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Auteurs français

Gustave Flaubert

1821 – 1880

Vie de Flaubert

Portrait de Gustave Flaubert.Né à Rouen, fils de chirurgien, Gustave Flaubert connaît dès l’enfance la monotonie de la vie en province et s’en inspirera lorsqu’il écrira Madame Bovary (1857) et le Dictionnaire des idées reçues (posthume, 1911). Il tente de tromper son ennui en s’adonnant très tôt à la littérature ; lecteur assidu, il compose dès le lycée ses premiers textes, la plupart à dominante sombre et mélancolique. Mémoires d’un fou, écrit en 1838 et publié en 1900, à titre posthume, est sa première tentative autobiographique.

Il commence sans enthousiasme ni assiduité de classiques études de droit à Paris mais, atteint d’une maladie nerveuse aux environs de l’année 1844, il doit les interrompre prématurément. Cette maladie, dont il devait souffrir jusqu’à la fin de son existence, lui donne l’occasion de se consacrer exclusivement à la littérature.

Devenu un rentier précoce, il vit dès lors retiré à Croisset, petite localité proche de Rouen où sa famille a acheté une propriété. Il profite de son désœuvrement pour finir une première version de l’Éducation sentimentale. En se fondant sur cette retraite littéraire, la légende a fait de Flaubert une sorte d’ermite ou de bénédictin de la littérature, connu pour sa grande culture, son incroyable capacité de travail et ses exigences esthétiques rigoureuses. Il est vrai qu’il ne quitte plus Croisset et sa table d’écrivain que pour quelques voyages, en Orient d’abord avec son ami Maxime Du Camp, puis en Algérie et en Tunisie (1858), mais il fait aussi de longs séjours à Paris où il fréquente les milieux littéraires. Cet isolement relatif ne l’empêche d’ailleurs pas d’être un ami fidèle, comme l’atteste la correspondance monumentale, émouvante et spirituelle, qu’il échange avec ses amis et ses proches, notamment avec Louise Colet – qu’il rencontre en 1846 et qui devient sa maîtresse jusqu’en 1854 -, mais aussi avec George Sand, Théophile Gautier ou Guy de Maupassant. Cette correspondance est en outre riche de nombreuses informations biographiques qui permettent d’éclairer ses œuvres.

Dans la carrière de Flaubert, les échecs de librairie ne manquent pas, puisque ni l’Éducation sentimentale, ni la Tentation de saint Antoine, ni le Candidat ne trouvent leur public. Pour sa part, le scandale qu’engendre la publication de Madame Bovary constitue paradoxalement le premier succès de cette œuvre. Salammbô (1862), son récit carthaginois, reçoit également un bon accueil de la part du public mais est systématiquement dénigré par la majorité des critiques, Sainte-Beuve en tête.

Œuvres de Flaubert
Entre romantisme et réalisme

On a souvent fait de Flaubert – cela de son vivant et à son corps défendant – le chef de l’école réaliste. Il est vrai que, comme Balzac, il se donne pour objet d’étude la réalité sociale et historique. Soucieux de « montrer la nature telle qu’elle est », il nourrit son œuvre d’une érudition imposante ; pour Salammbô, par exemple, il mène des recherches longues et approfondies afin de réunir une importante documentation. Pourtant, s’il protège effectivement quelques jeunes écrivains – notamment Guy de Maupassant – Flaubert, conscient de la complexité de sa propre création, rejette toujours le titre réducteur et encombrant de chef de file du réalisme. Dans une lettre à George Sand datée du 6 février 1876, il écrit d’ailleurs : « Et notez que j’exècre ce qu’on est convenu d’appeler le « réalisme », bien qu’on m’en fasse un des pontifes. »

Les romans de Flaubert se développent en fait selon deux veines d’inspiration antagonistes : l’une hantée par la tentation romantique et lyrique, l’autre tendue dans un perpétuel effort vers le réalisme le plus absolu. Flaubert a commenté lui-même cette ambivalence : « Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigles, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui creuse et fouille le vrai tant qu’il peut. »

