Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

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Auteurs français

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

1688 – 1763

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (né le 8 février 1688 et mort le 12 février 1763 à Paris) est un romancier et un journaliste français. Il est surtout connu en tant que dramaturge, qui a renouvelé le genre de la comédie au XVIIIe siècle en s’affranchissant des modèles, matrices et styles du siècle classique.
→ Lumière sur Les Fausses Confidences (1737).

Biographie

Portrait de Pierre Carlet de Chamblain de MarivauxNé à Paris, Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux passe son enfance et son adolescence à Riom, où son père remplit la fonction de directeur de la Monnaie.

Élevé au collège des oratoriens de la ville, il est destiné à reprendre la charge de son père et entreprend à cet effet des études de droit à Paris à partir de 1710.

Peu après son arrivée dans la capitale il devient, par l’entremise de Fontenelle, l’un des familiers du salon de Mme de Lambert et reçoit l’approbation pour sa première pièce de théâtre, Le Père prudent et équitable (1712). Cette prédilection qu’il attache à la vie de mondain, plus que le désir impérieux de répondre à sa vocation littéraire a vraisemblablement une très large part dans l’interruption de ses études en 1713.

Auteur de plusieurs romans, dont La Voiture embourbée en 1714, et d’une série d’essais publiés par le Mercure, les Lettres sur les habitants de Paris (1717), les Pensées sur la clarté du Discours (1719), il achève de prendre parti dans la seconde querelle des Anciens et des Modernes en faisant paraître à la fin de 1716 L’Iliade travestie, roman parodique et burlesque.

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Marié en 1717, il perd sa femme en 1723. Ruiné par la banqueroute de Law, débouté dans sa demande de succéder à la charge de son père, il fait mine de s’orienter vers la carrière littéraire alors que l’une de ses pièces (La Mort d’Hannibal, 1720) vient d’être acceptée à la Comédie-Française et deux autres, L’Amour et la Vérité (1720) et Arlequin poli par l’amour (1720), au Théâtre des Italiens. Marivaux songe pourtant à une carrière d’avocat et reprend une inscription en droit en 1721. Fondateur du journal Le Spectateur français (1721), il mène conjointement une brillante carrière de journaliste et de dramaturge. Il est élu à l’Académie française en 1742 de préférence à Voltaire.

Œuvres de Marivaux
Théâtre

Parce qu’elle montre une éblouissante maîtrise des dialogues, tout en subtilités et légèreté, et parce qu’elle s’attache principalement à décrire sur un ton parfois badin les tourments de l’amour naissant, l’œuvre théâtrale de Marivaux a été hâtivement qualifiée de « précieuse ».

Le terme de « marivaudage », par lequel on désigne désormais toute expression mièvre, raffinée ou affectée du sentiment, s’avère être un abus de langage si l’on reconnaît le désir et non pas le sentiment comme la motion première de la dramaturgie amoureuse de Marivaux. Cette équivoque du propos, ce jeu sur le double sens des mots, à partir desquels on définit généralement la manière de Marivaux, témoigne du désir en tant que manifestation corporelle irrépressible, qui toujours cherche à advenir dans la réalité de l’échange. Tout dans cette économie libidinale, y compris le langage, doit se présenter sous les agréments d’un voile ou d’un déguisement.

La plupart des quarante comédies que l’on doit à Marivaux, parmi lesquelles La Surprise de l’amour (1722), La Double Inconstance (1723), Le Prince travesti (1724), La Fausse Suivante (1724), le Jeu de l’amour et du hasard (1730), Le Triomphe de l’amour (1732), L’Heureux Stratagème (1733) et Les Fausses Confidences (1737), exploitent le thème du masque et du déguisement : grande dame déguisée en suivante, prince travesti amoureux d’une servante qui n’en est pas une. Les intrigues multiplient les effets de miroir, les symétries et les renversements entre le monde des maîtres et le monde des serviteurs.

L’essentiel de la dramaturgie de Marivaux tourne autour d’une interrogation sur les jeux de l’être et du paraître, les pièges de la sincérité et ceux du mensonge. Les ruses du langage, de l’amour et de l’amour-propre, les subtiles dissertations sentimentales des personnages sont la matière même de l’intrigue. Par l’emploi éminemment théâtral qu’il fait des thèmes du déguisement et du masque, Marivaux se place dans le droit fil de la tradition italienne de la commedia dell’arte et de la tradition espagnole du romanesque baroque, à ceci près que le masque joue dans son théâtre le rôle de révélateur et qu’il est préoccupé, à travers le jeu même, par la recherche de la vérité.

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Le théâtre de Marivaux n’est pourtant pas celui d’un moraliste uniquement soucieux de dévoiler les moyens tactiques et stratégiques du désir amoureux. Il prolonge également une réflexion, déjà engagée dans son œuvre romanesque, sur des problèmes sociaux tels que la hiérarchie des conditions (L’Île des Esclaves, 1725), l’égalité des hommes et des femmes (La Colonie, 1750) ou la distance sociale réelle ou fictive entre deux amants (La Dispute, 1744).

