Denis Diderot

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Auteurs français

Denis Diderot

1713 – 1784

Présentation

Denis Diderot, philosophe et écrivain français, est le maître d’œuvre de l’Encyclopédie et l’un des principaux représentants de l’esprit des Lumières.

Né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris, Diderot est non seulement écrivain, philosophe et encyclopédiste, mais aussi romancier, dramaturge, conteur, essayiste, dialoguiste, critique d’art, critique littéraire et traducteur. Il est donc un auteur aux talents multiples. Toujours audacieuse, son œuvre touche à tous les genres et se développe dans différents domaines : la science, la philosophie et l’esthétique. Surtout admiré en son temps comme directeur de l’Encyclopédie, il est aujourd’hui considéré comme l’un des écrivains les plus novateurs du siècle des Lumières. Il en incarne l’esprit par son matérialisme athée, par sa volonté de dénoncer les préjugés et par sa confiance en la raison.

Une jeunesse agitée
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Portrait de Denis Diderot, 0,81 x 0,65 m (Paris, Musée du Louvre).

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Portrait de Denis Diderot, 0,81 x 0,65 m (Paris, Musée du Louvre).

Diderot naît à Langres en 1713, dans un milieu de petite bourgeoisie qui le destine à la prêtrise. L’emprise religieuse de l’environnement est forte : Langres est un évêché puissant, et la famille Diderot compte plusieurs vocations. Le jeune Denis a un oncle chanoine, un frère prêtre et une sœur religieuse. Lui-même fait ses études chez les jésuites et il est tonsuré à treize ans. Pourtant, il ne se sent guère d’affinités avec l’Église.

En 1728, il quitte Langres pour continuer ses études à Paris. Les circonstances de ce départ ne sont pas très claires (brouille avec ses maîtres jésuites ? avec sa famille ?), pas plus que ne le sont ses activités dans les années qui suivent, jusqu’en 1740. On sait seulement qu’il est passionné par l’érudition et par l’étude et qu’il obtient la maîtrise ès arts de l’université de Paris. On pense qu’il mène alors une véritable vie de bohème, faite d’expédients qui lui permettent de survivre puisque son père ne veut pas l’entretenir. II est clerc de procureur, précepteur. Il donne des leçons, prête sa plume à des prédicateurs peu inspirés… Pendant ces années de vagabondage professionnel dans des milieux très variés, il se découvre aussi une véritable passion pour le théâtre : « On s’agitait, on se remuait, on se poussait, l’âme était mise hors d’elle-même […]. C’était comme un nuage qui allait se dissiper au loin, et dont le murmure durait longtemps après qu’il était écarté », écrit-il plus tard, en 1758, à l’actrice Madame Riccoboni en parlant des représentations théâtrales. Diverse et indépendante, la vie de Diderot à cette époque est marquée par la liberté et par la précarité : il lui arrive souvent de n’avoir rien à manger !

La rencontre avec Anne Toinette Champion, dont il tombe amoureux (1741), le ramène à Langres où il va demander à son père l’autorisation de se marier (décembre 1742). Mais le résultat des retrouvailles familiales n’est pas ce qu’il espérait. Son père refuse catégoriquement le mariage projeté et, faisant valoir une autorité paternelle très forte sous l’Ancien Régime, fait enfermer son fils chez des moines. Diderot parvient à s’échapper, revient à Paris où il se cache, et épouse secrètement Anne Toinette le 6 novembre 1743.

Les débuts d’une œuvre philosophique

Son nouvel état d’homme marié contraint Diderot à gagner sa vie avec plus de régularité. Sa connaissance de l’anglais lui permet de vivre de traductions. C’est ainsi qu’il entreprend de traduire la Cyclopaedia de Chambers, travail qui donnera naissance à lEncyclopédie. Il se lie avec Rousseau, rencontre en 1742. Un goût commun pour la musique et pour le jeu d’échecs est à l’origine d’une profonde amitié, qui se prolongera jusqu’en 1758. Il fréquente aussi le philosophe Condillac. C’est en 1745 que débute réellement son activité philosophique: il entreprend une œuvre nettement orientée vers les théories matérialistes.

Tout d’abord, il traduit, de manière assez libre, l’Essai sur le mérite et la vertu de l’Anglais Shaftesbury, puisant dans cette œuvre l’idée d’une lutte nécessaire contre le fanatisme et contre la superstition. Il trouve aussi dans cet essai un écho à ses propres réflexions sur la vertu. Il pense, comme le philosophe anglais, que celle-ci n’est pas fondamentalement liée à la religion, qu’elle peut être naturelle. Cette nouvelle morale s’adapte particulièrement bien à son enthousiasme, à ses élans et à l’importance qu’il accorde aux émotions.

