Patrick Modiano

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Patrick Modiano

1945 – ?

Sur le point d’achever un livre, il vous semble que celui-ci commence à se détacher de vous et qu’il respire déjà l’air de la liberté.

(Patrick Modiano, Discours de réception du prix Nobel de littérature, 7 décembre 2014)

Patrick Modiano, né le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt, est un romancier français, dont l’œuvre laisse transparaître une sensibilité heurtée par les conflits du XXe siècle. Il est l’auteur d’une trentaine de romans primés par de nombreux prix prestigieux parmi lesquels le prix Goncourt (1978), le Grand prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (1984), le Grand prix de Littérature Paul-Morand de l’Académie française (2000) et le prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca (2010). Il est le quinzième écrivain français à recevoir la prestigieuse récompense, le prix Nobel de littérature, le 9 octobre 2014. Son œuvre est traduite en trente-six langues. On retrouve dans la documentation l’adjectif modianesque pour désigner ce qui est relatif à l’œuvre de Patrick Modiano.

Photo de Patrick Modiano

« Ce que le destin a fait de moi »

Né à Boulogne-Billancourt, d’un père juif italien, Albert Modiano, venu d’Alexandrie (en Égypte), et d’une mère comédienne belge, Luisa Colpeyn, qui ont vécu cachés pendant l’Occupation, le jeune Patrick Modiano grandit, avec son frère Rudy (né en 1947), en portant le poids du passé de ses parents, notamment des liens de son père avec le marché noir. Leur enfance est marquée par les absences de leur père, mystérieux « homme d’affaires », mais aussi de leur mère (souvent en tournée). En 1957, la mort brutale de Rudy est un traumatisme pour Patrick Modiano. Malgré les fugues et les séjours dans diverses pensions, il passe son baccalauréat en 1962 à Annecy. Après une hypokhâgne au lycée Henri-IV, il s’inscrit en faculté de lettres à la Sorbonne (1964-1965) mais, délaissant les bancs de l’université, se consacre essentiellement à la rédaction de son premier roman La Place de l’Étoile, dont le manuscrit est accepté en 1967 par Gallimard (maison d’édition à laquelle il reste fidèle par la suite) et publié en 1968.

L’Occupation : sa principale matière romanesque

L’ambiguïté pesante de la France sous l’Occupation — période qui, bien que le romancier ne l’ait pas connue, constitue « le terreau » dont il est issu et dont il se sent imprégné —, la quête du père absent, la disparition précoce de son frère (ses huit premiers livres lui sont dédiés), la difficulté d’être juif, la solitude sont autant de thèmes qui hantent l’univers de Patrick Modiano dans ses premiers romans. Il raconte ainsi le choix de la principale matière de ses livres : « Comme tous les gens qui n’ont ni terroir ni racines, je suis obsédé par ma préhistoire. Et ma préhistoire, c’est la période trouble et honteuse de l’Occupation : j’ai toujours eu le sentiment pour d’obscures raisons d’ordre familial, que j’étais né de ce cauchemar. »

Cette période sombre de l’histoire est donc au centre de l’œuvre de Patrick Modiano, qui à travers la mémoire, le silence et le vide, scrute une « société interlope de trafiquants et de déclassés », préférant montrer « le pourrissement et la lâcheté » que l’héroïsme et la gloire de ces années.

Obsédé par cette mémoire tant collective qu’individuelle, l’écrivain relate, avec un souci propre de la précision, les moments de cette histoire en donnant corps à ses personnages grâce aux petits détails de leurs existences. Leurs facettes tantôt obscures et tantôt manifestes éclatent alors au grand jour, notamment dans La Place de l’Étoile (1968), La Ronde de nuit (1969), Les Boulevard de ceinture (1972), mais aussi dans le film Lacombe Lucien (1974), dont il est, avec Louis Malle, le coscénariste.

La mémoire, entre réalité et fiction

Entre réalité et fiction, souvenirs d’événements vécus et reconstitution imaginaire du passé (Livret de famille, 1977 ; Rue des boutiques obscures, prix Goncourt, 1978 ; Voyage de noces, 1990 ; Du plus loin de l’oubli, 1996 ; La Petite Bijou, 2001 ; Un pedigree, 2005 ; Dans le café de la jeunesse perdue, 2007), les œuvres de Patrick Modiano, écrites le plus souvent à la première personne sur un mode mineur et dépouillé, explorent la mémoire, fusionnant les identités des personnages et les strates temporelles.

