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Le lai

Qu’est-ce que le lai ?

Le lai est un mot qui signifiait, au Moyen Âge, chanson ou plutôt récit chanté. Il s’agit d’une forme poétique médiévale d’origine bretonne, narrative ou lyrique, qui a été illustrée notamment par Marie de France mais dont la forme a varié à travers les époques.

Nous distinguons deux sortes de lais : le lai narratif et le lai lyrique.

  1. Le lai narratif est un conte relativement court en octosyllabes (huit syllabes), à rimes plates et souvent marqué par le merveilleux. C’est le cas des lais de Marie de France.
    Les lais narratifs prennent pour sujet une aventure merveilleuse, qui se rattache en général aux légendes arthuriennes ou au cycle de la Table Ronde. On les disait en s’accompagnant de la harpe ou de la rote.
  2. Le lai lyrique est une forme poétique et musicale de longueur variable, en strophes plus ou moins complexes, en usage surtout aux XIVe et XVe siècles, comme les lais de Guillaume de Machaut, de Christine de Pisan.
    Les lais purement lyriques parviennent à leur perfection technique au cours des XIIIe et XIVe siècles. Ce sont alors des poèmes d’un nombre de vers variables, dépassant rarement 300, partagés en principe en 12 strophes hétérométriques.

Le lai est donc d’origine celte. En Bretagne, il était conçu pour être chanté et accompagné de musique. Au XIIIe siècle, c’est Marie de France qui adapte le lai breton pour lui donner la forme d’un récit en vers, alliant les styles lyrique et narratif. Les Lais de Marie de France, qui sont de loin les plus célèbres du genre, sont des récits merveilleux, composés en vers, qui chantent l’amour courtois et qui sont particulièrement remarquables par la part inédite accordée à l’étude psychologique. Le sentiment tendre et mélancolique imprimé par Marie de France au genre lui-même est parfaitement marqué dans ce passage du Lai du chèvrefeuille à propos de Tristan et d’Iseut :

D’euls deus fu il tut autresi,
Cume del chevrefoil esteit,
Ki à la codre se preneit :
Quant il est si laciez et pris
E tut entur le fust s’est mis,
Ensemble poient bien durer.
Mais ki puis les volt desevrer,
Li codres muert hastivement
Et chevrefoil ensemblement
— Bele amie, si est de nus :
Ne vus sanz mei, ne mei sanz vus.

↓ Traduction française :

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Et lors tous deux sont-ils unis
Tel le chèvrefeuille enlacé
Avec le tendre coudrier :
Tant qu’il est étroitement pris
Autour du fût où il se lie,
Ensemble peuvent-ils durer,
Mais qu’on vienne à les séparer,
Le coudrier mourra bientôt
Et le chèvrefeuille aussitôt.
— Or, belle amie, ainsi de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous.

(Traduction de Françoise Morvan, Actes sud)

À partir de cet exemple, nous remarquons bien que les lais de Marie de France, comme ceux du même temps, sont en vers de huit syllabes et ne sont pas assujettis à aucune combinaison particulière de rimes. Bientôt, au lieu d’être un récit continu, le lai devient une chanson proprement dite, avec des stances distinctes, voire même avec refrain. Le Lai de la dame du Fael, du même siècle, remplit déjà cette double condition de la chanson.

Origine du lai

L’origine du lai et de son nom a été l’objet de contestations sans intérêt réel. Les récits chantés, héroïques comme les chansons de geste ou fantastiques comme les romand d’aventures, se retrouvent chez tous les peuples sortis de la fusion des races saxonnes et latines. Peut-être y sont-ils nés d’anciens souvenirs littéraires celtiques ; toujours est-il que les vieilles légendes bretonnes y tiennent une grande place. Toutefois, on y trouve à côté de la « matière de Bretagne », comme on dit pour les gestes, les deux  autres « matières de France et de Rome ». L’étymologie du mot ne peut guère éclairer sur l’origine de la chose. Quelques-uns font venir lai du mot allemand lied, qui aurait déjà produit en latin le mot leudus, employé dès le VIe siècle par Fortunat. Mais lied et leudus peuvent venir tous deux de langues de l’Europe plus anciennes…

Caractéristiques du lai

Dans l’ensemble, le lai est caractérisé par sa construction mélodique symétrique, ainsi que par l’usage de refrains (répétition de vers à l’identique) et de variantes (répétitions de la structure rythmique et mélodique mais lexique différent).

Au XIVe siècle, cet aspect symétrique et l’usage de refrains sont systématisés dans les lais de Guillaume de Machaut, tandis que l’aspect narratif s’estompe au profit de la dimension lyrique. Le lai est soumis à des règles fixes et précises. On lui impose, tour à tour, d’avoir douze ou vingt-quatre couplets et on détermine l’agrément des rimes et l’ordre des vers de rythmes différents. Il finit par être confondu avec le virelai, qui en est la dernière transformation artificielle et savante.

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Le lai utilise, en outre, de façon privilégiée les vers impairs (mais les Lais de Marie de France sont en octosyllabes). Au XVe siècle, il est écrit dans des vers de plus en plus courts, qui deviennent caractéristiques de cette forme.

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Amours et merveille.
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