À la veine réaliste se rattachent les romans qui insistent sur la grisaille et la médiocrité du présent, comme Madame Bovary (1857), l’Éducation sentimentale (1869) ou Bouvard et Pécuchet (posthume, 1881), tandis que Salammbô (1862), la Tentation de saint Antoine (1874) et les Trois Contes (1877), qui évoquent la puissance des passions humaines et soulignent la démesure du passé, appartiennent à la veine romantique. Et en réalité ces deux veines sont en perpétuelle interaction dans chacune des œuvres de Flaubert. Il est donc impossible de dire que, chronologiquement, Flaubert évolue du romantisme au réalisme : les deux coexistent en lui jusque dans les œuvres de la maturité.

Travail de l’écrivain

La correspondance avec Louise Colet donne de précieux indices sur l’art d’écrire selon Flaubert. Ce dernier, qui ne croit pas au génie littéraire, considère que la ténacité est suffisante mais indispensable pour se livrer au travail long et difficile d’écrivain. Il rompt ainsi avec la tradition de l’artiste inspiré : « Méfions-nous de cette espèce d’échauffement qu’on appelle l’inspiration, et où il entre souvent plus d’émotion nerveuse que de force musculaire […] » Un travail d’élaboration conscient et réfléchi est perceptible pour le lecteur attentif dans chaque phrase des romans de Flaubert, où rien n’est laissé au hasard. Ses brouillons nombreux témoignent d’ailleurs de la difficulté avec laquelle il crée. Il lui arrive d’aller jusqu’à expérimenter le rythme de ses phrases en les hurlant dans son « gueuloir ».

Le roman flaubertien se doit en outre d’obéir à deux disciplines corollaires : l’observation scientifique et l’impassibilité de l’observateur. Cette impassibilité cède souvent le pas, pourtant, à une ironie féroce, tant à l’égard des personnages excessivement romanesques, comme Emma Bovary ou Frédéric Moreau, qu’aux opportunistes sans scrupules, comme le pharmacien Homais. Se moquant de tout, Flaubert est l’écrivain du dérisoire, le chroniqueur du « rien » : c’est pourquoi il affirme que ses romans ne valent que par le style, qui donne sens et grandeur à l’œuvre et qui est « à lui seul une manière absolue de voir les choses ».

Œuvres de jeunesse

Les œuvres de jeunesse de Flaubert annoncent souvent, par leur thématique, celles de sa maturité. C’est le cas de ses Mémoires d’un fou (écrits en 1838), qui se présentent comme le récit autobiographique de sa passion pour Mme Schlésinger, une femme mariée qu’il a rencontrée à Trouville en 1836. Bien que composé dans une veine encore très romantique, ce récit annonce déjà la problématique désenchantée de l’Éducation sentimentale. Quant à Smarh (écrit en 1839), c’est une sorte de « mystère » qui préfigure la Tentation de saint Antoine (première version en 1849, puis 1856 et 1874), récit inspiré par un tableau de Bruegel aperçu en Italie. Citons aussi Novembre (écrit en 1842), recueil de réflexions autobiographiques, et une pièce, le Candidat, créée en 1874 au théâtre du Vaudeville.

Le chef-d’œuvre : Madame Bovary
Gustave Flaubert, Madame Bovary (Texte abrégé), Livre de Poche Jeunesse, 2012, 320 p.

Gustave Flaubert, Madame Bovary (Texte abrégé), Livre de Poche Jeunesse, 2012, 320 p.

