison qu’il trouva assez morne : ses premiers rêves, ceux des gloires militaires, étaient irrémédiablement déçus.

Fréquentation du Cénacle

Il tira profit du temps libre que lui laissait la vie militaire pour lire – notamment Byron – et faire ses débuts dans la carrière des lettres. En 1820, il fut introduit au sein du Cénacle, groupe littéraire qui s’attachait à définir les idées du romantisme naissant. Il se lia d’amitié avec Victor Hugo, qui fit paraître ses premiers poèmes dans sa revue, le Conservateur littéraire, dès 1822. C’est par un poème philosophique, Eloa ou la Sœur des anges (1824), qu’Alfred de Vigny fut révélé au grand public.

Après avoir quitté l’armée en 1827, Vigny épousa une jeune anglaise, Lydia Bunbury, et s’installa définitivement à Paris, où il publia coup sur coup Poèmes antiques et modernes (1822-1841), recueil qui réunit ses poèmes publiés en revue, et Cinq-Mars (1826), roman qui devint très populaire. Hugo lui-même écrivit dans la Quotidienne du 30 juillet 1826 un article élogieux sur ce roman « admirable » : « La foule le lira comme un roman, le poète comme un drame, l’homme d’État comme une histoire ».

Admirateur de Shakespeare, Vigny contribua à faire connaître en France le grand dramaturge en traduisant en vers quelques-unes de ses pièces, notamment Othello, le More de Venise, qui fut représenté à la Comédie-Française le 24 octobre 1829.

Lui-même se lança bientôt dans la carrière dramatique et, après quelques essais, une pièce historique, la Maréchale d’Ancre (1831) et un proverbe Quitte pour la peur (1833), il rencontra le succès avecChatterton (1835). Représentée à la Comédie-Française, la pièce était interprétée entre autres par Marie Dorval, maîtresse de Vigny, qui fut très applaudie dans le rôle de Kitty Bell. La pièce reprenait le thème d’un roman philosophique, Stello, que Vigny avait écrit trois ans plus tôt et dans lequel il développait l’idée du poète « paria » de la société moderne. C’est également ce thème que le poète développa dans Servitude et Grandeur militaires (1835) en racontant l’histoire d’un officier placé entre sa conscience d’homme et son devoir de soldat.

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Époque des désillusions

À la suite de la mort de sa mère, de sa rupture avec Marie Dorval (1837) et de brouilles successives avec ses anciens amis du Cénacle, Vigny se replia dans une solitude amère. Il en sortit néanmoins pour briguer un siège à l’Académie française, entreprise où il rencontra de sérieuses oppositions. C’est seulement après six candidatures malheureuses qu’il finit par être élu, en 1845. Pendant ces années sombres, il composa également de nombreux poèmes, comme « la Mort du loup » (1843), « la Flûte » (1843) ou « le Mont des Oliviers » (1844), qui furent rassemblés plus tard sous le titre les Destinées(posthume, 1864). Ce recueil constitue son testament philosophique.

S’étant progressivement rapproché des valeurs républicaines, Alfred de Vigny s’enthousiasma pour la révolution de 1848 et espéra jouer un rôle politique dans la IIe République. Le peu de voix recueillies par sa candidature de député en Charente lui apportèrent une nouvelle désillusion. Il se retira alors à la campagne, où il vécut jusqu’en 1853 pour y soigner sa femme devenue infirme – elle mourut en 1862. Il revint ensuite à Paris, composa quelques poèmes et rédigea des notes sur sa vie qui furent recueillies dans Journal d’un poète (posthume, 1867). Il mourut des suites d’un cancer.

Poète et paria dans la société moderne

Poète, romancier et auteur dramatique, Vigny est l’une des figures marquantes du romantisme en France. Son œuvre se caractérise par un pessimisme fondamental, qui se fit de plus en plus prégnant au cours de sa vie et de sa production. Sa vision désenchantée de la société va de pair avec un thème qu’il développa à plusieurs reprises, celui du « paria ».

Empruntant les traits tantôt du poète, tantôt du noble, parfois aussi du soldat, ce dernier est toujours un avatar de Vigny lui-même. S’il eut recours à des procédés et à des formes classiques en matière de versification, il se montra novateur en revanche dans l’utilisation qu’il fit des symboles – notamment des symboles bibliques -, qui annonce la modernité poétique de la fin du siècle.

Principales œuvres
Poèmes antiques et modernes

Publié pour la première fois en 1822 sous le titre Poèmes, puis en 1826 sous son titre actuel, et remanié à plusieurs reprises jusqu’à l’édition définitive de 1841, ce recueil est organisé en trois sections thématiques : le « Livre mystique », le « Livre antique » et le « Livre moderne ». Liés aux trois grands âges successifs de l’humanité, les poèmes reprennent des thèmes bibliques (« Moïse »), des thèmes de l’Antiquité romaine (« le Bain d’une dame romaine » ; « la Fille de Jephté ») ou des thèmes médiévaux (« le Cor », évocation de Roland) pour aborder ensuite la période moderne (« Paris » ; « Dolorida »).

Cette vaste traversée des différents moments de l’histoire de l’Homme se présente comme une épopée poétique, genre que les auteurs romantiques rêvaient de faire revivre. Vigny apparaît ainsi comme un précurseur de la Légende des siècles de Victor Hugo et des Poèmes antiques de Leconte de Lisle.

