L’Académie française

sa fondation, son histoire, ses travaux

 

L’Hôtel de Rambouillet avait contribué à polir les mœurs et le langage des Français ; l’Académie va donner à la langue plus de précision et de pureté : cette société savante, qui forme aujourd’hui une des cinq divisions de l’Institut de France fut créée en 1635 par le cardinal de Richelieu. Voici les circonstances qui ont accompagné cette fondation.

Vers 1626, Valentin Conrart, l’un des habitués de l’Hôtel de Rambouillet, recevait chez lui une fois par semaine quelques particuliers désireux de s’entretenir de leurs études de prédilection. Ces hommes, des grammairiens ou des lettres, disputaient sur des questions de langue, et se lisaient entre eux les travaux manuscrits qu’ils avaient l’intention de publier. Leur société s’accrut peu à peu de quelques nouveaux membres, et commençait à prendre de l’importance, lorsque Richelieu résolut de lui offrir sa protection et de l’organiser en un corps officiel. Les hôtes de Conrart auraient préféré s’assembler librement, comme ils le faisaient depuis plusieurs années ; ils crurent cependant devoir déférer aux désirs du puissant cardinal, rédigèrent des statuts et donnèrent à leur association le nom d’Académie française, qu’elle a porte jusqu’à nos jours.

En fondant l’Académie, Richelieu n’entendait pas lui laisser toute indépendance. On le vit bien lors de la représentation du Cid, dont l’auteur, Pierre Corneille, avait froissé le ministre par la fierté de son caractère. Richelieu exigea que la savante compagnie se prononçât contre le poète, et rédigeât un mémoire qui fut confié à Chapelain. Celui-ci déclara au nom de ses confrères que le sujet du Cid n’était pas bon, que le dénouement était défectueux, que la bienséance n’était pas observée en plus d’un endroit, enfin que beaucoup de vers manquaient de noblesse. Toutefois, Chapelain faisait pressentir une certaine admiration pour le chef-d’œuvre qui enchantait les Parisiens, ce qui n’était pas de nature à satisfaire l’absolutisme du cardinal. Sous Louis XIV, l’Académie française dut plus d’une fois se conformer aux exigences royales. C’est ainsi que La Fontaine ne fut élu académicien que sur l’ordre exprès du roi, après que Boileau eut précédé le fabuliste dans la docte assemblée.

D’après ses statuts, l’Académie devait travailler à la pureté de la langue. Dans ce but, elle entreprit la rédaction d’un dictionnaire, renfermant tous les termes et acceptions légitimes. Ce travail, qu’il ne faut pas confondre avec le Dictionnaire historique, fut placé sous la direction de Vaugelas ; la lettre A fut commencée le 7 février 1639, et ne fut achevée que le 17 octobre de la même année. Richelieu, qui avait reproché aux académiciens de ne rien faire d’utile, cherchait à activer cette besogne. La première édition ne parut toutefois qu’un 1694 ; dès lors le Dictionnaire de l’Académie a été réédité sept fois en 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878, 1932-1935. La neuvième édition, dont la publication a débuté en 1992, est en cours (donc neuf éditions jusqu’à nos jours) . En même temps qu’elle décidait la composition de son dictionnaire, l’Académie avait l’intention de rédiger aussi une grammaire, une rhétorique et une poétique. La Lettre de Fénelon à l’Académie française nous fait voir comment l’auteur du Télémaque entendait lui-même collaborer à ces divers ouvrages ; il est à regretter que les académiciens de cette époque n’aient pas donné suite à leur projet. Craignant qu’une grammaire faite collectivement ne présentât de grands inconvénients, ils chargèrent de ce travail Regnier-Desmarais, qui fit paraître en 1705 son Traité de la grammaire française.

Les séances de l’Académie ont lieu chaque jeudi. Chaque année, au mois de mai, une séance est consacrée à la distribution de nombreux prix décernés par la savante compagnie. De nos jours, l’Académie française jouit, vis-a-vis du pouvoir, de la plus large indépendance possible. Lorsqu’un académicien meurt, ses collègues procèdent à son remplacement parmi les candidats qui se sont présentés. Chacun de ceux-ci a fait au préalable une visite de courtoisie à tous les membres de l’Académie pour solliciter leurs suffrages. L’élection se fait au scrutin secret et à la majorité relative des voix. Lorsqu’elle est accomplie, le nouveau membre vient occuper le fauteuil de son prédécesseur dans une séance solennelle fixée à l’avance. De sa place, le récipiendaire prononce un discours longuement préparé pour faire l’éloge de celui auquel il succède. Le directeur de l’Académie prend alors la parole pour faire ressortir les mérites de l’élu et énumérer les titres qui l’ont désigné au choix de l’assemblée. Ici, le blâme se mêle souvent à l’éloge, mais discrètement et avec urbanité. Au reste, ces discours académiques constituent un genre d’éloquence à part, fait de compliments, de critiques, de fines remarques et d’allusione spirituelles, dont la saveur est singulièrement relevée par le rang de ceux qui les font et par la circonstance solennelle qui les accompagne. Aussi le public est-il ordinairement très nombreux en même temps que choisi les jours de réception à l’Académie française. Les séances ont lieu au palais Mazarin, sur la rive gauche de la Seine, édifice qui fut consacré, en 1795, aux diverses réunions de l’Institut. Ajoutons que L’Académie française se compose de quarante membres appelés souvent les immortels, et qu’elle est dirigée, dès son origine, par un bureau de trois membres. Deux d’entre eux, le directeur et le chancelier, sont élus pour trois mois ; le secrétaire est nommé à vie et prend pour cette raison le titre de secrétaire perpétuel.

Malgré son tempérament par trop conservateur, l’Académie française a rendu de grands services à la langue. Elle est encore de nos jours une des gloires de la France.

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Suggestion de livres


Des siècles d’immortalité

Dictionnaire de l’Académie française, tome 1

Dictionnaire de l’Académie française, tome 2

Dictionnaire de l’Académie française, tome 3



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