On l’a dit, peu de génies furent aussi précoces que Flaubert qui, dès les bancs du collège, noircissait cahier après cahier. Pourtant, à l’âge de trente ans, lorsqu’il entreprend d’écrire Madame Bovary, il n’a encore rien publié. En 1849, il fait à Du Camp et à Bouilhet la lecture de son récit la Tentation de saint Antoine ; ses amis, réticents devant ces débordements lyriques, lui conseillent d’aborder un sujet plus proche de la réalité ordinaire. Il s’inspire alors d’un fait divers pour bâtir l’intrigue d’un roman réaliste, Madame Bovary. L’élaboration du roman, particulièrement pénible pour l’auteur, comme en témoignent les lettres qu’il écrit à cette période à Louise Colet, dure près de cinq ans – de 1851 à 1856 – et constitue l’occasion pour Flaubert de préciser sa démarche créatrice.

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Si la publication du roman en 1857 fait date dans l’histoire du roman français, c’est parce qu’il n’obéit pas aux règles traditionnelles de la narration. Flaubert y affine notamment la technique de la variation des points de vue, ou « focalisation », usant de ce procédé pour donner du réel une vision, non pas unique et organisée comme dans le récit balzacien (où le narrateur omniscient est le détenteur de la vérité), mais multiple, mouvante, complexe et subjective. C’est cette technique qui permet au narrateur de généraliser la dérision, en particulier de montrer avec une telle acuité les illusions d’Emma et la banalité de ses rêves et de dénoncer avec une ironie aussi mordante la médiocrité et la suffisance des petits bourgeois provinciaux.

Le roman, considéré comme une offense à l’égard de l’Église, est aussi accusé d’immoralité parce qu’il met en scène l’adultère. Le suicide d’Emma, le malheur de Charles et de son enfant ne semblent pas une punition suffisante aux yeux des tenants de la morale : il manque la sanction de la société. C’est pourquoi, le 29 janvier 1857, à la suite de la parution de Madame Bovary en feuilleton dans la Revue de Paris, Flaubert est convoqué à la sixième chambre correctionnelle pour répondre à une accusation d’irréligion et d’immoralité. L’accusateur est le procureur Pinard, célèbre pour avoir, la même année, fait condamner les Fleurs du mal de Charles Baudelaire. Finalement acquitté par ses juges, Flaubert tire plus d’avantages que de désagréments de l’« affaire Madame Bovary », puisqu’il obtient un vrai succès de scandale.

Autres grandes œuvres

En 1862, Flaubert publie Salammbô, roman qui a pour cadre Carthage à la fin de la première guerre punique. Inspiré de faits historiques (la révolte des Mercenaires qui, n’ayant pas été payés, se soulevèrent contre la ville), cette fresque grandiose raconte aussi la passion de Mâtho, chef des mercenaires, et de Salammbô, fille du général carthaginois Hamilcar et prêtresse de la déesse Tanit. Avec le même souci de vérité qui caractérise déjà son travail sur Madame Bovary, Flaubert réunit pour ce récit une colossale documentation. Fasciné par la beauté et la cruauté des grands faits guerriers et des mythes antiques, il souhaite « faire vrai » tout en se permettant toutes les fantaisies sur cette époque mal connue.

L’autobiographie tient une grande place dans l’Éducation sentimentale (1869), qui est un peu l’équivalent français du Bildungsroman allemand ou du life novel anglais et qui constitue une autre étape majeure de l’évolution romanesque au XIXe siècle. Pour Flaubert, l’autobiographie romancée est surtout un moyen de régler ses comptes avec le jeune homme qu’il fut. Évoquée déjà dans les Mémoires d’un fou, sa rencontre avec Elisa Schlésinger inspire aussi l’Éducation sentimentale, qui relate l’amour avorté du jeune Frédéric Moreau pour une femme mariée, plus âgée que lui, Marie Arnoux.

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L’absence de dramatisation et d’illusion romanesque, au sein d’une narration construite comme un enchaînement de tableaux, explique le fait que l’Éducation sentimentale fut prise comme modèle par toute la génération naturaliste. À la fois fresque historique et peinture de la Révolution de 1848, ce roman est surtout le récit de l’échec, incarné par Frédéric Moreau. Le jeune homme, nourri de rêves amoureux et d’ambitions sociales, se montre en fait incapable de vivre pleinement son amour pour Mme Arnoux et incapable d’agir face aux événements politiques auxquels il est confronté. Au-delà de l’anecdote autobiographique, il est le symbole du naufrage de toute une génération.

