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Auteurs français

Colette

1873 – 1954

On ne fait bien que ce qu’on aime. Ni la science ni la conscience ne modèlent un grand cuisinier.

(Colette, Prisons et paradis)

Colette (1873-1954) est une romancière française dont l’œuvre apparaît comme une célébration sensuelle et passionnée de la nature et des relations entre les êtres. Elle est élue membre de l’Académie Goncourt en 1945.

Notice biographique

Colette, de son vrai nom Sidonie-Gabrielle Colette, est une romancière française, née à Saint-Sauveur-en-Puisaye le 28 janvier 1873 et morte à Paris le 3 août 1954. Elle est élue membre de l’Académie Goncourt en 1945.Née à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, Sidonie Gabrielle Colette passe une enfance et une adolescence heureuses dans cette partie de la Bourgogne qu’elle peint si souvent dans ses ouvrages. Elle quitte la demeure maternelle en 1893 pour épouser l’écrivain Henri Gauthier-Villars, dit Willy, de quinze ans son aîné. Ce dernier l’emmène à Paris et, bientôt, l’engage à écrire la série des Claudine : Claudine à l’école (1900), Claudine à Paris (1901), Claudine en ménage (1902), Claudine s’en va (1903). Tous signés du nom de plume de Willy, ces romans, en grande partie autobiographiques, connaissent un succès de scandale au moment de leur parution.

Séparée de son mari en 1906, divorcée en 1910, Colette embrasse la carrière de mime et d’actrice de music-hall en compagnie de son amie Missy, expérience qu’elle rapporte dans la Vagabonde (1910), le premier de ses ouvrages à être publié sous le seul pseudonyme de Colette et, plus tard, dans l’Entrave (1913). Remariée en 1912 à Henry de Jouvenel auquel elle donne une fille, Colette dite Bel-Gazou, en 1913, elle devient journaliste et se consacre désormais à la critique dramatique (notamment au Matin), tout en faisant paraître des nouvelles et des romans sous forme de feuilletons. Séparée de Jouvenel en 1925, elle épouse en troisièmes noces Maurice Goudeket (1935). C’en était alors définitivement fini de la marginalité et du scandale.

Scénariste, dramaturge, modéliste, Colette est, selon le mot de Pierre Mac Orlan, « la femme la plus libre du monde ». Décorée de la Légion d’honneur, première femme lauréate (1945) et présidente (1949) de l’Académie Goncourt, admirée par plusieurs grands auteurs (Marcel Proust, Jean Cocteau, Julien Green), elle était au sommet de la gloire littéraire lorsqu’elle s’éteint à Paris à l’âge de quatre-vingt-un ans.

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Œuvre de Colette

Les romans de Colette, essentiellement consacrés à la célébration de la nature, à la peinture et à l’analyse de personnages pathétiques ou attachants, lâches ou héroïques, restent aujourd’hui encore très populaires et sont souvent adaptés pour le théâtre et le cinéma.

L’unité de cette œuvre réside essentiellement dans la recherche obstinée de la vérité — celle des êtres et celle des sentiments. La matière des romans est empruntée largement à la vie de l’auteur elle-même, observatrice sans faille de ses propres faiblesses et de la petitesse des hommes ; le ton, par sa justesse et sa précision, se rapproche davantage de celui des tableaux de mœurs.

Colette évoque avec beaucoup d’indulgence les maladresses et les émois de l’adolescence, dans les Claudine naturellement, mais aussi dans l’Ingénue libertine (1909), Mitsou (1919), dans le Blé en herbe (1923), qui dépeint l’éveil de l’amour chez une jeune fille de quinze ans, ou encore dans Gigi (1943).

Marquée par l’échec de son mariage avec Willy puis avec Henry de Jouvenel, la romancière, mûrie, se penche aussi sur la difficulté des relations entre hommes et femmes, avec des textes comme la Retraite sentimentale (1907), Duo (1934), qui traitent du mariage, ou encore Chéri et la Fin de Chéri (1920 et 1926), romans d’un grand réalisme psychologique qui décrivent l’ambiguïté des liens amoureux entre un jeune homme égoïste et une femme mûre.

L’un des plus beaux volets de l’œuvre de Colette est constitué de ses souvenirs : dans la Maison de Claudine (1922) puis dans Sido (1930), elle se plaît à évoquer son enfance, célébrant surtout la grandeur simple et la générosité de sa mère, Sidonie Landoy, ainsi que les beautés de la campagne bourguignonne. Dans la Naissance du jour (1928), sorte d’exaltation poétique de la nature, le personnage de Sido réapparaît comme un modèle absolu de sagesse aux yeux de sa fille. Parallèlement à ces souvenirs heureux, Colette rapporte dans Mes apprentissages (1936) la nature complexe des liens qui l’attachaient à son premier mari. Par ailleurs, dans une série de romans d’une grande sensibilité, elle oppose la courtoisie et la grâce naturelle des animaux domestiques, notamment le chat, à la vulgarité et à l’absurdité des humains (Dialogues de bêtes, 1904 ; Prisons et Paradis, 1932 ; la Chatte, 1933 ; Julie de Carneilhan, 1941).