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C’est dans cette orientation d’esprit qu’il rédige, en 1746, les Pensées philosophiques, qui font alterner quatre points de vue différents, celui du chrétien, celui du déiste, celui de l’athée et celui du sceptique. Publiée en juin, l’œuvre est condamnée en juillet par le Parlement. Elle est, en effet, jugée scandaleuse et « contraire à la religion et aux bonnes mœurs ». Cette condamnation n’empêche pas Diderot de poursuivre une réflexion philosophique profondément marquée par le matérialisme. La Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1749) vaut à son auteur un emprisonnement immédiat dans le donjon de Vincennes. Il n’en sort que grâce à l’intervention des libraires qui ont engagé des sommes importantes dans l’Encyclopédie et qui s’inquiètent de voir l’entreprise privée de son directeur.

Diderot s’est en effet attelé, depuis 1747, à une tâche exaltante et épuisante. La simple traduction de la Cyclopaedia de Chambers s’est transformée en une énorme entreprise de classification et de vulgarisation du savoir. Diderot va consacrer presque vingt ans de sa vie à cet impressionnant travail : il dirige, coordonne, écrit, corrige, recrute des auteurs, fait face à toutes les difficultés (censure, interdiction, manque de capitaux, défections…).

Une période d’intense créativité

Les années qui vont de 1750 à 1772 représentent une période très productive sur tous les plans. Parallèlement au travail que nécessite l’Encyclopédie. Diderot poursuit une œuvre personnelle et mène une vie mondaine très active. Sa réflexion philosophique est marquée par la publication, en 1753, de l’ouvrage intitulé De l’interprétation de la nature, qui précise une vision toujours matérialiste du monde et des interrogations sur la liberté et sur le déterminisme. Diderot poursuit cette analyse dans la lettre qu’il adresse au dramaturge Landois (Lettre à Landois), en 1756. Il la reprendra, nettement plus tard, en 1769, dans Le Rêve de d’Alembert. Cette œuvre met en scène plusieurs amis de Diderot: le mathématicien d’Alembert, collaborateur de l’Encyclopédie, le docteur Bordeu et Mademoiselle de Lespinasse, qui tient à Paris un salon littéraire. Leurs dialogues ont pour thème l’origine du monde. Aux théories des philosophes matérialistes de l’Antiquité, Diderot ajoute des connaissances scientifiques qu’il a acquises par ses études et ses lectures.

Les années 1755-1760 sont marquées par un retour au théâtre, pour lequel il a une véritable passion. Il se fait le théoricien du drame bourgeois. Deux pièces, Le Fils naturel (1757) et Le Père de famille (1758), mettent en application les théories énoncées ou reprises dans les Entretiens sur Le Fils naturel (1757) et dans I’essai De la poésie dramatique. Ses recherches philosophiques, l’observation qu’il fait des comportements le conduisent aussi vers le genre romanesqueLa Religieuse (1760), Le Neveu de Rameau (1762), Jacques le fataliste (1765) témoignent d’interrogations multiples sur la liberté, la morale, la vertu, qui sont au cœur de ses préoccupations. Enfin il inaugure, pour la Correspondance littéraire de son ami Grimm, la série des Salons où s’expriment ses conceptions esthétiques.

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Sa vie est alors ponctuée par les innombrables difficultés que lui vaut l’Encyclopédie : il doit faire face aux détracteurs, notamment à Palissot, qui ridiculise les encyclopédistes dans sa comédie Les Philosophes (1760). Les années 1758-1760 sont particulièrement douloureuses. C’est à ce moment qu’il se brouille avec Rousseau et que d’Alembert abandonne collaboration à l’Encyclopédie. Mais Diderot est aidé par le soutien affectueux et constant de sa maîtresse Sophie Volland, rencontrée en 1755, et avec laquelle il entretient une abondante et passionnante correspondance.

→ À lire : Les salons littéraires. – Les cafés littéraires. – La correspondance. – Le drame bourgeois.

Les dernières années

L’année 1772 voit la publication d’une œuvre importante, le Supplément au voyage de Bougainville. Diderot y développe une morale sociale qui rejoint le mythe du bon sauvage et analyse l’idée de nature. C’est aussi à cette époque qu’il envisage de répondre à l’invitation de Catherine II de Russie. En 1762, Diderot avait vendu sa bibliothèque à la tsarine en qui il voyait un modèle de despote éclairé. En 1773, il accepte de répondre à une invitation de la souveraine. Un peu seul et désemparé par le mariage de sa à Angélique, il entreprend un long périple vers Saint-Pétersbourg. Le voyage est pénible, Diderot est malade, les découvertes décevantes : si la tsarine est intéressée par les propositions du philosophe en matière de réformes politiques et sociales, il sait qu’elle n’est pas – et ne sera sans doute jamais – une souveraine éclairée.

