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Rhétorique et style

Le symbole

Introduction

Le symbole est un objet concret choisi pour signifier l’une ou l’autre de ses qualités dominantes. La sphère est le symbole de la perfection ; l’eau le symbole de l’écoulement, de la souplesse, de l’inconsistance, de la transparence, de la purification, du baptême.

Mulitvalence du symbole

L’objet concret relève toujours d’un ensemble de qualités ; il est, en principe, comme disent les philosophes, d’une compréhension infinie. En langue littéraire, nous disons que le symbole est multivalent : ainsi, le « lion » n’est que le symbole du courage ; il est aussi le symbole des divers attributs du lion, c’est-à-dire de la force, de la beauté, de la noblesse.

Cette richesse de signification devait, de tout temps, séduire le poète. Mais c’est dans la seconde partie du XIXe siècle, à partir de 1885, que la poésie s’en empare pour en faire le procédé essentiel d’une école. On ne le comprendrera que si l’on établit une nette distinction entre deux espèces de symboles : les symboles conventionnels et les symboles vécus.

Les symboles consacrés ou conventionnels

Ils sont plus nombreux qu’on ne le croit en général. La liste dréssée ici n’en est qu’un bien faible aperçu. Pour parcourir la liste, vous devez cliquer sur une des lettres de l’alphabet.

