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Auteurs français

Guy de Maupassant

1850 – 1893

Vie de Maupassant
Les années de jeunesse

Guy de MaupassantNé à Fécamp, et non au château de Miromesnil, comme sa mère voulut le laisser croire par snobisme, Guy de Maupassant développa précocement une sensibilité particulière à la violence dans ses manifestations quotidiennes.

Ses premières années le familiarisèrent avec la campagne normande, ses paysans, son patois et ses scènes typiques, qui devaient lui fournir un inépuisable champ d’inspiration pour ses contes et ses nouvelles. À douze ans, il entra au collège religieux d’Yvetot, et termina ses études secondaires au lycée de Rouen. En 1870, il fut mobilisé lors de la guerre contre la Prusse et, après la défaite, commença une carrière médiocre de fonctionnaire à Paris. Parallèlement, il se mit à écrire, sous l’influence de Flaubert, ami d’enfance de sa mère, qui lui servit de mentor et de père spirituel. Par l’intermédiaire du maître, il rencontra les écrivains de son temps, ZolaHuysmansDaudet et les frères Goncourt.

L’école du naturalisme

C’est dans la mouvance du naturalisme qu’il participa à l’élaboration du recueil collectif des Soirées de Médan (1880), manifeste de l’école naturaliste. Il y publia son tout premier récit, Boule-de-Suif, qui remporta un très vif succès et le fit connaître des milieux littéraires parisiens. L’héroïne de cette nouvelle cynique est une prostituée candide qui, à l’occasion d’un épisode scabreux, apparaît bien plus respectable que ne le sont les honnêtes bourgeois prêts à la sacrifier sans état d’âme à un officier allemand. On trouve déjà là une thématique récurrente dans les nouvelles de Maupassant, celle de la très ordinaire cruauté des êtres humains.

Le romancier à succès

Dès lors, Maupassant abandonna son poste au ministère de l’Instruction publique pour se lancer dans l’écriture. En une douzaine d’années, il publia environ quinze recueils de contes et de nouvelles, six romans et de très nombreux articles de journaux. Ses thèmes d’inspiration étaient variés: il s’agissait aussi bien du monde rural de sa Normandie natale, avec sa férocité brutale et rustique, que du monde des petits bourgeois et des médiocres employés de bureaux, mais aussi de l’univers cruel et sans pitié de la haute bourgeoisie parisienne, qu’il avait appris à côtoyer.

Fêté, choyé dans les salons parisiens, grand amateur de femmes, romancier à succès, Maupassant finit sa vie dans les souffrances de la maladie. Atteint de la syphilis, contractée dans sa jeunesse, il sombra petit à petit dans un délire hallucinatoire. La démence s’étant emparée de son esprit, il termina ses jours à la clinique du docteur Blanche.

Œuvres de Maupassant
L’art du conteur

Plus qu’aucun autre écrivain français, Maupassant est un conteur. Les quelque trois cents contes et nouvelles qu’il publia sont regroupés dans des recueils comme la Maison Tellier (1881), les Contes de la bécasse (1883) et les Contes du jour et de la nuit (1885).

Dans ces récits, l’acte de la narration et l’atmosphère dans laquelle la parole du conteur s’élève ont parfois une place aussi importante que l’histoire racontée. Un conte initial peut parfois (c’est le cas dans les Contes de la bécasse) mettre en scène une société de conteurs (en l’occurrence une assemblée de chasseurs, réunie au coin du feu). Chaque nouvelle est alors narrée à tour de rôle par l’un des personnages de ce conte  initial et l’organisation générale de l’ouvrage mime celle d’une soirée entre amis.

Une vision pessimiste

Inspiré par Flaubert et, comme d’autres écrivains contemporains, par la pensée de Schopenhauer, Maupassant dépeint un monde profondément désespérant. L’inconscience, l’égoïsme, la cruauté y règnent en maîtres, et l’homme n’y est, pour reprendre ses propres termes, qu’« une bête à peine supérieure aux autres ». Des paysans âpres au gain aux grands bourgeois insensibles, l’inhumanité et la bêtise sont omniprésentes.

Le style des nouvelles de Maupassant reprend quelques-uns des traits typiques de l’écriture réaliste et de l’école naturaliste. Ses récits comportent en outre des mots empruntés au patois normand (comme c’est le cas aussi dans les romans de Barbey d’Aurevilly) ; les propos et les pensées des personnages sont d’ailleurs souvent rapportés au style indirect libre, ce qui permet de mêler étroitement leurs idiolectes (langages spécifiques) à la narration.