Dans beaucoup de ses romans, il fait également se rencontrer des personnages réels et des personnages de papier afin de rendre davantage flous les liens entre la littérature et la vie. « Ces personnes réelles apparaissent toujours en second plan, et quelquefois ne sont que des silhouettes. Je le fais toujours spontanément ; quand j’y réfléchis, c’est peut-être une manière pour moi de rendre la fiction plus troublante, plus magnétique, et de brouiller les perspectives. »

Écrivain soucieux de retranscrire l’humanité de ses personnages, Patrick Modiano reconstitue une sorte de puzzle grâce à maints détails anodins de la vie (permis de conduire, cartes de visite, états civils, coupures de presse) qu’il amasse à l’envi. À la fois très précis et volontairement effacé, son univers — tout comme son style limpide, musical et très visuel, reconnaissables entre tous —, est un hommage aux lieux (notamment Paris) et aux petites gens auxquelles Patrick Modiano donne une existence littéraire.

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Patrick Modiano a par ailleurs travaillé pour le cinéma, notamment en coécrivant les scénarios de Lacombe Lucien, d’Une jeunesse (d’après son roman éponyme, 1981) de Moshe Mizrahi, du Fils de Gascogne de Pascal Aubier (1995) et de Bon voyage (2002) de Jean-Paul Rappeneau. Ses romans, si visuels et évocateurs, ont inspiré plusieurs adaptations cinématographiques : Le Parfum d’Yvonne (1994) de Patrice Lecomte d’après Villa triste (1975), Te quiero (2001) de Manuel Poirier d’après Dimanche d’août (1986) et Charell (2006) de Mikhaël Hers d’après De si braves garçons (1982).

Il a écrit une pièce de théâtre (La Polka, 1974), plusieurs nouvelles ainsi que des textes dans divers journaux et revues et un essai, Emmanuel Berl, interrogatoire (1976). Il a également entretenu une longue correspondance (1978-1996) avec l’avocat Serge Klarsfeld sur la question de la déportation des Juifs.

Bibliographie
Romans et récits
1968 : La Place de l’Étoile — prix Roger-Nimier et prix Fénéon
1969 : La Ronde de nuit
1972 : Les Boulevards de ceinture — Grand prix du roman de l’Académie française
1975 : Villa Triste — Prix des libraires
1977 : Livret de famille
1978 : Rue des Boutiques obscures — Prix Goncourt
1981 : Une jeunesse
1981 : Memory Lane (avec des dessins de Pierre Le-Tan)
1982 : De si braves garçons
1985 : Quartier perdu
1986 : Dimanches d’août
1988 : Remise de peine
1989 : Vestiaire de l’enfance
1990 : Voyage de noces
1991 : Fleurs de ruine
1992 : Un cirque passe
1993 : Chien de printemps
1996 : Du plus loin de l’oubli
1997 : Dora Bruder
1999 : Des inconnues
2001 : La Petite Bijou
2003 : Accident nocturne
2005 : Un pedigree
2007 : Dans le café de la jeunesse perdue
2010 : L’Horizon
2012 : L’Herbe des nuits
2014 : Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier
2017 : Souvenirs dormants
2019 : Encre sympathique
Littérature d’enfance et de jeunesse
  • 1986 : Une aventure de Choura (illustré par Dominique Zehrfuss)
  • 1987 : Une fiancée pour Choura (illustré par Dominique Zehrfuss)
  • 1988 : Catherine Certitude (avec le dessinateur Sempé)
Pièces de théâtre
  • 1974 : La Polka (créée à Paris, au Théâtre du Gymnase, le 15 mai 1974, dans une mise en scène de Jacques Mauclair)
  • 1983 : Poupée blonde (avec des dessins de Pierre Le-Tan)
  • 2017 : Nos débuts dans la vie
Essais et discours
  • 1990 : Paris Tendresse (avec des photographies de Brassaï)
  • 1996 : Elle s’appelait Françoise (avec Catherine Deneuve)
  • 2002 : Éphéméride
  • 2015 : Discours à l’Académie suédoise, Paris, Gallimard, coll. « Blanche »
Chansons