  • — L’abeille : travail, zèle, industrie, Second empire.
    — L’agneau : douceur, innocence, naïveté, Jésus.
    — L’aile : rapidité, légèreté, goût de l’idéal, lyrisme.
    — L’aigle : puissance, domination, empire, génie, signe de saint Jean.
    — L’albatros (conventionnel depuis les Fleurs du Mal) : génie méconnu, gaucherie de l’homme supérieur parmi les médiocres.
    — L’ancre : salut, vie éternelle.
    — L’âne : entêtement, bêtise, simplicité, connaissance intuitive.
    — L’ange : bonté, protection divine, annonce du Ciel, signe de saint Matthieu selon le prophète Ezéchiel.
    — L’anneau : lien, promesse de fidélité, union.
    — L’arbre : généalogie, épanouissement, propérité.
    — L’auberge : halte, repos, hospitalité.
    — L’autruche : aveuglement, sotte volonté de fermer les yeux sur le danger afin d’en nier l’existence.
    — L’azur : infini, perfection, idéal ; monde spirituel.
  • — Le balai : nettoyage, purification ; épuration spirituel.
    — La balance : équité, justice ; parfois : sceptisme.
    — La balance déséquilibrée : partialité, injustice.
    — Le balancier : régularité, équilibre.
    — Le bandeau : aveuglement de l’ignorence ; impartialité de la justice qui frappe uniformément, sans connaître de privilèges ni de condition sociale.
    — Le bélier : entêtement, agressivité, courage ; autorité ; amour brutal, force génésique, esprit de sacrifice ; spiritualisation de la matière sous l’influx divin.
    — La béquille : infirmité, faiblesse, défaut, aide, soutien,
    — Le bleu : tendresse, idéal ; amour platonique, angélisme. Couleur attribuée au vêtement de Clotho.
    — La botte : puissance armée, tyrannique, foulant aux pieds la liberté, domination étrangère, pangermanisme.
    — Le bouc : force génératrice de la nature ; intelligence impulsive et terrienne ; vie païenne et obscène ; prostérieurement à l’avènement du christianisme : satanisme.
    — Le bouclier : protection du faible.
    — Le bourgeon : naissance, développement, devenir, espérance.
    — La braise : force latente, passion secrète, amour ardent, mais caché.
    — Le brodequin : comédie.
    — La buse : stupidité.
  • — Le caducée : paix, commerce, éloquence ; attribut de Mercure ; emblème du corps de santé, en souvenir du serpent, attribut d’Hygiée et d’Esculape ; opposition d’intérêts neutralisés ; équilibre de deux forces initiatrices : la connaissance du mal contrebalancée par la connaissance des remèdes.
    — Le caméléon : versatilité, lâcheté, adaptabilité.
    — Le capricorne : jour du jugement ; ambivalence de l’âme : la partie supérieure de l’animal mythologique symbolise l’évasion de l’être vers le monde spirituel, la partie inférieure (en forme de poisson) signifie que l’âme peut être replongée dans les eaux primordiales d’un nouveau cycle de transformations.
    — Le carrefour : conjoncture, importance, alternatives du destin ; nécessité de choisir, de prendre une décision importante d’où dépend l’avenir.
    — La cassette : trésor, avarice, secret.
    — La cendre : ruine, mort, désillusion, vieillesse.
    — Le cerf : fierté virile ; capture des influx célestes ; annonciation ; divin message.
    — Le grand cerf : portant une croix de lumière entre les cornes : annonce de la grâce ; conversion au christianisme.
    — Le chacal : divinité de la mort.
    — La chaîne : lien, captivité, servitude, tyrannie ; union, continuité, descendance, déterminisme.
    — La chaîne brisée : liberté, libération.
    — Le chapeau ailé : intelligence commerciale, rapidité des échanges ; attribut de Mercure.
    — La charnière : point d’articulation, point de départ d’un mouvement ou de l’inversion d’un mouvement intellectuel.
    — Le chat : mystère nocturne ; vie instinctive, sensualité, paresse ; sensibilité aux phénomènes magnétiques ; cruauté, perfidie, égoïsme, ouverture au monde des formes sensibles.
