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Alphonse de Lamartine

Qu’est-ce que l’histoire ?

L'Histoire (1794)

L’Histoire (1794) : [estampe] / dessiné par Louis-Simon Boizot (1743-1809) ; gravé par Massol.
Collection de Vinck. Un siècle d’histoire de France par l’estampe, 1770-1870. Vol. 27, Ancien Régime et Révolution.

Qu’est-ce que l’histoire ? C’est le monde écrit, c’est le genre humain en relief évoqué de tous ses sépulcres, reprenant l’âme, la vie, le mouvement, la parole, devant les hommes nés et à naître, et représentant pour l’instruction, la leçon et l’exemple de l’avenir, le drame éternel de l’humanité dans ce grand cirque bordé de tombeaux, dont la poussière est la cendre même de ce que fut l’homme avant nous.

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L’histoire est ce spectacle des choses humaines auquel il nous est donné d’assister par la mémoire, tantôt avec admiration et applaudissement, tantôt avec horreur et frisson, selon que la vertu ou le crime, la barbarie ou la civilisation sont en scène, mais toujours avec profit pour notre propre amélioration.

L’histoire, en un mot, est au peuple ce que la faculté du souvenir est aux individus, le lien d’unité et de continuité entre notre être d’hier et notre être d’aujourd’hui, la base en nous de toute expérience, et, par l’expérience, le moyen de tout perfectionnement.

Sans l’histoire donc, point de moralisation, de perfectionnement et de progrès de civilisation pour un peuple. Avec l’histoire, presque aucun besoin d’autre leçon ; elle sait tout, elle contient tout, elle dit tout, et, au lieu de le dire en paroles fugitives, qui passent par l’oreille sans y rester, elle le dit en actions saisissantes et pathétiques. Elle fait de notre cœur, fortement impressionné, l’acteur sympathique des scènes passées ; elle s’écrit dans nos yeux avec nos larmes, dans notre cœur avec les mouvements de notre sang ; elle nous transforme par l’enthousiasme ou par la pitié qu’elle nous communique dans la personne de ces héros, de ces sages ou de ces victimes qui ne font plus qu’une même âme et une même chair avec nous ; et, comme la distance des événements nous rend plus impartiaux et que l’impartialité nous rend plus justes, nous profitons moralement bien davantage du spectacle de l’histoire que du spectacle même des choses présentes.

Devant ces hommes qui ne sont plus, rien n’altère notre conscience. Il n’y a là pour nous ni intérêt personnel qui nous corrompe, ni popularité qui nous fascine, ni impopularité qui nous repousse ; nous contemplons, nous sentons et nous jugeons avec le désintéressement et avec l’infaillibilité de notre sens moral tout entier. La conclusion intérieure de toutes nos impressions est l’horreur du mal et l’enthousiasme du bien. La vertu grandit et se fortifie dans les nations avancées en âge avec ces impressions et ces conclusions historiques, et l’on pourrait dire, sans se tromper, que le peuple qui a le plus d’histoire est, par cela seul le peuple qui a le plus de vertus.

Alphonse de Lamartine, Antar, Avant-propos, I, Paris, 1864.

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