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Auteurs français

André Gide

1869 – 1951

Vers la libération
Portrait d'André Gide, par Paul Albert Laurens (1924).

Portrait d’André Gide, par Paul Albert Laurens (1924).

Même sous la fiction transparent du roman, André Gide n’a cessé de faire de lui-même la matière de ses livres et, à travers la succession de ses œuvres, on retrouve les différentes étapes de sa pensée complexe en perpétuel devenir, en proie à un conflit permanent, où sa volonté de liberté se heurte aux scrupules et aux remords.

André Gide est né à Paris, en 1869, d’une famille bourgeoise aisée, mais sévère. Il passe son enfance dans une atmosphère très stricte qui le marquera. Sa fortune lui permet très tôt de s’adonner à sa passion d’écrire sans avoir à se soucier des préoccupations matérielles et il fréquente le milieu littéraire symboliste. En 1891, Les Carnets d’André Walter, son premier ouvrage, témoigne de l’influence symboliste.

Un voyage en Afrique du Nord, accompli à vingt-quatre ans, lui fournit l’occasion de rompre avec les principes d’une éducation austère et de chanter dans Les Nourritures terrestres (1897) l’affranchissement des contraintes morales et l’abandon à la joie de vivre. Pourtant, sacrifiant aux exigences son milieu familial, il épouse sa cousine Madeleine à laquelle il est lié par une affection sans amour.

L’œuvre de Gide porte la trace de cette tension jamais résolue entre la spiritualité et la sensualité : La Symphonie pastorale (1919) peint avec une vérité pathétique les sursauts d’une âme partagée entre les tentations d’un amour coupable et la rigueur de ses principes moraux et religieux. Il met beaucoup de lui-même dans le récit provocant de L’immoraliste (1902) dont le héros, Michel, délaissant sa femme, cède aux séductions de jeunes compagnons de voyage.

L’inquiéteur

À partir des années 20, André Gide paraît s’affermir dans la voie de la libération. Dans Si le grain ne meurt (1920), souvenir d’enfance et de jeunesse, il pousse la confession jusqu’à son point le plus extrême. En 1924, Corydon fait scandale : Gide y fait une apologie de l’homosexualité. En 1925, il publie Les Faux-Monnayeurs, dans lequel il exploite les possibilités du genre romanesque.

Assumant lui-même le rôle d’inquiéteur qu’il assigne à l’écrivain, il s’engage pleinement dans les débats de son époque : il lutte contre le colonialisme, après un voyage au Congo (1925-1926), et défend le pacifisme. Tenté par le communisme, il reviendra déçu d’un voyage en URSS en 1936.

André Gide - Les Faux-monnayeurs

Le contemporain capital

Après la guerre, qu’il a passée en Afrique du Nord, Gide est un écrivain couvert de gloire. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1947. Il continue à écrire et publie Thésée (1946) qu’il intitule d’une manière significative, son « dernier écrit », nous livre, par la bouche du héros, sur un ton désormais apaisé, comme un suprême jugement touchant sa vie et son œuvre : une vie ouverte à toutes les curiosité, une œuvre grâce à laquelle « les hommes se reconnaîtront plus heureux, meilleurs et plus libres ».

Dans Et nunc manet in te (1951), il confie les remords qui ont accompagné ses tentatives de libération conjugale. Jusqu’en 1949, il rédige son journal, et meurt en 1951.

On peut craindre, sans doute, que cet affranchissement que prônent la vie et l’œuvre de Gide ne soit pas sans danger : cette soif de bonheur qu’il communique peut conduire à tous les excès ; ce libre examen, qui tend à jeter à bas toutes les hypocrisies, toutes les conventions, peut mener, dans la fièvre d’un enthousiasme destructeur, à saper les assises les respectables de notre vie sociale et morale. Mais nul ne contestera, en tout cas, la richesse de cette pensée nuancée et complexe, le dynamisme intérieur d’un esprit toujours en marche, source d’un élargissement et d’un renouvellement perpétuel. L’écrivain est parmi les plus grands. Ils s’élève sans effort, par la puissance suggestive des images, par l’ampleur dominée du rythme aux sommets de l’expression lyrique. Mais le plus souvent, sa parfaite maîtrise se traduit en une forme précise, fluide, dépouillée, dont la facilité apparente est le fruit d’un contrôle incessant. Cette spontanéité retrouvée est le comble de l’art.

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Gros plan sur L’Immoraliste (1902)

Ce récit provocant épouse de très près l’aventure personnelle de Gide et transpose une crise qu’il a lui-même vécue. Conçu sous la forme d’une longue confession, il oppose aux valeurs chrétiennes du sacrifice et de l’altruisme un nouvel Évangile, aux résonances nietzschéennes, fondé sur la sensualité et l’exaltation de soi. On y trouve l’écho des Nourritures terrestres.