    — Le chat noir : mauvais présage : sorcellerie, sabbat, magie noire, satanisme.
    — Le chêne : longévité, santé, robustesse, caractère fier et manquant de souplesse.
    — Le cheval blanc : victoire, parole de Dieu ; fidélité, vérité triomphante ; chez les Celtes : présence de l’eau.
    — Le cheval livide : mort, séjour des morts.
    — Le cheval noir : esprit de propriété, justice distributive.
    — Le cheval roux : déclaration de guerre, massacre.
    — La chèvre : entêtement, caprice, joie maligne ; conservation de la vie (mythe de Minos).
    — Le chien : fidélité, vigilance, intelligence ; intuition de la mort.
    — La chouette : nuit, effroi, sagesse, réflexion, science ; attribut de Minerve.
    — Le ciel : infini, idéal, vie éternelle, Dieu.
    — La cigale : insouciance, imprévoyance de l’artiste.
    — La cigogne : naissance d’un enfant, piété, reconnaissance.
    — La citadelle : refuge, protection, résistance.
    — La clarté : gaieté, révélation, vérité, science, monde intellectuel, pureté, monde moral.
    — La clé : moyen de connaître ou de garder le mystère, ce mystère lui-même ; moyen de connaître, secret, problème, confidence, initiation, vie éternelle.
    — La cloche : prière, religion, parfois alarme.
    — Le cochon : fécondité, prospérité ; esprit terrien : sensualité, malpropreté, ignominie ; gourmandise, faiblesse de la chair inséparable de la condition humaine.
    — Le cœur : bonté, intuition, amour, vie, courage, honneur ; parfois : importance.
    — La colombe : comme symbole païen : amour heureux ; comme symbole biblique : paix, pardon divin ; comme symbole chrétien : Saint-Esprit ; immortalité de l’âme.
    — La colonne : soutien, aide, collaboration, victoire.
    — La colonne brisée : carrière prématurément interrompue, défaite glorieuse.
    — Le compas : emblème des sciences exactes, attribut d’Uranie ; circonspection, minutie.
    — Le corbeau : gravité, sagesse ; pouvoir divinatoire et prophétique ; voix de la conscience, présage de mort.
    — Les corbeaux : lâcheté collective, cupidité, malveillance, banditisme des gens d’affaires ; ailleurs : justice immanente, châtiment du vice.
    — La corbeille : abondance, offrade, générosité.
    — Les cornes : signe du croissant lunaire, signe de la force divine déléguée à l’être temporel (Moïse), ou mythique (Licorne), ou métaphysique (Satan) ; par légère déviation du sens, signe de force malfaisante (Pan, Satyres, Méphisto).
    — La couronne : royauté, gloire, noblesse, noblesse d’âme, martyre.
    — La cothurne : tragédie.
    — Le croissant : fécondité, islamisme ; aux yeux des chrétiens du Moyen Age : paganisme. Emblème de Diane.
    — La croix : christianisme, foi, piété, résignation, abnégation, souffrance, calvaire, sacrifice, importance.
    — La cruche et le vin : hospitalité.
    — La cuirasse : protection du fort.
    — Le cygne : lente et laborieuse élévation morale ; progrès sur la voie des initiations qui conduisent à la perfection ; résurrection dans l’état de pureté ; esprit de sacrifice.
    — Le cygne noir : matrice universelle, eaux primordiales de l’Abîme.
  • — Le doigt baissé : accusation.
    — Le doigt horizontal (l’index) : indication, orientation, appel à l’attention intellectuelle relativement à un point précis.
    — Le doigt levé : appel à l’attention morale, menace du châtiment ; parfois : silence, appel à l’attention auditive.
    — Le dragon : manifestation du mal ; difficulté à vaincre, caractère combatif et rébarbatif.
    — La dune : solitude triste et sauvage ; désespérance.
  • — L’eau : inconstance, souplesse, transparence.
    — L’ébène : deuil, tristesse.
    — L’écrevisse : marche retrograde, ordre inverse, revendication du subconscient.