L’ensemble de cette œuvre, sensuelle et généreuse, retrace l’itinéraire d’une femme indépendante, soucieuse de réaliser pleinement sa nature profonde : Colette, à force de travail sur soi, acquiert livre après livre une sérénité qui n’est pas sans rappeler la sagesse d’un Montaigne.

Chéri et La Fin de Chéri
Présentation

Depuis sept ans, le trop beau Chéri est l’amant de Léa, une courtisane de vingt-cinq ans son aînée. Choyé par sa maîtresse, toujours somptueuse, qu’il appelle « Nounoune », il vit dans un monde de femmes mûres, riches et obsédées par la séduction. Son mariage de convenance et une séparation de six mois leur révèlent à l’un et à l’autre que ce qu’ils ont vécu est bel et bien de l’amour. Mais une dernière nuit et surtout un dernier réveil avec Léa montrent à Chéri une femme irrémédiablement vieillie. Croyant se libérer, il s’enfuit.

Après la guerre, Chéri, qui n’a rien oublié ni rien appris, traîne son oisiveté et son ennui tandis que ses proches se consacrent à des activités qui les divertissent ou les enrichissent. Une ultime visite à Léa le met face à une femme sans beauté qui accepte tranquillement son sort. Indifférent à tout et à tous, inutile à lui-même et aux autres, il se suicide en regardant une photo de Léa jeune, telle qu’il ne l’a jamais connue.

Chéri, l’« homme-objet »

Le premier roman met en scène les milieux frelatés des « cocottes » de la Belle Époque. Le second, à travers les désarrois de Chéri, peint le malaise d’une génération perdue, vide de désirs et de projets, en proie à un nouveau « mal du siècle ».

Même s’il a plus profité que souffert de la guerre, et s’il n’a pas les excuses de ceux dont elle a brisé la vie et les illusions, Chéri meurt de ne pouvoir s’adapter à son époque. Il meurt aussi de l’amour de Léa qui lui a pris sa jeunesse et sa vie en l’empêchant de devenir un homme. Alors que le schéma traditionnel voudrait que la femme mûre serve de tremplin au jeune homme, Chéri, créature de Léa, est resté un être veule, dépendant et immature. Objet de convoitise et de consommation, il n’est qu’un homme domestiqué, réduit à sa fonction d’objet érotique comme une courtisane.

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En revanche, l’âge confère force et beauté à Léa. Libérée de l’amour, dotée d’un appétit de vivre sur lequel les années n’ont pas prise, elle peut vieillir sereine tandis que l’homme dont elle a été le Pygmalion meurt. Le roman affirme la supériorité écrasante de la femme maternelle sur l’homme-enfant.

Gigi

Petite-fille et nièce adorée de deux demi-mondaines, Gigi s’applique à manger délicatement du homard à l’américaine, à distinguer une topaze d’un diamant jonquille et surtout à ne pas fréquenter « les gens ordinaires ». On lui apprend son futur métier de grande cocotte. Mais Gigi et Gaston Lachaille, le riche héritier des sucres du même nom, en décident autrement…

Gigi, un des rares romans d’amour heureux de Colette, donne son titre à ce recueil qui réunit trois autres nouvelles : L’enfant malade, La dame du photographe et Flore et Pomone.

Sido

Sido est publié en 1930 (sous le titre complet Sido ou les Points cardinaux) et dédié, avec deux autres textes, la Maison de Claudine (1922) et la Naissance du jour (1928), à l’évocation de l’enfance bourguignonne et à la célébration du personnage de Sidonie Landoy (1835-1912), la mère de Colette.

L’apparition de cette dernière dans l’évocation des souvenirs est tardive : Claudine n’avait en effet qu’un père irresponsable et Renée la Vagabonde paraissait sans famille (voir la Vagabonde). D’œuvre en œuvre, la figure maternelle se précise et se construit ainsi jusqu’à devenir mythique.

La Maison de Claudine

La Maison de Claudine, dont le titre n’est qu’une allusion à l’œuvre de jeunesse, est constitué d’anecdotes et de petits portraits — hommes et bêtes — qui ressuscitent la magie de l’enfance perdue dans la maison natale de Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne. Celle qui sera Sido n’est encore ici appelée que « la mère ».

