La paléographie

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La paléographie

Présentation

La paléographie est une science qui étudie les écritures (manuscrites) anciennes, inscrites sur des supports destructibles (papyrus, cire, parchemin, vélin et papier). Elle comprend non seulement la connaissance des variations nombreuses qui ont modifié de siècle en siècle l’écriture des chartes et des manuscrits, mais l’étude des difficultés qui se rattachent aux textes mêmes, et dont on ne peut obtenir la solution que par la connaissance des langues, de l’histoire, de la chronologie, etc.

La paléographie, limitée à l’art de fixer la date d’une charte ou de tout autre titre du Moyen Âge, par la nature des actes, l’écriture, le style, l’orthographe, la nomenclature, les formules, les sceaux employés, etc., devient une science qui prend le nom de diplomatique. Celle-ci étudie les caractères intrinsèques des manuscrits, tandis que la paléographie proprement dite traite surtout :

  • des substances destinées à recevoir l’écriture ;
  • des encres et des couleurs ;
  • des instruments dont se sont servis les écrivains dans tous les temps ;
  • des caractères distinctifs des écritures et en particulier de celles employées en Europe depuis l’invasion des barbares.

Ces écritures, pour la France, offrent deux périodes dans lesquelles elles se divisent en capitale, onciale, minuscule, cursive, mixte et en majuscule gothique, mixte gothique ; pour les autres nations, elles comprennent la lombardique, la wisigothique, l’anglo-saxonne, la germanique.

La paléographie traite aussi des différents systèmes d’abréviations proprement dites, lettres conjointes, monogrammatiques et enclavées ; enfin des signes accessoires de l’écriture, ponctuation, des chiffres romains et arabes, etc.

Une science voisine, l’épigraphie, est consacrée à l’étude des inscriptions gravées sur la pierre ou le métal.

→ À lire : Histoire du livre. – L’épigraphe et l’épigraphie. – Histoire des abréviations. – Liste des abréviations les plus employées.

Manuscrits de Gustave Flaubert, Carnets de travail n° 15 : idées et projets divers, notes pour Bouvard et Pécuchet

Manuscrits de Gustave Flaubert, Carnets de travail n° 15 : idées et projets divers, notes pour Bouvard et Pécuchet, 1969.

Les supports d’écriture anciens

Les supports anciens les plus couramment utilisés étaient la tablette de cire, le rouleau de papyrus et, par la suite, le codex de parchemin ou le livre.

Les tablettes de cire convenaient pour la correspondance, les comptes et les écrits de nature temporaire. Les feuilles de papyrus, constituées de rouleaux de 6 à 9 mètres de long, fournissaient le support d’écriture le plus courant dans l’Antiquité classique. Son utilisation est généralisée entre le Ve siècle av. J.-C. et le début du IVe siècle après J.-C. Le rouleau de papyrus présentait plusieurs inconvénients : comme il devait être réenroulé après chaque lecture, il était très malaisé de le consulter et, souvent, le début et la fin se déchiraient ou se détérioraient à force d’être utilisés. De ce fait, les textes d’auteurs classiques sont souvent lacunaires.

Le parchemin, attesté à Rome pour les textes littéraires dès le Ier siècle après J.-C. et beaucoup plus tôt chez les Grecs, est de plus en plus utilisé. Au IVe siècle, les littératures grecque et latine sont généralement transférées sur codex, lequel prend la forme d’un livre par imitation des tablettes de cire. Le codex était beaucoup plus pratique pour des œuvres longues et il était plus facilement consultable. Certains ouvrages préchrétiens, toutefois, ne sont pas transcrits, de sorte que de nombreux textes grecs ne nous sont pas parvenus.

→ À lire : Histoire du livre.

La typographie ancienne

Sur les papyrus comme sur les livres, les textes de prose étaient écrits en colonnes. Jusqu’au IXe siècle, on ne séparait pas les mots, mais dans certains textes littéraires, on utilisait des tirets ou des points comme séparateurs. Ces pratiques expliquent les nombreuses erreurs de transcription commises par des scribes négligents ou ignorants.

Les difficultés de déchiffrement des manuscrits médiévaux résultent en grande partie de ces erreurs de copistes, et des habitudes qui consistaient à contracter les mots, à les abréger et à les lier pour réduire le travail, et économiser le parchemin qui coûtait cher. Si, dans les premiers manuscrits, les abréviations n’étaient guère employées, elles se multiplient en revanche au cours des siècles suivants.

