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Auteurs français

Gérard de Nerval

1830 – 1907

Le sommeil occupe le tiers de notre vie. Il est la consolation des peines de nos journées ou la peine de leurs plaisirs ; mais je n’ai jamais éprouvé que le sommeil fût un repos.

(Gérard de Nerval, Aurélia ou le Rêve et la Vie, 1855)

Gérard de Nerval, né le 22 mai 1808 à Paris, ville où il est mort le 26 janvier 1855 (à 46 ans), est un écrivain français d’inspiration romantique dont l’œuvre « surnaturaliste » est une exploration poétique des frontières incertaines du rêve et du réel.
→ Lumière sur les Filles du feu (1854), les Chimères (1854) et Aurélia (1855).

Vie de Nerval
Photographie de Gérard de Nerval par Félix Nadar

Gérard de Nerval par Félix Nadar.

Né à Paris, Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie, ne connut jamais sa mère, morte en Allemagne deux ans après sa naissance. Élevé par son oncle maternel, il passa son enfance à Mortefontaine, dans le Valois, dont les paysages servirent d’ailleurs de cadre — à la fois réaliste, folklorique et idéalisé — à la plupart de ses récits de fiction.

À Paris, où il fit ses études au collège Charlemagne, il se lia d’amitié avec Théophile Gautier. Ses premiers textes littéraires étaient des élégies inspirées par l’épopée napoléonienne (Napoléon et la France guerrière, élégies nationales, 1827). En 1828, le poète, qui considérait l’Allemagne comme « notre mère à tous » fit paraître une traduction du Faust de Goethe, qui lui valut d’être félicité par l’auteur lui-même et qui fait encore autorité aujourd’hui (il traduisit Le Second Faust en 1840). À la même époque, il se fit journaliste, se lia avec les principaux écrivains romantiques du Cénacle (Victor Hugo, Charles Nodier, Pétrus Borel, etc.) et, se mêlant à la bohème littéraire de l’époque, prit une part active, aux côtés de son ami Gautier, à la fameuse bataille d’Hernani.

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En 1834, il rencontra l’actrice Jenny Colon, pour laquelle il se prit d’une passion désespérée ; elle lui inspira les figures féminines inaccessibles qui hantent obsessionnellement son œuvre. Désespéré par le mariage de Jenny avec un autre en 1838, Nerval tenta de trouver une consolation dans les voyages, en Allemagne puis en Autriche (Lorely, souvenirs d’Allemagne, 1852).

Rentré en France, il eut une première crise d’hallucinations et de délire (1841), au cours de laquelle il associa des images de sa mère disparue à un univers imaginaire dont il se prétendait le souverain. Interné à la clinique du docteur Blanche, de février à novembre, il décrivit cet épisode comme une expérience poétique.

En 1843, il entreprit une visite de l’Orient (Égypte, Liban, Rhodes, Syrie, Turquie) qui inspira la rédaction du Voyage en Orient (1848-1851), qui offre une version romancée de ses pérégrinations. Mais, en proie à des crises de folie de plus en plus rapprochées, il dut être interné à plusieurs reprises (janvier-février 1852, février-mars 1853, août 1853-mai 1854, fin 1854). Il se pendit dans la nuit du 25 décembre 1855.

Œuvre de Nerval

Si l’on excepte divers ouvrages dramaturgiques (Lara, 1833 ; Léo Burckhart, 1839), l’œuvre de Nerval est essentiellement romanesque et poétique.

Il publia ses premiers poèmes en revues, puis les assembla sous le titre d’Odelettes rythmiques et lyriques (1835). Alors que les Petits Châteaux de Bohême (1852), recueil de poèmes et de poèmes en prose, relèvent d’une délicate inspiration nostalgique, les récits en prose des Illuminés ou les Précurseurs du socialisme (« Cagliostro », « les Confidences de Nicolas », « Cazotte »), parus la même année, marquent le goût de Nerval pour les savoirs ésotériques et pour les personnalités étranges comme Cagliostro ou Restif de la Bretonne. Cet intérêt pour la pensée hermétique, cette foi dans la valeur du savoir ésotérique furent aussi, d’une autre façon, une source d’inspiration pour les œuvres majeures de la fin de sa vie, les Filles du feu (1854), les Chimères (1854) et Aurélia ou le Rêve et la Vie (1855).

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Les Filles du feu

Chaque nouvelle des Filles du feu porte le nom d’une femme, à la fois réelle et mythique (« Angélique », « Sylvie », « Octavie », « Isis », « Corilla »). Le cadre des premiers de ces récits, « Sylvie » et « Angélique », est le Valois, tandis que les derniers se déroulent en Italie. Tous ces textes font néanmoins le récit de la quête d’une figure féminine perdue — femme, déesse, fée ou sainte —, qui finit par s’incarner dans l’Isis mystique des cultes ésotériques.
→ À lire : Les Filles du feu (1854).

Les Chimères

Le recueil les Chimères regroupe des sonnets (« El Desdichado », « Myrtho », « Delfica », « Artémis », « le Christ aux oliviers ») enchâssant, dans une métrique presque classique, des images et des symboles hermétiques : à ce titre, ce recueil est exemplaire de la recherche mystique du poète, recherche marquée par un syncrétisme religieux qui combine christianisme et paganisme dans une mystique personnelle.
→ À lire : Les Chimères (1854).