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Cinq-Mars

Cinq-Mars (1826) est considéré comme le premier grand roman historique français, genre mis à la mode en Angleterre par Walter Scott dès 1819 et bientôt en vogue dans toute l’Europe. L’action du roman se situe au début du XVIIe siècle et a pour cadre la cour du roi Louis XIII. Il relate l’histoire du marquis de Cinq-Mars qui, homme de bravoure et de fermeté, sut gagner l’estime du roi en organisant un mouvement d’opposition au très puissant cardinal de Richelieu, lequel tenait le roi sous sa dangereuse influence. Par cet acte de bravoure, Cinq-Mars espérait conquérir l’amour de Marie de Gonzague; cependant, des manipulations, des complots, des trahisons diverses amenèrent finalement le roi à abandonner son champion et permirent à Richelieu de triompher.

En choisissant cet épisode historique et en magnifiant le personnage de Cinq-Mars, Vigny prenait délibérément partie en faveur d’une aristocratie restée fidèle à l’idéal chevaleresque. Pour servir son propos, il modifia les faits historiques de manière sensible : l’histoire, en effet, rapporte que l’entreprise de Cinq-Mars était davantage dictée par l’ambition personnelle que par la fidélité au roi.

Au-delà des débats critiques assez vains qui s’engagèrent à l’époque sur ce sujet (Sainte-Beuve reprocha à l’auteur ses inexactitudes historiques), il reste, créé sous la plume de Vigny, un personnage rebelle et ténébreux, incarnant la figure idéale du romantisme légitimiste.

Romans de la désillusion

Après Cinq-Mars, Vigny abandonna le roman historique pour se consacrer au « roman philosophique », selon sa propre expression, c’est-à-dire à des récits qui seraient l’expression philosophique de sa désillusion. Le premier, Stello (1832), est un récit sur la fatale destinée des poètes, le second, Servitude et Grandeur militaires (1835), est un récit sur la fatale destinée des soldats.

Dans ces deux romans, Vigny propose une même épopée de la stérilité, dominée par son amertume et son pessimisme : le lecteur y assiste à la mort de toute spiritualité, et constate le destin cruel que la société réserve aux êtres noblement dévoués à leur idéal, c’est-à-dire le poète, le soldat ou le croyant.

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Chatterton

Marquée par l’influence du romantisme anglais, cette pièce (1835) est librement inspirée par la vie du poète anglais Thomas Chatterton. Dans la pièce de Vigny, Chatterton est un jeune poète londonien, incarnation parfaite de l’esprit romantique. Il compose anonymement ses œuvres et vit misérablement dans une chambre louée à l’industriel John Bell, un « nouveau baron du monde moderne ». Dans son combat, Chatterton reçoit l’appui de l’épouse de John Bell, Kitty, dont il est amoureux, et celle d’un quaker qui se dit vivement anticapitaliste au nom des valeurs religieuses.

L’élévation de pensée et de sentiment de Kitty Bell et de Chatterton s’oppose de façon manichéenne à la vulgarité des viveurs, à la suffisance des gens en place. Différents quiproquos, interprétés comme les manifestations de l’acharnement du destin, mènent Chatterton au désespoir : il voit la paternité de ses œuvres contestée et Kitty se détacher de lui. Vaincu après une lutte inégale, il finit par brûler ses manuscrits avant de se donner la mort.

La pièce ne développe pas une intrigue complexe, mais peint la descente aux enfers du héros, donnant au romantisme une de ses expressions les plus contenues et les plus denses. Vigny y aborde son thème le plus cher, celui du poète paria, méconnu et méprisé dans la société moderne, qui le condamne à la solitude, à l’incompréhension, à la persécution et à la misère.

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Bibliographie
  • Le Bal (1820)
  • Poèmes (1822)
  • Éloa ou La sœur des anges (1824)
  • Poèmes antiques et modernes (1826)
  • Cinq-Mars (1826)
  • La maréchale d’Ancre (1831)
  • Stello (1832)
  • Quitte pour la peur (1833)
  • Servitude et grandeur militaires (1835)
  • Chatterton (1835)
  • Les Destinées (1864)
  • Journal d’un poète (1867)
  • Œuvres complètes (1883-1885)
  • Daphné (1912)
Citations choisies
  • Car l’amour d’une femme est semblable à l’enfant
    Qui, las de ses jouets, les brise triomphant,
    Foule d’un pied volage une rose immobile
    Et suit l’insecte ailé qui fuit sa main débile. (Dolorida)
  • L’armée est une nation dans la nation ; c’est un vice de nos temps. (Servitude et Grandeur militaires)
  • Dieu ! Que le son du cor est triste au fond des bois ! (Poèmes antiques et modernes)
  • On étouffe les clameurs, mais comment se venger du silence ?
  • L’ennui est la maladie de la vie. On se fait des barrières pour les sauter.
  • Le vrai Dieu, le Dieu fort, c’est le Dieu des idées. (Les Destinées)
  • La conscience ne peut pas avoir tort. (Chatteron, I, 5)
  • Et, plus ou moins, la Femme est toujours Dalila. (Les Destinés)
  • La femme, enfant malade et douze fois impur. (Les Destinés)
  • Au coeur privé d’amour, c’est bien peu que la gloire. (Poèmes Antiques)

Autres citations d’Alfred de Vigny.

Articles connexes

Suggestion de livres


Servitude et grandeur militaires

Œuvres poétiques

Cinq-Mars

Stello

Chatterton

Œuvres complètes, tome 1

Œuvres complètes, tome 2

Alfred de Vigny


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