On connaît dans l’Antiquité deux types de calligraphie : l’écriture formelle pour les textes littéraires ou les livres, et l’écriture cursive, plus rapide, qui était réservée aux textes non littéraires d’usage courant. Les manuscrits existants des auteurs classiques se présentent soit dans l’ancienne écriture livresque, soit dans une écriture qui se développe plus tard au Moyen Âge, sous l’influence de l’écriture cursive.

Tous les manuscrits grecs et romains, antiques et médiévaux, sont classés selon leur écriture : soit majuscule, quand ils sont écrits en grandes lettres, soit minuscule, quand ils sont écrits en petites lettres. Les majuscules se divisent en deux sous-ensembles :

  1. les capitales qui peuvent être des capitales carrées, soigneusement tracées avec des angles marqués, ou des capitales rustiques, tracées un peu plus librement avec des traits obliques et en forme de petites croix;
  2. les onciales, capitales modifiées de manière à accentuer les courbes et à éviter au maximum les angles.

Quant aux minuscules, elles résultent d’une écriture rapide des majuscules sous l’influence de l’écriture cursive. Toutefois, si les lettres changent de forme et deviennent plus petites, l’écriture minuscule reste distincte dans la plupart des cas de l’écriture cursive.

L’écriture grecque

Le plus ancien papyrus littéraire grec, un fragment des Perses du poète Timothée, est écrit en lettres capitales semblables à celles des inscriptions. Les précurseurs de l’onciale apparaissent au Ier siècle après J.-C., et une onciale large et élégante continue d’être utilisée sur les papyrus jusqu’au VIe ou VIIe siècle après J.-C.

On peut distinguer trois périodes dans l’histoire de l’écriture grecque : la ptolémaïque, de 330 av. J.-C. à 30 av. J.-C. ; la romaine, qui se caractérise par des traits arrondis et sinueux et qui couvre les années 27 av. J.-C. à 305 après J.-C. ; enfin, la byzantine, de style nettement décoratif, est utilisée de 360 après J.-C. jusqu’à la conquête arabe de l’Égypte en 640 après J.-C.

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Les plus anciens manuscrits sur vélin sont les trois grands codex en onciale de la Bible : le Codex Vaticanus, le Codex Sinaiticus et le Codex Alexandrinus des IVe et Ve siècles après J.-C. Ces manuscrits du Nouveau Testament, écrits en grec, utilisent essentiellement les onciales des rouleaux de papyrus. Autour du VIIe, une onciale penchée apparaît ; ce type d’onciale pointue présentait un contraste important entre les traits gras et les traits fins. Elle est connue sous le nom d’onciale slave, parce qu’elle sert de base pour la création de l’alphabet cyrillique au IXe siècle.

L’écriture latine

La paléographie latine commence avec l’écriture majuscule découverte dans les premiers manuscrits latins, comme ceux de Virgile. Ces manuscrits datent du IVe et du Ve siècle après J.-C. et sont écrits en capitales carrées ou rustiques. L’onciale s’est maintenue dans les textes littéraire du Ve au VIIIe siècle, principalement pour les ouvrages bibliques et ceux des pères de l’Église. L’écriture cursive couramment utilisée influence l’écriture littéraire majuscule et l’on voit apparaître une écriture appelée semi-onciale. Ce tracé clair et de grande beauté a une influence considérable sur le traitement de certains manuscrits médiévaux. Après le VIIe siècle, les différentes écritures cursives étaient toutes minuscules. Développées par des scribes, elles s’appuyaient sur l’écriture cursive et mélangeaient les onciales et les semi-onciales.

Les exemples les plus anciens d’écriture cursive sont les inscriptions murales et les tablettes de cire de l’ancienne cité de Pompéi, écrites avant 79 après J.-C. Les écritures minuscules qui se développent à partir de l’écriture cursive deviennent ce que l’on appelle les écritures nationales du Moyen Âge, chacune ayant ses propres caractéristiques dans le pays où elle prévalait.

Le développement des styles nationaux

Sept écritures nationales importantes se sont développées. La bénéventine ou lombarde, écriture de l’Italie du Sud, est utilisée dans les monastères du Mont-Cassin et de la Cava du IXe au XIIIe siècle. La wisigothique est employée en Espagne du VIIIe au XIIe siècle. Les écritures insulaires, celles de l’Irlande et de l’Angleterre entre le VIIe et le XIe siècle, diffèrent des formes d’écriture du continent européen dans la mesure où elles dérivaient non pas d’une cursive, mais d’une semi-onciale qui avait été introduite en Irlande par des missionnaires entre le IVe et le Ve siècle. Les manuscrits en écritures insulaires, comme les Évangiles de Lindisfarne (VIIe siècle) ou le Livre de Kells (VIIIe-IXe siècle) sont célèbres pour leur calligraphie et leur ornementation.