Patrick Modiano a écrit une vingtaine de chansons que Hughes de Courson a mises en musique. Certaines (neuf textes au total, datant de 1967) ont fait l’objet d’un disque appelé Fonds de tiroirs, paru en 197988 et passé inaperçu à l’époque. On dénombre ainsi quatre chansons, San Salvador, Je fais des puzzles (adaptation en français de la chanson Magic Horse de Micky Jones) qui figurent sur l’album Soleil sorti en 1970, À cloche-pied sur la grande muraille de Chine (version française de Soon Is Slipping Away de Tony Macaulay) et Étonnez-moi Benoît… ! (interprétée en 1968 sur le disque suivant son tube Comment te dire adieu) pour Françoise Hardy, une pour Régine, L’aspire-à-cœur (qui figure sur l’album La Fille que je suis en 1970), une pour Henri Seroka (Les oiseaux reviennent, titre évoqué dans Livret de famille) et une pour Myriam Anissimov (À tout petits petits petons). Trois chansons (Les escaliers, Le commandeur, Mélé-cass) figurent également au répertoire de la comédienne Mona Heftre (elle les a notamment interprétées lors d’un récital au Théâtre Déjazet en 2010). Deux chansons issues des Fonds de tiroirs (La coco des enfants sages et Les escaliers) figurent au répertoire de Casse-pipe et ont été enregistrées par ce groupe sur leur premier disque Chansons Noires – Tome 1 en 1993.

📽 15 citations choisies de Patrick Modiano
  • Il y a des êtres mystérieux, toujours les mêmes, qui se tiennent en sentinelles à chaque carrefour de notre vie. (Villa triste, 1975)
  • Ce qui nous rend la disparition d’un être plus sensible, ce sont les mots de passe qui existaient entre lui et nous et qui soudain deviennent inutiles et vides. (Villa triste, 1975)
  • Un jour les aînés ne sont plus là. Et il faut malheureusement se résoudre à vivre avec ses contemporains. (Vestiaire de l’enfance, 1989)
  • Pourquoi certaines choses du passé surgissent-elles avec une précision photographique ? (Rue des boutiques obscures, 1978)
  • Personne ne répond jamais aux questions qui vous tiennent à cœur. Rue des boutiques obscures, 1978)
  • Les dimanches, surtout en fin d’après-midi, et si vous êtes seul, ouvrent une brèche dans le temps. Il suffit de s’y glisser. (L’Herbe des nuits, 2012)
  • Nous aurons beau faire, nous ne connaîtrons jamais le repos, la douce immobilité des choses. Nous marcherons jusqu’au bout sur du sable mouvant. (Les Boulevards de ceinture, 1972)
  • Nous vivons des temps où l’on finit par ne plus s’étonner de rien. (Les Boulevards de ceinture, 1972)
  • La mémoire elle-même est rongée par un acide et il ne reste plus de tous les cris de souffrance et de tous les visages horrifiés du passé que des appels de plus en plus sourds, et des contours vagues. (Livret de famille, 1977)
  • Il faut longtemps pour que resurgisse à la lumière ce qui a été effacé. (Dora Bruder, 1997)
  • Beaucoup d’amis que je n’ai pas connus ont disparu en 1945, l’année de ma naissance. (Dora Bruder, 1997)
  • En écrivant ce livre, je lance des appels, comme des signaux de phare dont je doute malheureusement qu’ils puissent éclairer la nuit. (Dora Bruder, 1997)
  • Il faut se méfier de ceux qu’on appelle des témoins. (La Petite Bijou, 2001)
  • J’ai toujours cru que certains endroits sont des aimants et que vous êtes attiré vers eux si vous marchez dans leurs parages. (Dans le café de la jeunesse perdue, 2007)
  • J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même et qu’elle doit lutter sans cesse contre l’amnésie et contre l’oubli. (Discours de réception du prix Nobel de littérature, 7 décembre 2014)
  • Tout ce qu’on vit au jour le jour est marqué par les incertitudes du présent. (L’Horizon, 2010)

Autres citations de Patrick Modiano.

 

Articles connexes

Suggestion de livres


Romans

Dora Bruder

Rue des boutiques obscures

Une Jeunesse

Dans le café de la jeunesse perdue

Dimanches d’août

Villa triste

Les Boulevards de ceinture


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