De retour en France, Diderot reprend son œuvre. Il continue les comptes rendus des Salons, et les Pensées détachées sur la peinture, publiées en 1881, marquent le point d’aboutissement de son esthétique picturale. L’Essai sur les règnes de Claude et de Néron (1778-1782), probablement inspiré par l’expérience russe, souligne l’évolution philosophe vers le stoïcisme. La Réfutation d’Helvétius (1774) est un ultime retour aux thèses matérialistes enrichies de toute une expérience de la vie. Diderot remanie alors certaines de ses œuvres, les écrit moins. Sa vie est endeuillée par de nombreuses disparitions : celle de Voltaire en 1778, celle Rousseau la même année, celle de Sophie Volland en 1784. Lui-même meurt le 31 juillet 1784, à soixante-dix ans. Quelques mois plus tard, sa bibliothèque et ses manuscrits sont acheminés Saint-Pétersbourg.

Bibliographie

Œuvre philosophique

  • Pensées philosophiques (1746)
  • La Promenade du sceptique (1747)
  • Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1749)
  • De l’interprétation de la nature (1753)
  • Lettre à Landois (1756)
  • Le Rêve de d’Alembert (1769)
  • Supplément au Voyage de Bougainville (1772)
  • Réfutation d’Helvétius (1774)
  • Entretien d’un philosophe avec la Maréchale de…(1776)

Œuvre romanesque

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  • Les Bijoux indiscrets (1748)
  • La Religieuse (écrit en 1760, révisé en 1780 et 1781 et publié en 1796)
  • Le Neveu de Rameau (commencé en 1762, révisé en 1777, publié en 1891)
  • Jacques le fataliste (commencé en 1765 et publié en 1778)
  • Ceci n’est pas un conte, Madame de la Carlière (1772)

Critique

  • Premier Salon, 1759.
  • Second Salon, 1761.
  • Troisième Salon, 1763.
  • Quatrième Salon, Essais sur la peinture, 1765.
  • Cinquième Salon, 1767.
  • Pensées détachées sur la peinture, 1777, remanié en 1781.

Œuvre dramatique

  • Le Fils naturel, suivi des Entretiens avec Dorval sur le Fils naturel (1757)
  • Le Père de famille, suivi de l’essai De la poésie dramatique (1758)
  • Le Paradoxe sur le comédien (rédigé en 1773, publié en 1830)
  • Est-il bon, est-il méchant ? (1777)

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 Gros plan sur les œuvres de Denis Diderot.
L’Encyclopédie du XVIIIe siècle.
Le Siècle des Lumières.
Les salons littéraires.

📽 15 citations choisies de Denis Diderot
  • Celui qui se sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres. (Règnes de Claude et de Néron, 1782)
  • Nous croyons conduire le destin, mais c’est toujours lui qui nous mène. (Jacques le fataliste et son maître, 1796)
  • Il y a longtemps que le rôle de sage est dangereux parmi les fous. (Jacques le fataliste et son maître, 1796)
  • On ne sait jamais ce que le ciel veut ou ne veut pas, et il n’en sait peut-être rien lui-même. (Jacques le fataliste et son maître, 1796)
  • La larme qui s’échappe de l’homme vraiment homme nous touche plus que tous les pleurs d’une femme. (Paradoxe sur le comédien, 1830)
  • Quand on ne veut pas être faible, il faut souvent être ingrat. (Principes de politique des souverains, 1798)
  • Il faut lui permettre la satire et la plainte : la haine renfermée est plus dangereuse que la haine ouverte. (Principes de politique des souverains, 1798)
  • Lorsque les haines ont éclaté, toutes les réconciliations sont fausses. (Principes de politique des souverains, 1798)
  • La passion détruit plus de préjugés que la philosophie. (Discours sur la poésie dramatique, 1758)
  • Si tout ici-bas était excellent, il n’y aurait rien d’excellent. (Le Neveu de Rameau, 1805)
  • À quoi que ce soit que l’homme s’applique, la nature l’y destinait. (Le Neveu de Rameau, 1805)
  • L’incrédulité est quelquefois le vice d’un sot, et la crédulité le défaut d’un homme d’esprit. (Pensées philosophiques, 1746)
  • L’indifférence fait les sages et l’insensibilité les monstres. (Encyclopédie, 1747-1765)
  • La parole est une sorte de tableau dont la pensée est l’original. (Encyclopédie, 1747-1765)
  • Je puis tout pardonner aux hommes, excepté l’injustice, l’ingratitude et l’inhumanité. (La Religieuse, 1796)
  • Qu’est-ce que la vérité ? La conformité de nos jugements avec les êtres. (Discours sur la poésie dramatique)

Articles connexes

Suggestion de livres


Denis Diderot

Supplément au voyage de Bougainville

Encyclopédie 1

Encyclopédie 2

Le Neveu de Rameau

Jacques le Fataliste et son maître

Salons

Contes et romans

Les Bijoux indiscrets

Lettres à Sophie Volland

Essais sur la peinture: Salons de 1759, 1761, 1763

Est-il bon? Est-il méchant?

Le Rêve de d’Alembert

Diderot: Philosophie

Diderot ou le vrai Prométhée

Etude de Jacques le Fataliste

Paradoxe sur le comédien

Les Deux Amis de Bourbonne et autres contes

Lettre sur les aveugles – Lettre sur les sourds et les muets

Profil d’une oeuvre: Le Neveu de Rameau


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