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Auteurs français

Jean Anouilh

1910 – 1987

Dans la vie, même quand ça a l’air sérieux, ça n’est tout de même que du guignol. Et on joue toujours la même pièce.

(Jean Anouilh)

Jean Anouilh, né le 23 juin 1910 à Bordeaux (Gironde) et mort le 3 octobre 1987 à Lausanne (Suisse), est auteur dramatique et metteur en scène français, dont le répertoire éclectique mêle le classicisme des sentiments à la nouveauté de la forme théâtrale.
→ À lire : Jean Anouilh : Antigone (1944).

Notice biographique
Photo de Jean Anouilh, prise par Marcel Thomas (1909-2000)

Photo de Jean Anouilh, prise par Marcel Thomas (1909-2000).

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Né à Bordeaux, Jean Anouilh fait des études de droit à Paris, puis travaille dans la publicité avant de devenir le secrétaire de Louis Jouvet en 1928. Cette rencontre est décisive et conforte sa volonté de se consacrer au théâtre. Ses premières pièces, L’Hermine (1932), Le Voyageur sans bagages (1937) et La Sauvage (1938), rencontrent l’adhésion d’un vaste public. Sous leur apparente ingénuité, elles développent une vision profondément pessimiste de l’existence.

Anouilh se révèle également doué pour la comédie, parvenant à échapper aux facilités du théâtre de boulevard jusque dans ses pièces « bourgeoises » comme Le Bal des voleurs (1938). Sous l’Occupation, il donne deux adaptations modernes de tragédies grecques qui obtiennent un succès retentissant : Eurydice (1942) et Antigone (1944). L’Antigone de Sophocle devient une adolescente obstinée dont l’innocence provoque la catastrophe finale. Émaillant les dialogues de familiarités et d’anachronismes, Anouilh fait basculer sa tragédie dans un univers de violence absurde qui évoque le chaos dans lequel l’Europe se trouve alors plongée.

L’Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l’ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre.

(Jean Anouilh)

À partir de la Libération, Anouilh répartit sa production dramatique, régulière et féconde, en pièces « noires », « roses », « brillantes », « grinçantes », « costumées », « secrètes » et « farceuses », suivant leur degré de pessimisme, de férocité et d’hypocrisie. Bien qu’il soit d’apparence classique, son théâtre comprend quelques-unes des œuvres les plus avant-gardistes du XXe siècle. L’Alouette (1953) est une adaptation, ou plus exactement une « réinvention » de la légende de Jeanne d’Arc. Dans Becket ou l’Honneur de Dieu (1959), l’histoire est à nouveau prétexte à une création originale. La pièce, qui obtient un triomphe dès sa première représentation, sera adaptée au cinéma en 1964, puis reprise en 1971 à la Comédie-Française.

Épris de modernité, Anouilh est aussi un défenseur convaincu du théâtre « nouveau ». Après avoir révélé Samuel Beckett au public francophone, il défend Steve Passeur et Eugène Ionesco. Il exhume la pièce de Roger Vitrac, Victor ou Les Enfants au pouvoir, qu’il monte en 1962. Parfois considéré comme un auteur de théâtre de distraction — il a donné des pièces de pur divertissement comme La Culotte (1978) et Le Nombril (1981) —, Anouilh n’en a pas moins contribué à renouveler les techniques dramatiques traditionnelles. Convaincu de l’importance primordiale du jeu et de la mise en scène, il a exploré toutes les possibilités offertes par l’espace scénique. Dénonçant le mensonge social et les idéaux naïfs, son œuvre constitue un vaste réquisitoire contre la famille, l’amour et l’amitié.

À la fin des années soixante, il s’est tourné vers un théâtre plus autobiographique où se réaffirme cependant sa nostalgie d’une pureté inaccessible (Le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron, 1968 ; Cher Antoine ou L’Amour raté, 1969 ; Les Poissons rouges, 1970 ; Ne réveillez pas Madame, 1970).

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En 1980, Anouilh est atteint d’une maladie virale qui lui détruit la thyroïde. En 1983, il est victime d’une crise cardiaque. Très affaibli, il se retire de manière définitive en Suisse. Ses pièces continuent à être jouées à Paris, mais Jean Anouilh ne peut plus participer à leur mise en scène. Il écrit, jusqu’en 1986, ses souvenirs dans un récit autobiographique La vicomtesse d’Eristal n’a pas reçu son balai mécanique. En 1987, il reprend son scénario de Thomas More ou l’Homme libre, qui sera publié quelques mois après sa mort. Au début du mois d’octobre 1987, il entre à l’hôpital de Lausanne pour une transfusion, avant de mourir le 3 octobre 1987.

