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Les Faux-monnayeurs (1926)

– André Gide –

✏️ Article rédigé partiellement par Annie Ngo ✏️

Du rassasiement des désirs peut naître, accompagnant la joie et comme s’abritant derrière elle, une sorte de désespoir.

(André Gide, Les Faux-monnayeurs)

Introduction

Les Faux-monnayeurs est un roman d’André Gide, publié en 1926, dont la structure en abyme interroge les limites du genre romanesque, anticipant les recherches du Nouveau Roman.

Portrait d'André Gide, par Paul Albert Laurens (1924).

Portrait d’André Gide, par Paul Albert Laurens (1924).

💡 Né le 22 novembre 1869 à Paris, André Gide fait partie de l’entourage littéraire de Mallarmé et de Valéry dès 1891. Il fonde avec quelques amis La Nouvelle Revue Française en 1908, donnant trois ans plus tard aux Éditions de la N.R.F. l’une de leurs toutes premières publications, Isabelle. Par son œuvre, ses prises de position, ses nombreuses amitiés et ses voyages, il exerce durant l’entre-deux-guerres et au-delà un véritable magistère. Il reçoit le prix Nobel de Littérature en 1947 et meurt à Paris le 19 février 1951…

 → Lire la biographie d’André Gide.

Pourquoi cet ouvrage ?

Les Faux-monnayeurs est au programme du bac L 2017, dans le domaine d’étude « Lire-écrire-publier  » aux côtés du Journal des Faux-monnayeurs du même auteur. Le programme de l’enseignement de littérature en classe terminale de la série littéraire (arrêté du 12 juillet 2011 publié au B.O.E.N. spécial n° 8 du 13 octobre 2011) indique que le travail sur le domaine « Lire-écrire-publier » invite les élèves « à une compréhension plus complète du fait littéraire, en les rendant sensibles, à partir d’une œuvre et pour contribuer à son interprétation, à son inscription dans un ensemble de relations qui intègrent les conditions de sa production comme celles de sa réception ou de sa diffusion ». Dans cette perspective, l’étude conjointe du Journal des Faux-monnayeurs et des Faux-monnayeurs d’André Gide privilégiera la réflexion sur la genèse de l’œuvre, par la découverte et l’exploration du processus de création littéraire. De là, nous vous donnons quelques éléments sur cette œuvre caractéristique du Nouveau Roman.

« Lire-écrire-publier »

Tout d’abord, que doit-on comprendre lorsque l’on parle du domaine d’étude « Lire-écrire-publier » ? Cela signifie que le candidat doit s’intéresser à l’œuvre, bien entendu, mais également prendre en compte le contexte dans lequel l’œuvre a été créée, produite et diffusée. C’est pourquoi l’on vous suggère l’analyse du Journal des Faux-monnayeurs, qui constitue en quelque sorte le « brouillon » du roman. Vous y trouverez de nombreux éléments sur la mise en place de son projet romanesque, ses notes personnelles, des anecdotes, etc.  Si l’on devait résumer cela en quelques termes, l’on vous demande de vous pencher sur la genèse de cette œuvre et sa publication.

Résumé

Les Faux-monnayeurs  est l’histoire d’un groupe d’amis et d’adolescents. Tout commence lorsque Bernard Profitendieu découvre à travers une lettre que son père n’est pas son père biologique. Olivier Molinier, ami de Bernard, le recueille chez lui. Ce jeune homme est mal dans sa peau et recherche constamment de l’affection auprès de Bernard, mais aussi auprès de son oncle Edouard qui est écrivain (il essaie d’ailleurs d’écrire un roman « Les faux-monnayeurs ») et dont le journal rempli de ses secrets sera lu par Bernard. Les relations entre Olivier et Bernard vont se détériorer.

Vincent est le frère d’Olivier, il a plusieurs maîtresses à qui il emprunte de l’argent qu’il perd aux jeux. Il rencontre Robert de Passavant qui a une mauvaise influence sur lui et sur Bernard et avec qui son frère aura une relation.

Georges est le second frère d’Olivier, il fabrique de la fausse monnaie avec Léon Strouvilhou, son cousin.

Singulier roman que cette croisée de destins et de personnages : il surprend et fascine, tant il ne ressemble à rien de connu tout en conservant une structure parfaitement attendue. Manière de symphonie, où Gide, qui tenait Les Faux-monnayeurs pour l’un de ses textes les plus aboutis, orchestre les thèmes qui lui sont chers : l’adolescence et ses tourments, les troubles d’identité, mais surtout le mensonge, le faux sous toutes ses facettes, qu’il débusque avec acharnement, pour qu’enfin les masques tombent.

Particularités de l’œuvre 

Les Faux-monnayeurs a été écrit après l’affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle et fait partie des romans phares du courant Nouveau Roman. Il se distingue par la présence de nombreux personnages principaux (Bernard, Olivier et Edouard) et la multitude de personnages secondaires dont on suit les aventures. L’on y trouve de nombreux genres narratifs. En effet, Les Faux-monnayeurs comporte un style à la fois épistolaire (présence de nombreuses lettres), autobiographique (avec le journal d’Edouard) et romanesque.