L’écriture mérovingienne ou pré-carolingienne, utilisée en France au VIIe et VIIIe siècle, est réformée durant le règne de l’empereur Charlemagne, époque où l’on se préoccupe tout particulièrement de copier les anciens manuscrits. Les scribes créent une nouvelle écriture claire, simple et fortement influencée par la semi-onciale la plus ancienne, connue sous le nom de caroline minuscule. Au cours du XIe siècle, la caroline minuscule prend une forme particulière selon les régions de l’Europe de l’Ouest.

Le XIIe siècle voit l’apparition de l’écriture dénommée gothique ou lettre noire, déformation de la caroline minuscule avec des angles à la place des courbes. Du fait de son aspect trop anguleux, du resserrement excessif de ses caractères, du nombre des contractions et des abréviations qu’elle utilisait, l’écriture gothique était difficile à lire. Elle est aujourd’hui rarement utilisée, après avoir été pendant longtemps la forme la plus courante pour les documents imprimés en Allemagne.

L’Italie du XIVe siècle connaît une renaissance de la caroline, sous la forme d’une écriture très régulière et très belle, dont l’évolution aboutit à ce qu’on a appelé l’écriture humanistique du XVe siècle. Cette écriture sert de modèle aux premiers imprimeurs italiens, ce qui permet de préserver la simplicité et la clarté des lettres romaines, qui remontent, à travers la caroline, aux semi-onciales de la période précédente. Ces lettres minuscules sont les ancêtres des lettres de bas de casse du caractère romain moderne.

Œuvres et travaux de paléographes

La seule description des figures que chaque lettre de l’alphabet a successivement affectées à diverses époques, dans différents pays, est presque impossible à faire, Le Nouveau Traité diplomatique des Bénédictins (1750-1765) n’en renferme pas moins de trente mille, et ses savants auteurs ont déclaré qu’ils ont dû, pour ne pas augmenter de beaucoup une collection déjà si considérable, retrancher une quantité innombrable de caractères qu’ils avaient recueillis. Douze cents figures par lettre, en moyenne, suffisent à peine pour reproduire leurs différences les plus caractéristiques.

Les abréviations forment une branche très importante de la science paléographique. Si l’on n’en possède pas suffisamment la clé, on peut être arrêté dans toute lecture par des difficultés insurmontables.

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Les connaissances chronologiques indispensables portent sur les dates des consulats, des post-consulats, des règnes ; sur l’ère chrétienne, celles de la Passion et de l’Ascension ; les ères mondaines d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople, des Séleucides, des Grecs ou d’Alexandre ; les ères césarienne, d’Antioche, julienne, de la fondation de Rome ; les Olympiades, l’Hégire, etc. Il faut encore être familier avec les cycles, les éléments qui s’y rattachent et la réforme du calendrier opérée sous Grégoire XIII.

La sigillographie (de sigillum, sceau, cachet) ou sphragistique  est encore une science liée à la diplomatique. Elle nomme et classe les diverses sortes de sceaux et de contre-sceaux, selon leur forme, leur grandeur, leur matière, la couleur des cires employées, les inscriptions qu’ils présentent, leurs ornements, symboles et armoiries. Elle a son intérêt pour la détermination de l’authenticité ou de la date d’un document historique, ou même d’une œuvre littéraire.

Sphragistique ?
La sphragistique est un synonyme vieilli de sigillographie.

C’est le moine bénédictin mauriste Jean Mabillon (1632-1707) qui a donné le premier, dans son traité De re diplomatica, publié en 1681, des règles précises sur l’art de lire les anciennes écritures. Sa méthode, vivement attaquée dans un grand nombre de mémoires parus en Europe.
Les nombreux traités, qui ont été faits depuis sur la paléographie, sont une adhésion aux principes féconds exposés par Mabillon. Parmi ces traités, on doit tout particulièrement désigner en Allemagne ceux de Barring, Ebert, Busching, Eckard, Heineccius, Kopp, Gatterer, Neumann, A. Pfeiffer, Walther, etc. ; en Italie, ceux de Scipion Maffei, Muratori, Mgr Marini, Fumagalli ; en Espagne, ceux de Joseph Perez, de Burriel, de Terroros y Pando. En France, les éléments de paléographie et de diplomatique n’ont plus rien d’incertain, grâce à d’innombrables travaux qui témoignent d’autant de savoir que de sagacité. Il y a à l’École nationale des Chartes (ENC), par exemple, deux cours consacrés à la paléographie et à la diplomatique, et à leur sortie, les élèves, après la soutenance publique d’une thèse, reçoivent le diplôme d’archiviste paléographe.

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