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La Querelle des Anciens et des Modernes

La Querelle des Anciens et des Modernes, Gallimard, Folio Classique, 2001, poche, ISBN 2070387526.

La Querelle des Anciens et des Modernes, Gallimard, Folio Classique, 2001, poche, ISBN 2070387526.

Une vieille opposition

Ce que l’on appelle la Querelle des Anciens et des Modernes ne fait que reprendre, en la radicalisant, une vieille opposition. De tout temps, s’affirment deux conceptions de la littérature et, plus généralement, de la création. Les uns, tournés vers le passé, croient qu’il convient d’imiter les prédécesseurs, parce qu’ils ont atteint la perfection dans leur art : ce sont les partisans des Anciens. Les autres, fixés sur le présent, pensent qu’il faut, au contraire, innover, trouver des solutions qui correspondent à l’esprit de l’époque : ce sont les Modernes. Entre les deux camps, les conciliateurs essaient d’harmoniser les positions : pour eux, s’il faut tenir compte des apports précédents, il faut aussi les adapter aux situations nouvelles, les utiliser comme un tremplin qui permet de progresser.

Durant la première partie du XVIIe siècle, ces trois conceptions apparaissent déjà, par exemple dans le domaine théâtral : les adeptes du théâtre régulier entendent appliquer les préceptes des auteurs dramatiques de l’Antiquité, d’autres préfèrent un théâtre irrégulier porteur d’innovations, tandis que les partisans de solutions moyennes les renvoient dos à dos, en préconisant un système théâtral à la fois inspiré des Anciens et influencé par le présent.

Les camps en présence

Qu’a donc alors de particulier cette querelle des Anciens et des Modernes ? D’abord, son nom même : il montre que naît une conscience vive de l’existence d’une opposition, de deux voies possibles. Ensuite, son intensité : il s’agit d’une querelle aiguë, à laquelle vont participer la plupart des écrivains de l’époque. Enfin, sa signification : elle indique que le Classicisme est ébranlé, que de nouvelles solutions commencent à être cherchées.

C’est une véritable bataille qui s’engage. Les péripéties y sont nombreuses. Chaque camp essaie de marquer des points, tandis que des esprits plus modérés tentent une conciliation difficile. Du côté des Anciens, La FontaineBoileau et La Bruyère sont parmi les plus ardents à exprimer leurs positions. Du côté des Modernes, Thomas Corneille et surtout Charles Perrault apparaissent comme les militants les plus actifs. Enfin, dans ce combat, Saint-ÉvremondFénelon et Fontenelle se posent en médiateurs.

Le progrès existe-t-il en art ?

Les Anciens et les Modernes s’opposent essentiellement sur la notion de progrès dans le domaine artistique. Pour les premiers, comme La Bruyère, le progrès en art n’existe pas, la perfection a été atteinte une fois pour toutes par les Anciens qui ont tout découvert, tout inventé :

Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes, et qui pensent. Sur ce qui concerne les mœurs, le plus beau et le meilleur est enlevé ; l’on ne fait que glaner après les Anciens et les habiles d’entre les Modernes.

(Les Caractères, I, 1)

Pour les seconds, comme Perrault, il reste au contraire beaucoup à trouver, beaucoup à améliorer, ce qui donne aux Modernes une supériorité de fait sur leurs prédécesseurs :

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[…] tous les arts ont été portés dans notre siècle à un plus haut degré de perfection que celui où ils étaient parmi les Anciens, parce que le temps a découvert plusieurs secrets dans tous les arts, qui, joints à ceux que les Anciens nous ont laissés, les ont rendus plus accomplis […].

(Parallèles des Anciens et des Modernes).

Cette opposition centrale entraîne tout naturellement d’autres oppositions: imiter les Anciens, c’est se référer à des modèles immuables ; innover, c’est, au contraire, chercher des solutions meilleures. Suivre les exemples des prédécesseurs, c’est se rallier à des pratiques cautionnées par le temps et donc à l’abri des modes ; s’engager sur une voie nouvelle, c’est tenir compte de l’évolution historique, des leçons des événements.

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