    — L’écueil : difficulté, cause d’échec.
    — L’édifice : haute construction intellectuelle ; système plus élevé que profond, entreprise considérable et qui manque d’équilibre, voire de fondations.
    — L’émail : brillant et minutie de l’exécution, durée.
    — L’embarcadère : départ, évasion, au-delà, séparation.
    — L’encens : adoration, religiosité, flatterie.
    — L’encensoir : flagornerie.
    — L’encrier : activité de l’écrivain, art d’écrire.
    — L’épée : honneur, courage, dons chevaleresques : fidélité, respect de la foi jurée, droiture, patriotisme.
    — L’épée brisée : paix, désarmement ; défaite.
    — Les épées croisées : bataile, guerre, conflit.
    — L’éperon : stimulation, émulation, impunité.
    — L’éponge : acquittement, amnistie, impunité.
    — L’équerre : rectitude, droiture, équité, impartialité ; un des emblèmes de la Franc-maçonnerie.
    — L’escargot : lenteur, sagesse, bourgeoisie.
    — L’étoile : orientation, espoir, idéal, rêverie, infini, inaccessible.
  • — Le faisceau : union qui fait la force, collaboration, fascisme.
    — Le fanal : signalisation d’un danger.
    — La faucille : moisson, agriculture, travail, communisme.
    — Le fauteuil : confort bourgeois, paresse, incapacité.
    — La femme nue : état d’innocence prèmière, vérité, connaissance.
    — La fenêtre : ouverture sur la vérité, sur l’avenir, évasion, promesse de liberté, au-delà.
    — Le fer : dureté, inflexibilité, fermeté de caractère.
    — Les fers : captivité.
    — Le fétu : impuissance, jouet des événements ou du destin.
    — Le feu : vie, passion, fougue, puissance créatrice (feu artiste), puissance destructrice (feu infernal).
    — La feuille : nature printanière ou estivale, jeunesse, vie (la couronne de feuilles s’oppose à la couronne d’épines).
    — Le fil à plomb : verticalité, droiture, équilibre moral, impartialité ; un des emblèmes de la Franc-maçonnerie.
    — Le flambeau : science éclairant le monde.
    — La flamme : vie, ardeur, amour, foi.
    — Le fleuve : cours de l’existence, écoulement du temps, éternité.
    — La flûte : poésie pastorale, d’expression simple et naturelle.
    — La forteresse : refuge, sécurité.
    — Le fossé : séparation, distance, antinomie, incompatibilité d’humeur.
    — Le fouet : châtiment, folie.
    — Le front : pensée. dignité, noblesse d’âme, génie, audace.
    — Le fruit : produit, abondance, fécondité, bonheur.
    — Le fruit vert : jeunesse excessive, manque de maturité intellectuelle et morale.
  • — Le geai : plagiat.
    — La girouette : inconstance, esprit changeant, versatilité.
    — La glace : indifférence, insensibilité.
    — Le glaive : justice pénale.
    — Le gui : bonheur ; immortalité de l’âme.
    — La guimauve : manque de caractère.
  • — La hache : droit de vie et de mort, autorité du sénateur romain ; brutalité.
    — La haie : difficultés semées dans le cours de l’existence.
    — Le houx : souhait de bonheur, douleur, inimité.
    — L’huile : bénédiction, consécration, absolution ; travail excessivement minutieux.
    — Le jaune : richesse, tromperie.
  • — La lampe : intimité, étude, foi fidèle et éclairée.
    — La licorne : pureté, virginité, noblesse d’âme ; sa corne pointée vers le ciel est un symbole de la force divine qui descend en elle.
    — Le lierre : attachement, fidélité.
    — Le lion : puissance, courage, majesté, signe de saint Marc ; vie instinctive au niveau supérieur ; raison du plus fort, « morale des maîtres » par opposition à la « morale des esclaves ».
    — Le loup : intuition du danger, pressentiment de la mort ; cruauté ; dignité devant la mort, stoïcisme.
    — La louve : alliage d’instinct maternel, de tendresse, de courage et de férocité ; ailleurs : lubricité.
    — La lune : rêverie vague, aspiration à l’inaccessible, mélancolie, romantisme.