Après une longue jeunesse studieuse et austère et un mariage arrangé, Michel part avec sa jeune femme, Marceline, en Afrique du Nord. Là, cet intellectuel de santé fragile tombe malade. Grâce aux soins de Marceline, il réapprend à vivre. Dans l’univers magique des oasis, il découvre son corps et son désir secret pour les jeunes Arabes.

Un nouveau Michel, inquiétant, dépourvu de valeurs morales, rentre à Paris. Il se sent à l’étroit dans les milieux intellectuels. La fausse couche de sa femme aggrave la crise qui le confronte à ses nouveaux fantômes : il entraîne alors Marceline épuisée dans une impitoyable et égoïste descente au désert, au terme de laquelle elle mourra.

Gros plan sur Les Caves du Vatican (1914)

Des escrocs font courir le bruit que le Pape, enlevé par les francs-maçons, est retenu prisonnier dans les caves du Vatican, tandis qu’un usurpateur a pris sa place. Amédée Fleurissoire, un catholique français des plus grotesques, entrepend d’aller délivrer le pape. Tel est le sujet burlesque et satirique de cette parodie d’un roman d’aventures où s’enchevêtrent les péripéties les plus invraisemblables et où s’agitent nombre de personnages falots et ridicules.

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Un seul d’entre eux, à qui vont les sympathies de Gide, offre de la consistance et du relief : Lafacadio. C’est un être qui s’est affranchi de toutes les contraintes morales : pour affirmer cette liberté à ses propres yeux, il va commettre un « acte gratuit ». Au cours d’un voyage en chemin de fer, il va jeter par la portière le malheureux Fleurissoire…

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Bibliographie
  • Le traité de Narcisse (1891)
  • Paludes (1895)
  • Les nourritures terrestres (1897)
  • L’immoraliste (1902)
  • Prétextes (1903)
  • Saül (1903)
  • La porte étroite (1909)
  • Retour de l’enfant prodigue (1909)
  • Les caves du Vatican (1914)
  • La symphonie pastorale (1919)
  • Si le Grain ne meurt (1920)
  • Corydon (1924)
  • Les Faux-monnayeurs (1925)
  • Voyage au Congo (1927)
  • Les Nouvelles Nourritures (1935)
  • Retour de l’URSS (1936)
  • Thésée (1946)
  • Journal (1939-1946,1950)
  • Correspondance (1948-1964)
  • Et nunc manet in te (1951)
  • Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)
Citations choisies
  • Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête. (Le voyage au Congo)
  • Quelques mythes d’abord suffisaient. Puis on a voulu expliquer. (Traité du Narcisse)
  • Je me reproche de n’avoir pas, au jour le jour, transcrit sur un carnet spécial les phrases glanées au cours de mes lectures, qui méritaient de retenir l’attention, dont je voudrais me souvenir pour pouvoir les citer au besoin. (Journal, 1939-1949; Souvenirs)
  • On ne peut pas à la fois être sincère et le paraître. (L’Immoraliste, deuxième partie, II)
  • Œuvre d’art, c’est une idée qu’on exagère. (Journal, Littérature et morale)
  • — Dites-moi, pasteur, vous n’ête pas malheureux, n’est-ce pas?
    Je portais sa main à mes lèvres, comme pour lui faire sentir sans le lui avouer que partie de mon bonheur venait d’elle, tout en répondant:
    — Non, Gertrude, non, je ne suis pas malheureux. Comment serais-je malheureux ? (La Symphonie pastorale)
  • Lumière profuse; splendeur. L’été s’impose et contraint toute âme au bonheur. (Journal, 1943)
  • Que tout ce qui peut être soit! (Les Caves du Vatican)
  • Familles! je vous hais! Foyers clos; portes refermés; possessions jalouses du bonheur. (Les Nourritures terrestres)
  • Les fautes des autres, c’est toujours réjouissant.
  • Je me couchai ; non pour dormir ; quand je vois les autres prendre du café, cela m’agite.
  • Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire.
  • Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre.
  • Ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même.
  • Le plus beau sommeil ne vaut pas le moment où l’on se réveille.
  • Être aimé n’est rien, c’est être préféré que je désire.
  • Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu’écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit.

Autres citations d’André Gide.

Articles connexes

Suggestion de livres et de DVD


Les Nourritures terrestres

L’immoraliste

Les caves du Vatican

Les Faux-Monnayeurs

Retour de l’URSS

Paludes

La symphonie pastorale

La porte étroite

Voyage au Congo

Journal des Faux-monnayeurs

Si le grain ne meurt

Les Faux Monnayeurs (DVD)


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