La Naissance du jour

La Naissance du jour met en scène une femme mûre qui ressemble comme une sœur à Colette. Partagée entre la passion tardive que lui offre le jeune Vial et la liberté sereine de l’âge, elle préfère renoncer à l’amour. Mais il s’agit à peine d’un roman car l’intrigue, reléguée au second plan et mince jusqu’à l’insignifiance, peine à poindre sous le lyrisme des confidences et des souvenirs. Sido, enfin ainsi nommée, y joue, par les lettres qu’elle adresse à sa fille, l’influence déterminante d’un fantôme tutélaire. En refusant une invitation qui pourrait l’empêcher de voir éclore un cactus rose qui ne fleurit que tous les quatre ans, elle lui signifie que les merveilles du monde sont préférables à l’agitation humaine et amoureuse. Elle lui transmet sa sagesse opulente et sereine par ses lettres qui jalonnent l’œuvre comme autant de leçons de vie.

Sido

Sido se présente enfin comme une pure commémoration poétique de la mère : attentive aux saisons et aux vents, dispensatrice de la magie des aubes, elle est la reine d’une nature dont elle seule sait déchiffrer les signes. L’ouvrage construit en triptyque introduit un équilibre nouveau dans la chronique familiale. Dans l’ombre de Sido, vit son second mari, le Capitaine amputé qui aurait rêvé d’être écrivain mais n’a jamais rédigé une ligne, qui, à la campagne, n’a su aimer ni les bêtes ni les plantes, et que ses enfants ont sans doute dérangé du tête-à-tête amoureux avec sa femme. Mais Colette a beau essayer de réhabiliter ce père qu’elle a mal connu, sa figure reste épisodique. Il laisse un peu l’impression d’un raté réduit à la position de vassal, voire d’intrus. Le troisième volet est consacré aux deux frères de Colette, « les Sauvages », et à sa demi-sœur.

Le livre de ma mère

C’est Sido qui, depuis l’enfance, donne définitivement à Colette la certitude de la supériorité des femmes qui traverse toute son œuvre. Revenir à la nature et la préférer à l’amour, comme l’avait déjà fait Claudine, c’est en fait revenir au paradis perdu de l’enfance. C’est là que Sido lui a enseigné que la femme est un être tout-puissant, Terre-Mère et source de vie, souveraine du royaume familial et champêtre, quand l’homme reste soumis au rôle secondaire, qu’il s’agisse de Renaud, du père infirme ou du pâle Vial.

Peu importent les sentiments réels que se portaient la mère et sa fille. Il est évident qu’en créant Sido, Colette abolit Sidonie la vraie mère et donne naissance à un personnage de roman, son double idéalisé. Comme l’écrit Claude Pichois, c’est Colette « la mère de Sido ».

La Vagabonde

La Vagabonde, est publié en 1910. En 1906, Colette, séparée de Willy auquel elle voue une solide rancune, fait ses débuts — jugés scandaleux — sur les planches de femme et d’artiste. Largement autobiographique, la Vagabonde témoigne de son affranchissement.

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Du mariage au Music-Hall

Après un divorce douloureux, Renée Nérée s’est faite mime et danseuse. Elle vit désormais seule et sans attaches. Socialement déclassée, elle va de ville en ville au hasard des contrats. Elle repousse d’abord avec une indifférence méprisante Maxime, un riche admirateur, puis se laisse aller au bonheur d’être aimée et d’aimer. Mais une tournée en province lui fait sentir le prix de son indépendance et réveille sa méfiance : craignant la volonté de domination de Maxime, elle préfère le quitter.

Du renoncement à la libération

La Vagabonde est d’abord le roman du renoncement : meurtrie par les humiliations et les tromperies, Renée préfère ne pas aimer une seconde fois par peur de souffrir de nouveau ; « chatte échaudée », elle «craint de retourner à sa chaudière ». Mais c’est aussi le roman de la libération qui bouleverse le cliché du bourgeois amoureux d’une actrice. Renée veut travailler pour gagner sa vie, alors que Maxime, oisif, risque vite de se révéler un « rentier encombrant ». Elle est tentée par la chaleur et la sécurité de l’amour, mais dénonce le mariage comme une « domesticité consentie, douloureuse, humiliée ». Totalement maîtresse de son destin, elle choisit par loyauté envers elle-même la liberté au prix de la solitude.