La genèse de Bouvard et Pécuchet remplit presque toute la période qui va de 1874 à la mort de Flaubert, en 1880. Certes, pendant ces années, Flaubert a également retravaillé la Tentation de saint Antoine et composé ses Trois Contes, mais Bouvard et Pécuchet reste l’illustration et l’aboutissement du parcours intellectuel de Flaubert.

Ce roman inachevé constitue la manifestation de la crise du romanesque. En effet, seul le premier chapitre a une vraie forme narrative – il relate la rencontre de ces deux copistes autodidactes -, le reste du livre consiste en une gigantesque nomenclature des sciences auxquelles s’adonnent successivement les deux héros sans pour autant les maîtriser : la narration y laisse la place au catalogue. Flaubert réalise là une mise en scène de la difficulté – de l’impossibilité – d’une entreprise démiurgique (ou littéraire) qui voudrait embrasser la réalité tout entière. L’échec de Bouvard et de Pécuchet symbolise ainsi, de façon caricaturale, le drame de Flaubert et de nombre d’écrivains.

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Bibliographie
  • Madame Bovary (1857)
  • Salammbô (1862)
  • L’Éducation sentimentale (1869)
  • La tentation de Saint Antoine (1874)
  • Trois contes : Un coeur simple, La Légende de Saint Julien l’Hospitalier, Hérodias (1877)
  • Bouvard et Pécuchet (1881), inachevé
  • Lettres à la municipalité de Rouen (1872)
  • Le candidat (1874), vaudeville
  • Le château des cœurs (1880)
  • Mémoires d’un fou (1838)
  • À bord de la Cange (1904)
  • Par les champs et les grèves (1910)
  • Dictionnaire des idées reçues (1913)
  • Œuvres de jeunesse inédites (1910)
  • Lettres inédites à Tourgueniev (1947)
  • Lettres inédites à Raoul Duval (1950)

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Citations choisies
  • À un certain âge, les deux bras d’un fauteuil vous attirent plus que les deux bras d’une femme.
  • Dans l’adolescence on aime les autres femmes parce qu’elles ressemblent plus ou moins à la première; plus tard on les aime parce qu’elles diffèrent entre elles.
  • Il est si doux, parmi les désenchantements de la vie, de pouvoir se reporter en idée sur de nobles caractères, des affections pures et des tableaux de bonheur. (Madame Bovary)
  • On fait de la critique quand on ne peut pas faire de l’art, de même qu’on se met mouchard quand on ne peut pas être soldat.
  • La courtisane est un mythe. Jamais une femme n’a inventé une débauche. (Correspondance, à Mme X)
  • Et ayant plus d’idées, ils eurent plus de souffrance. (Bouvard et Pécuchet, chap. 1)
  • La mort n’a peut-être pas plus de secrets à nous révéler que la vie? (Correspondance à George Sand, 2 juillet 1870)
  • Ministre. – Dernier terme de la gloire humaine. (Dictionnaire des idées réçues)
  • Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement. Comme les matelots en détresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l’horizon. (Madame Bovary)
  • Il ne faut pas toucher aux idoles: la dorure en reste aux mains. (Madame Bovary)
  • Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. […] Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites. (L’Éducation Sentimentale)

Autres citations de Gustave Flaubert.

Articles connexes

Livres, CD et DVD


Bouvard et Pécuchet

Madame Bovary

Salammbô

La Tentation de saint Antoine

Oeuvres, tome 1

Oeuvres, tome 2

Voyage en Orient: 1849-1851

Gustave Flaubert

Correspondance

La légende de saint julien
l’hospitalier (CD)

Madame Bovary (CD)

Madame Bovary (DVD)


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