    — La lunette : relativité de la connaissance.
  • — La main : travail, invention humaine, intelligence ; parfois : partialité.
    — La main ouverte : générosité, prodigalité.
    — la main tendue : offre, réconciliation, confiance.
    — Les mains qui s’étreignent : entente, amitié, pacte, collaboration.
    — Le marais : stagnation désolante, absence de vie.
    — La marotte : folie, manie.
    — Le masque : dissimulation ; crime, perfidie, attribut de Melpomène ; intrigue amoureuse, tromperie, attribut de Thalie.
    — Le miroir : coquetterie, vanité, narcissisme ; introspection, connaissance de soi-même, autocritique.
    — Le moulin : monotonie de l’existence, asservissement aux forces extérieures, fatalité ; tyrannie du travail ; ailleurs : illusions, don quichottisme.
    — Le mur : obstacle, limitation, ignorance.
    — Le nectar : qualité exquise, immortalité.
    — La nef : destinée qui lutte avec bonheur.
    — La neige : pureté, innocence, virginité.
    — Le noir : deuil, absence.
    — La noix creuse : fausse apparence d’intelligence.
    — Le nuage : danger, pressentiment, menace du destin.
  • — L’œil : clairvoyance, vigilance, surveillance, omniscience, Dieu.
    — L’œuf : l’origine, la cause suffisante.
    — L’oie : candeur, naïveté, simplesse ; pas maladroits de l’homme sur le chemin de l’initiation ; octroi de grâce.
    — L’ombre : menace, pressentiment, imperfection, tache, faute commise.
    — L’ongle : défense hargneuse, signature de la force ou du mal.
    — La page blance : innocence, naissance.
    — Le pain et le sel : hospitalité.
    — Le palme : gloire, martyre, élégance.
    — La pantoufle : oisiveté, confort, lâcheté bourgeoise.
    — Le paon : vanité, coquetterie, présomption, plagiat.
    — La pâquerette : fraîcheur, goût de l’innocence et de la jeunesse.
    — La pâte : substrat du travail, matière de l’ouvrage, raison de travailler, labeur.
    — Le pavois : célébrité, gloire, popularité.
    — La pêche : tentation, succulence, volupté.
    — Le pélican : esprit de sacrifice ; amour paternel, passion du Christ, résurrection.
    — La perle : qualité exceptionnelle, caractère infiniment précieux, éclat distingué, aristocratique.
    — Le perroquet : bavardage, absence d’analyse, inconscience du sens des paroles prononcées, sottise, connaissances purement mémorielles.
    — La pierre précieuse : éclat fallacieux, trompeuses richesses.
    — Le phare : dénonciation du danger, connaissance, expansion de la vérité, salut.
    — La pierre : dureté du cœur ; solidité basse de l’édifice.
    — La pierre qui roule : incapacité de se fixer, goût de la vie errante, du vagabondage.
    — Le pinceau : art du peintre.
    — Le pinson : gaieté, insouciance.
    — La pioche : travail acharné.
    — La pipe : goût de l’activité tranquille et régulière.
    — Le pivot : centre ou point de départ d’un mouvement intellectuel ou moral, point d’appui.
    — La plage : étendue uniforme d’esprits qui se ressemblent, qui ont des afiinité spirituelles ; ailleurs : fin de la terre, début d’un infini, solitude.
    — La plante : croissance, flexibilité, souplesse, naturel.
    — Le plastron : fatuité, forfanterie.
    — La plume : légèreté ; art d’écrire ; duvet, mollesse, paresse.
    — Le poignard : vengeance.
    — Le poisson : primordiale manifestation de la vie terrestre ; selon le Zodiaque : fin d’un cycle et point de départ d’un nouveau cycle évolutif, espoir d’une vie nouvelle ; christianisme.
    — La pomme : tentation, péché cosommé ; ailleurs : propérité ; discorde ; choix du cœur.
    — Le port : abri, salut, fin de carrière.
    — Le poteau : exécution.
    — Le pouce renversé : demande de mise à mort.
    — Le poulpe : incarnation du mal.
    — Le pourpre : dignité sénatoriale, impériale ou cardinalice.
