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Genres littéraires

L’autobiographie

Présentation et définition du genre

L’autobiographie est un genre littéraire, qui se présente comme la biographie d’une personne réelle faite par elle-même.

SERGUEI, L’Écriture de soi (dessin de presse paru dans Le Monde).

SERGUEI, L’Écriture de soi (dessin de presse paru dans Le Monde).

Le mot autobiographie est formé de

  • auto-, élément provenant du grec autos qui veut dire « soi-même, lui-même » ;
  • biographie :
    • bio- élément provenant du grec bios qui signifie « vie ».
    • -graphie, élément du grec et veut dire « écrire ».

 

Les autobiographies, pour mériter leur titre, doivent être sincères et complètes avant tout. Elles pourraient se ranger, malgré ses innombrables nuances, sous trois rubriques qui représenteraient les principales tendances du cœur humain : les mystiques, les sceptiques, les sensualistes. Ces groupes sans doute n’ont rien d’absolu : les variétés sont infinies, et leurs couleurs chatoyantes mettraient souvent en défaut l’œil le plus exercé.

D’une autre part, l’autobiographie se caractérise par l’identité entre l’auteur (la personne qui écrit le livre), le narrateur (la personne qui dit « je » et qui relate l’histoire) et le personnage principal (l’auteur raconte sa vie, ses états d’âme, ses émotions, son évolution, il est le sujet de son livre). Cela suppose que l’auteur, le narrateur et le personnage principal aient le même nom.

Différenciation entre l’autobiographie et les autres formes voisines

La définition de l’autobiographie permet de différencier l’autobiographie de la biographie, où l’auteur raconte la vie de quelqu’un d’autre, généralement à la troisième personne (par exemple, la biographie consacrée à Chateaubriand par André Maurois, René ou la Vie de Chateaubriand). En outre, la biographie recherche l’objectivité et l’exactitude historique, alors que l’autobiographie est nécessairement subjective.

Il faut se garder, notamment, de confondre les autobiographies avec les mémoires, quoique dans ces derniers le narrateur se trouve aussi plus ou moins en scène. L’autobiographie est une confession, un développement psychologique, un drame intérieur mis à nu. L’auteur des mémoires n’est pas tenu de rendre compte de ce qui se passe au fond de l’âme. Il n’a promis au lecteur que des notes, des explications. Il écrit le commentaire de l’histoire. L’autobiographie, par contre, fait le roman du cœur.

L’autobiographie se distingue également de l’autobiographie fictive (ou autofiction) – où c’est un personnage différent de l’auteur qui dit « je » (les Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar) – et des mémoires, dans lesquels le narrateur et l’auteur sont bien une seule et même personne mais où le sujet qui dit « je » s’efface devant les événements, n’analyse pas sa personnalité et ne se présente que comme un acteur ou un témoin d’événements historiques (les Mémoires du cardinal de Retz, par exemple).

L’autobiographie se différencie aussi du journal par sa structure : le journal est certes une forme autobiographique, mais il n’est pas une autobiographie car il s’élabore au jour le jour, alors que celle-ci est un récit global et rétrospectif (le Journal d’André Gide n’est pas une autobiographie).

Enfin, si le roman autobiographique reprend des éléments très proches de la vie de l’auteur, il autorise des travestissements de la réalité (changement de noms de personnes, transformation de certains faits, etc.) que ne permet pas l’autobiographie : À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, n’est pas une autobiographie, car les noms des personnages, la structure chronologique et les faits ne correspondent pas exactement à la réalité.

En général, l’autobiographie se donne clairement comme telle : le mot « autobiographie » est souvent signalé sur la couverture du livre. Si cela n’est pas le cas, l’auteur indique de toute façon nettement au début de son ouvrage que c’est bien sa vie qu’il va raconter. Pour des raisons diverses (historiques, car le terme ne naît qu’en 1800 en Angleterre, ou idéologiques), certaines autobiographies s’intitulent parfois « Mémoires », « Confessions », « Journal » ou « Souvenirs », c’est pourquoi il est nécessaire que l’auteur expose clairement la nature de son ouvrage. Il conclut alors avec le lecteur ce que le critique Philippe Lejeune appelle le « pacte autobiographique », qui ne peut être implicite.

Évolution de l’autobiographie

L’autobiographie est issue de la culture européenne occidentale et chrétienne : elle hérite en effet de la pratique de la confession, qui est une analyse de l’individu par lui-même. Les premiers écrits proches du genre autobiographique sont d’ailleurs chrétiens : ce sont les Confessions de saint Augustin, qui présentent le tableau le plus vivant de ces âmes qui, longtemps ballottées entre le ciel et l’enfer, finissent par échapper an monde et à ses joies trompeuses, en se plongeant dans le sein de la divinité. Nous pouvons citer aussi les écrits (1561-1565) de sainte Thérèse d’Ávila, relayés plus tard par ce que l’on appelle les « vies », comme la Vie de Cellini, par exemple.

Il faudra pourtant attendre le XVIIIe siècle et les Confessions de Jean-Jacques Rousseau pour voir apparaître la première autobiographie au sens moderne. Le genre autobiographique ne se développa en effet qu’avec l’émergence de la classe bourgeoise, qui va de pair avec celle de l’individu (l’individu étant une notion moderne et récente).

Le préambule des Confessions est riche d’enseignements sur la spécificité du projet autobiographique de Rousseau : l’individu s’y affirme dans son originalité, il veut peindre sa vie, sa personnalité, ses sentiments dans toute leur vérité, c’est-à-dire ne pas occulter les événements ou les aspects qui le montrent sous un jour peu favorable. L’objectif de Rousseau est de dégager a posteriori le sens de sa vie et de se justifier aux yeux de ses détracteurs.

À partir du XVIIIe siècle donc, les autobiographies, ainsi que les genres voisins comme le journal ou les Mémoires, se multiplient dans toute l’Europe. Au XIXe siècle, signalons les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, mais aussi la Vie de Henry Brulard, rédigée entre 1835-1836 par Stendhal (la transparence du pseudonyme Henry Brulard pour désigner Stendhal, Henri Beyle de son vrai nom, autorise à appeler ce texte une autobiographie).

Le genre a depuis assimilé l’apport des sciences humaines et de la psychanalyse, recentrant la problématique de l’autobiographie autour de l’analyse de la névrose et de la sexualité. Parmi les autobiographies importantes du XXe siècle, citons Si le grain ne meurt (1926), d’André Gide ; l’Âge d’homme (1939) et la Règle du jeu (4 volumes, 1948-1976), de Michel Leiris ; les Mémoires d’une jeune fille rangée (1958), la Force de l’âge (1960) et la Force des choses (1963), de Simone de Beauvoir, et les Mots (1964), de Jean-Paul Sartre.

Citons également Enfance (1983), de Nathalie Sarraute, le Miroir qui revient (1984), de Robbe-Grillet. Claude Roy et Marcel Jouhandeau ont également produit des textes autobiographiques.

Il semble que l’autobiographie et les genres autobiographiques voisins, dans une moindre mesure, soient devenus des sortes d’exercice obligé pour les auteurs contemporains.

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