Le Pur et l’impur

Colette a 59 ans lorsqu’elle publie, en 1932, Ces plaisirs dont le titre deviendra, en 1941, Le pur et l’impur. Elle atteint alors la perfection de sa sensibilité et de son style, si intense dans ce libre recueil de souvenirs attachés à quelques figures de femmes ou d’hommes « monstrueux ». Souvenirs moraux pourrait-on- dire, puisque Colette y traque les instants de beauté ou de grâce qui font croire en une certaine pureté de la vie. Souvenirs de « spectateur » ou de « témoin translucide» ; elle y écoute et nous fait entendre la musique d’une voix, d’un regard, d’une présence. Entre deux parfums, on y discernera l’odeur subtile de l’amour et de la jalousie.

Colette exerce ici, sur trente années de sa vie parisienne, la clairvoyance secrète qu’elle partage avec les chats qui l’accompagnent. Voici un livre qui commence par les vibrations intimes des corps, par ces désirs et ces plaisirs qui ne suffisent jamais, et qui finit par l’aveu d’une « soif optique de pureté ». Colette espérait que l’on s’apercevrait un jour que c’est là son meilleur livre.

Dans la première version de cette œuvre,  une citation précisait le sens des points de suspension : « ces plaisirs qu’on nomme, à la légère, physiques… » où les virgules mettaient en valeur l’expression « à la légère ». Loin de toute théorie, ce dont elle s’est toujours bien gardée, Colette évoque les différentes formes du plaisir, qu’elle a parfois expérimentées, le plus souvent observées. Ce récit, comme elle qualifie le volume, touche aux sujets les plus périlleux : la tentation des paradis artificiels, la simulation du plaisir par la femme pour rassurer son amant, les « travaux forcés » auxquels ses amantes soumettent un don Juan, l’homosexualité vue de Sodome puis de Gomorrhe… On ne trouvera pas la moindre trivialité, aucune complaisance, ni, à l’opposé, le plus petit soupçon de condescendance, pas même un jugement de valeur dans ces pages, seulement une chaleur, une attention, une sensibilité, une délicatesse, comme seule Colette, qui sut toujours se tenir hors des préjugés dans ces domaines, pouvait en manifester.

📽 15 citations choisies de Colette
Citations choisies
  • Les femmes libres ne sont pas des femmes.
  • Il y a souvent plus d’angoisse à attendre un plaisir qu’à subir une peine. (Belles Saisons)
  • Il n’y a que deux espèces d’êtres humains : ceux qui ont tué et ceux qui n’ont pas tué. (Le Pur et l’impur)
  • Le vice, c’est le mal qu’on fait sans plaisir. (Claudine en ménage)
  • La quiétude… C’est le bien de ceux qui ont à jamais choisi une part de leur destin, et rejeté l’autre. (Paix chez les bêtes)
  • On ne fait bien que ce qu’on aime. Ni la science ni la conscience ne modèlent un grand cuisinier. (Prisons et paradis)
  • Tendre vers l’achevé, c’est revenir à son point de départ.
  • Je ne suis capable de fantaisie que dans l’ordre.
  • Le visage humain fut toujours mon grand paysage. (En Pays inconnu)
  • Aujourd’hui ou on s’épouse et on n’a pas d’enfant ou on ne s’épouse pas et on a des enfants.
  • On peut espérer que, lorsqu’ils seront les maîtres du monde, les insectes se souviendront avec reconnaissance que nous les avons plutôt bien nourris lors de nos pique-niques.
  • Il y a deux sortes d’amour : l’amour insatisfait, qui vous rend odieux, et l’amour satisfait, qui vous rend idiot.
  • Il est sage de verser sur le rouage de l’amitié l’huile de la politesse délicate. (Le Pur et l’impur)
  • Il n’y a de peine irrémédiable, sauf la mort. (La Retraite sentimentale)
  • Connaître ce qui lui était caché, c’est la griserie, l’honneur et la perte de l’homme. (Le Fanal bleu)
  • L’essentiel n’est pas la flûte, ni ce qu’elle joue, mais le visage derrière la flûte et qui en joue. (Gigi)
  • Notre vie difficile et troublée a plus que jamais besoin d’images sereines. Plus que jamais nous aimons un certain romanesque scientifique, figuré sur les pages des belles entomologies, avec tous les attraits d’une féerique vérité. (Journal à rebours)
  • Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, voilà une occupation, presque une profession. (La Retraite sentimentale)
  • Cette humeur protectrice, cette adresse à soigner, cette maternité délicate dans le geste – apanage des femmes. (La Vagabonde)
  • Quand vous vantez à une mère la beauté d’une de ses filles, elle pense que c’est la plus laide qui est la plus jolie. (La Naissance du jour)

Autres citations de Colette.

Articles connexes

Suggestion de livres


Claudine à l’école

Le Blé en herbe

La Maison de Claudine

La Chatte

Dialogues de bêtes

Gigi

La Paix chez les bêtes

La Fin de Chéri

DVD : Chéri

DVD : Colette

Devenir Colette


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