    — Le prisme : moyen d’analyse, de décomposition, mirage, présentation de fausses couleurs.
  • — Le récit : danger mortel.
    — Le reflux : retour des choses, mouvement inverse.
    — La remorque : passivité, imitation servile.
    — Le robinet : bavardage insipide.
    — Le roc : solidité morale, fondements de la foi.
    — La ronce : mal, animosité, hostilité.
    — Le rossignol : lyrisme de l’amour.
    — La route : destinée humaine.
    — La ruche : travail en commun, société.
    — La ruine : trace des civilisations disparues, précarité des œuvres humaines.
    — Le sable : instabilité des fondements et précarité d’une œuvre donnée.
    — La sandale : pèlerinage ; supercherie, usurpation de la qualité divine ; chez les Hébreux : rachat, échange, ratification d’une convention.
    — Le sang : vie, amour, crime, santé, noblesse, hérédité.
    — Le sanglier : force destructive, férocité ; occasion, pour le guerrier ou le chasseur, d’exercer son courage.
    — Le saule : consolation, douceur plaintive.
    — Le scarabée : immortalité.
    — Le scorpion : attaque perfide ; orgueilleuse disposition de soi-même, suicide métaphysique.
    — Le sel : force du goût, force de caractère, élément de qualité.
    — Le serin : petitesse de l’intelligence, étourderie.
    — Le serpent : comme symbole bénéfique : vertu thérapeutique ou rédemptrice ; simulacre déposé par Moïse dans le Temple, et dans lequel les Hébreux voyaient pour la plupart un téraphin guérisseur ; comme symbole maléfique : esprit du mal (la Vierge l’écrase sous son talon), tentation, séduction ; connaissance intellectuelle en tant que luciférienne.
    — La serrure : solution d’un problème.
    — Le seuil : entrée, accueil, veille d’initiative, passage dans une autre phase de l’existence, passage dans l’autre vie.
    — Le sillage : voie frayée, trace indicatrice.
    — Le soleil : source de connaissance, source de la joie, du bonheur, du Bien.
    — Le soupirail : espoir au sein de l’incertitude.
    — Le sourcil froncé : volonté, souci, gravité, menace de châtiment.
    — Le sourire : amitié, assentiment, espoir, moquerie, etc.
    — Le sucre : obséquiosité, flatterie intéressée, bénéfices illicites.
  • — La tarentule : caprice, agitation, folie.
    — La taupe : aveuglement, travail de sape, hypocrisie.
    — Le taureau : force créatrice divine ; force impérieuse de la nature, soit génésique (fertilité, fécondité), soit destructrice (mythe du Minotaure dévorateur) ; courage aveugle, droiture de l’attaque, signe de saint Luc.
    — Le ténia : parasitisme.
    — La tisane : maladie imaginaire, infirmités de la vieillesse, faible santé.
    — La toile : ouvrage composé, complot.
    — La topaze : richesse.
    — Le torrent : impétuosité, désordre et abondance, inspiration du génie.
    — La tourterelle : amour tendre ; dans le Nouveau Testament : présentation de Jésus au Temple.
    — La trappe : embûche, obstacle suscité par la malveillance.
    — Le trèfle à quatre feuilles : extrême rareté, chance, bonheur.
    — La trique : châtiment corporel.
    — La trompette : renommée ; puissance de l’intercession, annonce du jugement dernier.
    — Le trophée : victoire.
    — La vache : vertus nourricières de la terre, fécondité.
    — Le vampire : cruauté sadique.
    — Le vautour : cruauté ; lâcheté qui attend, pour attaquer, le moment où la proie est hors d’état de se défendre.
    — Le velours : douceur, caresse, volupté, fraîcheur, primeur.
    — Le ventre : naissance, origine, instinct de nutrition, bas instincts ; centre de ravitaillement.
    — Le venin : agent de corruption morale.
    — Le vent : puissance impétueuse et vaine, changeante et bruyante ; écoulement rapide, futilité, sottise.
    — Le zeste : élément inutile, vain résidu, inanité.