Du réalisme au fantastique

Digne élève de Flaubert, Maupassant se montre dans ses récits un observateur très fin. Lorsqu’il met en scène des univers et des personnages qui lui sont familiers, il n’a pas d’égal pour en rendre le trait caractéristique, l’aspect le plus frappant ou le plus signifiant.

Cependant – s’éloignant en cela de la leçon du réalisme -, il s’attache aussi à rendre compte de la vérité intime et cachée d’un milieu, d’un trait de caractère, d’un personnage ou d’une histoire en fixant son attention de façon soutenue sur un détail en apparence anodin. Certains de ses récits sont donc construits autour d’un objet pour ainsi dire focal (la Ficelle, la Chevelure, la Parure, la Main gauche) ou d’une obsession (la Folle, le Horla): le réalisme y rejoint alors le fantastique en ce que la réalité se charge d’une dimension expressionniste et presque magique.

Les thèmes de la peur, du double et de la folie sont également privilégiés dans cet univers où choses et êtres, par leur fixité et leur évidence même, finissent, à force d’être contemplés, par ouvrir des abîmes d’inconnu. En outre, les notations énigmatiques d’un narrateur en proie au doute, puis à une terreur panique font insensiblement basculer des récits comme le Horla et la Chevelure dans le plus pur registre fantastique.

Les œuvres romanesques

Parallèlement à ses récits courts, Maupassant écrivit également des romans, notamment Une vie (1883), qui décrit la triste existence d’une jeune femme mal mariée et malmenée impitoyablement par le sort et Bel-Ami (1885), histoire de l’irrésistible ascension sociale d’un journaliste cynique et beau garçon, auquel une série de succès féminins permettent de réaliser ses ambitions sociales. Citons aussiPierre et Jean (1888), Fort comme la mort (1889) et Notre cœur (1890).

Bibliographie
  • Histoire du vieux temps (1879)
  • Soirées de Médan (1880)
  • Boule de suif (1880)
  • Des Vers (1880)
  • La Maison Tellier (1881)
  • Mademoiselle Fifi (1882)
  • La Parure (1883)
  • Mademoiselle Fifi, nouveaux contes (1883)
  • Une vie (1883)
  • Contes de la Bécasse (1883)
  • Préface à Celles qui osent de René Maizeroy (1883)
  • Préface à Fille de fille de Jules Guérin (1883)
  • Clair de lune, Monnier (1884)
  • Préface de L’Amour à trois de Paul Ginisty (1884)
  • Bel-Ami (1885)
  • Contes du jour et de la nuit (1885)
  • Pierre et Jean (1888)
  • Fort comme la mort (1889)
  • Notre cœur (1890)

Citations choisies
  • Et le cristal poli, reflétant leurs images, les montrait debout et se baisant les lèvres avant de se séparer. (les Sœurs Rondoli)
  • Comment peut-on ne pas adorer les cloîtres, ces lieux tranquilles, fermés et frais, inventés, semble-t-il, pour faire naître la pensée pendant qu’on va à pas lents sous les longues arcades mélancoliques? (la Vie errante; la Sicile)
  • Aimer beaucoup, comme c’est aimer peu! On aime, rien de plus, rien de moins. (Notre coeur, II, 5)
  • Raconter tout serait impossible. (Pierre et Jean, préface)
  • Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd’hui.
  • Nous ne pouvons lutter contre l’invincible découragement que par la continuité de l’effort.
  • Le baiser est la plus sûre façon de se taire en disant tout.
  • La langue française, d’ailleurs, est une eau pure que les écrivains maniérés n’ont jamais pu et ne pourront jamais troubler. Chaque siècle a jeté dans ce courant limpide ses modes, ses archaïsmes prétentieux et ses préciosités, sans que rien surnage de ces tentatives inutiles, de ces efforts impuissants. La nature de cette langue est d’être claire, logique et nerveuse. Elle ne se laisse pas affaiblir, obscurcir ou corrompre. (Pierre et Jean)
  • Ce que l’on aime avec violence finit toujours par vous tuer. (La Nuit)
  • Alors commença l’intimité enfantine et charmante des niaiseries d’amour, des petits mots bêtes et délicieux, le baptême avec des noms mignards de tous les détours et contours et replis de leur corps où se plaisaient leur bouches. (Une Vie)
  • Cet imbécile emportement qui nous jette vers la femelle. (Le Horla)
  • Le silence de la nuit est le lac le plus profond de la terre.

Autres citations de Guy de Maupassant.

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