Romans

L’œuvre romanesque de Marivaux comprend deux récits inachevés dans lesquels les protagonistes narrent rétrospectivement leur existence, La Vie de Marianne (1731-1741) et Le Paysan parvenu (1734-1735).

Le Paysan parvenu se rattache à la veine picaresque, dont procédait aussi le Télémaque travesti (récit parodique écrit en 1714, publié en 1735). La Vie de Marianne, en revanche, s’apparente au roman sentimental : l’héroïne, orpheline noble réduite à une condition inférieure à celle qui aurait dû être la sienne, connaît de multiples épreuves. Mais la légèreté et la spontanéité du ton, comparables à celles des œuvres dramatiques, mettent à distance le pathétique propre au romanesque sentimental du XVIIIe siècle : l’actualité de ce récit de Marivaux réside précisément dans sa virtuosité verbale.

📽 15 citations choisies de Marivaux
  • Bien écouter, c’est presque répondre. (Le Paysan parvenu, 1734-1735)
  • L’âme se raffine à mesure qu’elle se gâte. (Le Paysan parvenu, 1734-1735)
  • Il faut que la terre soit un séjour bien étranger pour la vertu, car elle ne fait qu’y souffrir. (La Vie de Marianne, 1731-1741)
  • Comme les hommes sont quelquefois méchants, mettez-vous en état de faire du mal, seulement afin qu’on n’ose pas vous en faire. (La Double Inconstance, 1723)
  • Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. (La Double Inconstance, 1723)
  • Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l’être assez. (Le Jeu de l’amour et du hasard, 1730)
  • L’usage le plus digne qu’on puisse faire de son bonheur, c’est de s’en servir à l’avantage des autres. (L’Île de la raison, 1727)
  • Cueillez la grappe pendant qu’elle pend, on ne fait pas toujours vendange. (Télémaque travesti, 1736)
  • La différence des conditions n’est qu’une épreuve que les dieux font sur nous. (L’Île des esclaves, 1725)
  • Quand tu auras souffert, tu seras plus raisonnable; tu sauras mieux ce qu’il est permis de faire souffrir aux autres.  (L’Île des esclaves, 1725)
  • Un mari porte un masque avec le monde, et une grimace avec sa femme. (Le Jeu de l’amour et du hasard, 1730)
  • On essaie de se faire aimer, ce me semble: cela est naturel et pardonnable. (Les Fausses Confidences, 1737)
  • Quand l’amour parle, il est le maître. (Les Fausses Confidences, 1737)
  • Un homme, c’est cette créature avec qui vous voudriez toujours avoir affaire, que vous voudriez trouver partout, quoique vous ne vouliez jamais lui ressembler. (L’Indigent philosophe, 1727)
  • L’amour a ses expressions, l’orgueil a les siennes; l’amour soupire de ce qu’il perd, l’orgueil méprise ce qu’on lui refuse. (L’Heureux Stratagème, 1733)
  • Nous sommes plus jaloux de la considération des autres que de leur estime. (La Vie de Marianne, 1731-1742)
  • Quand une fois l’imagination est en train, malheur à l’esprit qu’elle gouverne. (La Vie de Marianne, 1731-1742)
  • Je veux être un homme de bien; n’est-ce pas là un beau projet? (L’Île des esclaves, 1725)
Bibliographie
  • Le Père prudent et équitable (1706)
  • L’Amour et la Vérité (1720)
  • Arlequin poli par l’amour (1720)
  • Annibal (1720)
  • La Surprise de l’amour (1722)
  • La Double Inconstance (1723)
  • Le Prince travesti (1724)
  • La Fausse Suivante ou Le Fourbe puni (1724)
  • Le Dénouement imprévu (1724)
  • L’Île des esclaves (1725)
  • L’Héritier de village (1725)
  • L’Île de la raison ou les Petits hommes (1727)
  • La Seconde Surprise de l’amour (1727)
  • Le Triomphe de Plutus (1728)
  • La Nouvelle Colonie ou La Ligue des femmes (1729)
  • Le Jeu de l’amour et du hasard (1730)
  • Le Triomphe de l’amour (1732)
  • L’École des mères (1732)
  • L’Heureux stratagème (1733)
  • La Méprise (1734)
  • Le Petit-Maître corrigé (1734)
  • La Mère confidente (1735)
  • Le Legs (1736)
  • Les Fausses Confidences (1737)
  • Le Joie imprévue (1738)
  • Les Sincères (1739)
  • L’Épreuve (1740)
  • La Commère (1741)
  • La Dispute (1744)
  • Le Préjugé vaincu (1747)
  • La Colonie (1750)
  • La Femme fidèle (1755)
  • Félicie (1757)
  • Les Acteurs de bonne foi (1757)
  • La Provinciale (1761)
  • Mahomet second (inachevée)
  • La Vie de Marianne
  • Le Paysan parvenu (inachevé)

Articles connexes

Suggestion de livres


Les Fausses Confidences

L’Île des esclaves

Le Paysan parvenu

La Vie de Marianne

La Dispute

Le jeu de l’amour et du hasard (étude de l’œuvre)

La Double Inconstance

La Colonie suivi de L’Île des esclaves


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