Construction du poème symboliste

Un symboliste construit parfois un poème au moyen de ces symboles morts. Sur un canevas primitif qu’il est aisé de rétablir par conjecture, le poète brode son poème en substituant des symboles aux éléments abstraits. Supposons l’état d’âme initial suivant : « le poète est triste. Il poursuit sa destinée ; mais tandis que, dans sa détresse, il voit le temps s’écouler, inexorable, et grandir la menace de mort, il se ressaisit, s’encourage à poursuivre son existence. Il se demande s’il n’a pas perdu le don de chanter sa douleur, c’est-à-dire de se consoler en tout temps. Il évoque son passé, puisqu’il peut chanter le passé » .

Pour traduire cela, le poète choisit des symboles : La Route, pour la destiné ; Le Cyprès, pour l’angoisse de mort ; L’Ombre du cyprès pour l’écoulement du temps ; La Haie, pour les épreuves ; La Flûte, pour l’expression d’une poésie lyrique simple et naïve ; La Lune qui se lève, pour l’espoir naissant…

Les symboles contingents

Ce sont ceux que le poète découvre dans un fait vécu, dans une circonstance de la vie présente. Ils pourraient ne pas être. Ils sont dépourvus de nécessité générale. Mille et mille fois nous avons vu un « mât », un « talon de soulier », ou je ne sais quel objet commun sans que se présente à notre conscience une autre image que celle d’un mât ou d’un talon. Mais un événement surgit, où, par occasion, l’objet se charge d’une portée symbolique. Ainsi pour Dominique et Madeleine dans une promenade en bateau, par calme plat… Sur la mer plombée, entre ces amants profonds qui n’ont rien à se dire parce qu’ils ont tout à se dire, les heures passent, lentes, dans un éblouissement d’eaux réfléchies : Fromentin s’aperçoit alors que cette durée est traduite par l’ombre qui tourne, immatérielle et inexorable, autour du mât : le symbole n’est pas inséré de force dans le paysage : c’est le paysage qui le fournit, parce qu’il se met soudain, en l’une de ses parties, à vibrer et à signifier.

Au cours d’une autre promenade, une promenade d’adieu, dans les chemins détrempés de l’automne, c’est, soudain, la vision de la marque laissée par le talon d’un frêle soulier de femme… Et Fromentin saisit là un signe sur le vif : il songe avec tristesse que cette marque s’effacera bientôt : c’est le symbole de l’amour qui meurt, des bonheurs éphémères.

Il arrive aussi que le poète, sans avoir jamais vécu en fait les événements qu’il décrit, les vive cependant avec intensité dans le temps même qu’il imagine : de sorte qu’il trouve dans les événements de véritables symboles vécus.

Les symboles freudiens

Sigmund Freud a montré que les formes qui peuplent nos rêves sont chargées de signification et prennent, en conséquence, figure de symboles. Selon lui, c’est l’instinct sexuel, refoulé par la pudeur, qui se libère pendant la détente du sommeil et se manifeste dans le songe nocturne. L’impératif maral qui, à l’état de veille, montait une garde vigilante, lève alors son veto. Les mots tabous, les formes obscènes, les visions défendues prennent la clé des champs et s’agitent et composent dans l’imagination sans contrôle une gigue sabbatique. Les désirs obscurs se révèlent, mais voilés, sous des apparences allusives. Ainsi, pour Freud, les formes concaves évoqueraient le corps féminin, les formes convexes, pointues ou dressées, le corps masculin et ses attribut. Un empereur, vu en songe, désignerait le père ; la chambre à coucher, l’épouse. Une fuite à travers escaliers : l’acte sexuel. Un poisson, un escargot, un serpent, une cravate : le membre viril. La droite, le bien. La gauche, le crime, l’homosexualité, l’inceste, la perversion. Des bagages, le poids des péchés. Le nombre 3 : les organes génitaux mâles. Le vol planté signifierait, chez la femme, le dégoût des relations sexuelles. Une montagne, une géante, ce seraient la mère…

On voit l’intérêt que ces symboles peuvent revêtir en littérature. Du moment que l’acte d’écrire est une libération ou une confession plus ou moins déguisée, la rêverie du poète ou celle du romancier opère comme le rêve nocturne : le subconscient livre à l’imagination des symboles, personnages masqués d’une comédie allégorique. de signification profondément humaine. Antoine Adam, Charles Baudouin, d’autres encore, ont étudié ce symbolisme psychanalytique chez plus d’un écrivain.

Freud a bien vu que l’imagination libre opère souvent en rêve par rapprochement de mots de sens étranger mais de sonorités voisines. Pour une Allemande, rêver d’un manteau (Mantel) peut signifier qu’elle est éprise d’un homme (Mann). Les séries associatives sonores fonctionnent dans le subconscient comme dans celui de la rêverie : et la rime ne fait rien autre que d’associer des mots de sens hétérogène mais de timbre analogue.

Yung et Adler ont montré que les symboles ont pour origine des angoisses multiples et diverses. La crainte de la souffrance, la peur de la mort, en un mot l’instinct de conservation pourvoient nos rêves de fauves, de croix et de visions macabres. Parfois, les symboles du rêve remonteraient à des expériences ancestrales, transmises héréditairement et accumulées de génération en génération au fond du subconscient comme les mystères de l’instinct animal.

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