📽 15 citations choisies de Jean Anouilh
Citations choisies
  • C’est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. (Antigone)
  • C’est très joli, la vie. Mais cela a un inconvénient, c’est qu’il faut la vivre. (Antigone)
  • On ne sait jamais pourquoi on meurt. (Antigone)
  • La sincérité est un calcul comme un autre. (Becket ou l’Honneur de Dieu)
  • La sainteté est aussi une tentation. (Becket ou l’Honneur de Dieu)
  • Avec un peu d’imagination, on peut très bien vivre toute sa vie en un soir. (Le Rendez-vous de Senlis)
  • Nous voulons tous louer à l’année et nous ne pouvons jamais louer que pour une semaine ou un jour : c’est l’image de la vie. (Le Rendez-vous de Senlis)
  • Quelle musique, le silence ! (Le Directeur de l’Opéra)
  • Le monde est plein de midinettes prêtes à adorer les princes quels qu’ils soient. (La Répétition)
  • Mourir, ce n’est rien. Commence donc par vivre. C’est moins drôle et c’est plus long. (Roméo et Jeannette)
  • C’est dans le souvenir que les choses prennent leur vraie place. (Ne réveillez pas Madame)
  • Le plaisir, c’est encore la seule chose qui oblige les hommes à un peu de précision. (Ne réveillez pas Madame)
  • On ne doit jamais battre une femme – même avec une fleur ! (Tu étais si gentil quand tu étais petit)
  • Si tous les hommes étaient gynécologues, il y aurait beaucoup moins de crimes passionnels. (Les Poissons rouges ou Mon père ce héros)
  • Avec Dieu, ce qu’il y a de terrible, c’est qu’on ne sait jamais si ce n’est pas un coup du diable. (L’Alouette)
  • On ne s’aime jamais comme dans les histoires, tout nus et pour toujours. S’aimer, c’est lutter constamment contre des milliers de forces cachées qui viennent de vous ou du monde. (L’Hermine)
  • Chaque volonté, chaque dévouement, chaque enthousiasme nous abrège. (L’Hermine)
  • Il ne faut pas croire exagérément au bonheur. (Eurydice)
  • La mort est belle. Elle seule donne à l’amour son vrai climat. (Eurydice)
Bibliographie sélective

Pièces roses (1942)

  • Humulus le muet (1929)
  • Le Bal des voleurs (1932)
  • Le Rendez-vous de Senlis (1937)
  • Léocadia (1939)

Pièces noires (1942)

  • L’Hermine (1931)
  • La Sauvage (1934)
  • Le Voyageur sans bagage (1937)
  • Eurydice (1942)

Nouvelles pièces noires (1946)

  • Jézabel (1932)
  • Antigone (1944)
  • Roméo et Jeannette (1946)
  • Médée (1946)

Pièces brillantes (1951)

  • L’Invitation au château (1947)
  • La Répétition ou l’Amour puni (1950)
  • Cécile ou l’École des pères (1949)
  • Colombe (1951)

Pièces grinçantes (1956)

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  • Ardèle ou la Marguerite (1948)
  • La Valse des toréadors (1951)
  • Ornifle ou le Courant d’air (1955)
  • Pauvre Bitos ou le Dîner de têtes (1956)

Pièces costumées (1960)

  • L’Alouette (1953)
  • Becket ou l’Honneur de Dieu (1959)
  • La Foire d’empoigne (1962).

Nouvelles pièces grinçantes (1970)

  • L’Hurluberlu ou le Réactionnaire amoureux (1957)
  • La Grotte (1961)
  • L’Orchestre (1962)
  • Le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron (1968)
  • Les Poissons rouges ou Mon père ce héros (1970)

Pièces baroques (1974)

  • Cher Antoine ou l’Amour raté (1969)
  • Ne réveillez pas Madame (1970)
  • Le Directeur de l’Opéra (1972)

Pièces secrètes (1977)

  • Tu étais si gentil quand tu étais petit (1972)
  • L’Arrestation (1975)
  • Le Scénario (1976)

Pièces farceuses (1984)

  • Épisode de la vie d’un auteur (1948)
  • Chers zoiseaux (1976)
  • La Culotte (1978)
  • Le Nombril (1981)

Littérature

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  • Fables (1962)
  • La vicomtesse d’Eristal n’a pas reçu son balai mécanique, (autobiographie, 1987)
  • En marge du théâtre (recueil d’articles, de préfaces et de présentations de ses œuvres théâtrales, publié de manière posthume, sous la direction d’Efrin Knight, 2000).

Articles connexes

Suggestion de livres


Antigone

Fiche de lecture : Antigone

Jean Anouilh lit Antigone

Pièces farceuses

Pièces roses

Pièces brillantes

Pièces noires

Fables


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