Œuvre paradoxale, les Faux-monnayeurs est le seul texte de fiction que Gide a accepté de nommer « roman », les autres étant baptisées « sotties » ou « récits ». Or le texte, comme le laisse entendre métaphoriquement le titre, s’emploie à dénoncer les fausses valeurs et illusions du genre romanesque, incapable selon l’auteur de remplir son contrat, à savoir restituer la complète vérité de la vie. Et c’est ce questionnement que met en place la structure complexe du roman qui abandonne la chronologie linéaire, multiplie les intrigues et les niveaux de fiction (journal intime, narration omnisciente, etc.), ne comprend pas moins de vingt-cinq personnages et mêle, enfin, différents points de vue narratifs jusqu’à creuser une mise en abyme vertigineuse avec l’intervention de l’auteur lui-même. Ainsi Gide n’hésite pas dans la deuxième partie à investir son roman pour juger ses personnages dont Édouard, son double romancier, qui peine et finit par renoncer à écrire son roman intitulé les Faux-monnayeurs.

Roman de l’échec d’un roman, cette œuvre gidienne n’est pas seulement une réflexion sophistiquée et formelle, mais rend compte de la crise d’une jeune génération partagée entre ses valeurs chrétiennes et bourgeoises (la famille Profitendieu) et la révolte incarnée par le bâtard Bernard. Nul ne s’étonnera dès lors que ce testament littéraire témoigne de l’anticonformisme de Gide, qui affiche là son tropisme homosexuel (comme en témoigne la relation entre le jeune Olivier Molinier et son oncle écrivain Édouard). Dans le Journal des Faux-monnayeurs, qui suit d’un an la publication du roman, Gide éclaire le lecteur sur les motivations et les choix esthétiques et techniques qui ont présidé à l’élaboration de cette œuvre.

Thèmes dans Les Faux-monnayeurs

L’amour et l’amitié sont très présents dans le roman avec les aventures des personnages principaux, mais également des personnages secondaires : l’amour entre Bernard et Laura (maîtresse de Vincent), entre Olivier et son oncle Edouard, l’amitié entre Bernard et Olivier, etc. L’argent est également présent, tout comme l’homosexualité, l’adolescence, la place des femmes, les relations familiales, etc.

Du Journal des Faux-monnayeurs au roman des Faux-monnayeurs

Loin de donner à voir les différents états du roman, à travers les manuscrits et brouillons qui en constitueraient l’avant-texte, le Journal des Faux-monnayeurs relate et réélabore l’histoire de sa composition. Du projet initial d’écrire une suite aux Caves du Vatican à l’élaboration d’une intrigue où Lafcadio est finalement absent, ces deux cahiers décrivent la mise au point d’un projet romanesque. À la fois carnet de travail et laboratoire de création, le Journal des Faux-monnayeurs est le témoin du dialogue constant de l’écrivain avec lui-même, dont l’œuvre est le produit. Outre des anecdotes, des documents et des notations autobiographiques qui feront – avec de nombreux passages du Journal personnel de l’écrivain – la matière première de la fiction romanesque, Gide y recueille ses réflexions sur la porosité de la littérature et de la vie, la présence ou la dilution du romancier dans son œuvre, la transparence de la fiction, ses hésitations entre le « roman pur », sans parasite, et une forme qui agrège toutes les perturbations extérieures, personnelles, morales, voire idéologiques.

Avec le « Journal d’Édouard », ces réflexions se transposent au cœur du roman, lui-même conçu comme un laboratoire de création, « un carrefour à problèmes ». Simultanément création et théorie de la création romanesque, Les Faux-monnayeurs se compose de deux « foyers » d’intrigue qui se font écho. Aux faits relatés par les différentes voix narratives répondent les interrogations de l’écrivain sur leur traitement romanesque, dans un retour constant sur sa propre réflexion qui mène à l’abandon des pistes d’écriture tour à tour explorées. À la fois double et repoussoir de l’auteur, Édouard incarne une conception du genre romanesque comme itinéraire soumis aux aléas des expériences et des rencontres, où le travail de production importe plus que le produit fini, conception avec laquelle contraste singulièrement la composition très concertée des Faux-monnayeurs.

La question de la genèse du roman devient ainsi le centre de gravité d’un diptyque où le livre achevé n’est plus que l’une des composantes de l’œuvre, qui intègre aussi son travail préparatoire. En attirant l’attention sur le processus créatif, le roman et son journal interrogent non seulement la place de l’écrivain face à son œuvre ou dans son œuvre mais celle du lecteur, constamment ballotté dans un emboîtement de points de vue et de commentaires souvent divergents. Cette double instance suggère différentes postures de lecture, du lecteur impliqué et piégé par l’illusion romanesque au lecteur distant portant un regard réflexif sur ce qu’il vient de lire, voire sur ses propres expériences de lecture. Dès la conception de l’œuvre, Gide prend ainsi en compte les attentes du public, pour en jouer, les déjouer et finalement les bouleverser.

Il s’agira donc bien d’envisager deux des « actes » définis par les contenus du programme que sont « La genèse : lire-écrire » et « La publication : écrire-publier », en concentrant notamment les analyses sur la tension entre la publication d’un journal de bord de la création et celle d’un roman qui interroge, avec le genre romanesque, l’écriture dans son rapport à la vie.

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Conseils…

Après avoir lu ce livre, faites une fiche de lecture  et entraînez-vous à faire des commentaires de texte à l’oral et à l’écrit ! Renseignez-vous sur le courant du Nouveau Roman, sur André Gide et ses autres œuvres.

Rédiger une fiche de lecture. – Préparer un commentaire composé. – Rédiger un commentaire composé.

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