Aurélia

La dernière œuvre de Nerval, Aurélia, est le récit en prose d’un voyage onirique, « épanchement du songe dans la vie réelle », qui dépeint « les impressions d’une longue maladie qui s’est passée tout entière dans les mystères de l’esprit ». Dans cette œuvre, il a tenté de rendre compte d’une de ses expériences « surnaturalistes » ou « surréalistes », au cours desquelles les frontières entre le rêve et la réalité se brouillent. C’est d’ailleurs Aurélia qui lui valut d’être considéré par les surréalistes comme un précurseur.
→ À lire : Aurélia (1855).

Citations choisies
  • Les illusions tombent l’une après l’autre, comme les écorces d’un fruit, et le fruit, c’est l’expérience. Sa saveur est amère. (Sylvie)
  • Le sommeil occupe le tiers de notre vie. Il est la consolation des peines de nos journées ou la peine de leurs plaisirs ; mais je n’ai jamais éprouvé que le sommeil fût un repos. (Aurélia)
  • Dans les rêves, on ne voit jamais le soleil, bien qu’on ait souvent la perception d’une clarté beaucoup plus vive. Les objets et les corps sont lumineux par eux-mêmes. (Aurélia)
  • Le Rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. (Aurélia)
  • Notre passé et notre avenir sont solidaires. Nous vivons dans notre race et notre race vit en nous. (Aurélia)
  • Le désespoir et le suicide sont le résultat de certaines situations fatales pour qui n’a pas foi dans l’immortalité, dans ses peines et dans ses joies. (Aurélia)
  • La pensée se glace en se traduisant en phrases. (Lettres)
  • La conjugaison éternelle du verbe « aimer » ne convient peut-être qu’aux âmes tout à fait naïves. (Lettres)
  • J’arrange volontiers ma vie comme un roman, les moindres désaccords me choquent. (Lettres)
  • Mon pauvre oncle disait souvent : « Il faut toujours tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. » Que devrait-on faire avant d’écrire ? (Les Illuminés)
  • Avec le temps, la passion des grands voyages s’éteint, à moins qu’on n’ait voyagé assez longtemps pour devenir étranger à sa patrie. (Les Nuits d’octobre)
  • Le dernier mot de la liberté, c’est l’égoïsme. (Paradoxe et vérité)
  • Les âmes sont les idées de Dieu. (Paradoxe et vérité)
  • Il n’y a qu’un seul vice dont on ne voie personne se vanter, c’est l’ingratitude. (Fragments)
  • La patience était la plus grande des vertus des initiés antiques. (Voyage en Orient)
  • Que de gens que l’on croit heureux et qui sont au désespoir. (Les confidences de Nicolas Restif de la bretonne)
📽 15 citations choisies de Gérard de Nerval
Bibiographie
Poésie
  • Napoléon et la France guerrière, élégies nationales (1826)
  • Napoléon et Talma, élégies nationales nouvelles (1826)
  • L’Académie ou les membres introuvables (1826), comédie satirique en vers
  • Le Peuple (1830), ode
  • Nos adieux à la Chambre des Députés ou « allez-vous-en, vieux mandataires » (1831)
  • Odelettes (1834), dont Une allée du Luxembourg
  • Les Chimères (1854)
Contes, nouvelles et récits
  • La Main de gloire : histoire macaronique ou La Main enchantée (1832)
  • Raoul Spifame, seigneur des Granges (1839), biographie romancée, publiée ensuite dans Les Illuminés
  • Histoire véridique du canard, essai (1845)
  • Scènes de la vie orientale (1846-1847)
  • Le Monstre vert (1849)
  • Le Diable rouge, almanach cabalistique pour 1850
  • Les Confidences de Nicolas (1850), publiée ensuite dans Les Illuminés
  • Les Nuits du Ramazan (1850)
  • Les Faux Saulniers, histoire de l’abbé de Bucquoy (1851)
  • Voyage en Orient (1851)
  • Contes et facéties (1852)
  • La Bohème galante (1852)
  • Lorely, souvenirs d’Allemagne (1852)
  • Les Illuminés (1852)
  • Les Nuits d’octobre (1852)
  • Sylvie (1853)
  • Petits châteaux de Bohème (1853)
  • Les Filles du feu : Angélique, Sylvie, Chansons et légendes du Valois, Jemmy, Isis, Émilie, Octavie, Corilla, Les Chimères (1854)
  • Promenades et souvenirs (1854)
  • Aurélia ou le Rêve et la Vie (1855)
  • La Danse des morts (1855)
Romans
  • Le Prince des sots (1888)
  • Le Marquis de Fayolle (1849)
Théâtre (sélection)
  • Monsieur Dentscourt ou Le Cuisinier d’un grand homme (1826)
  • L’Académie ou Les Membres introuvables (1826)
  • Piquillo (1837), drame signé par Dumas
  • Léo Burckart (1839), drame signé par Nerval
  • Les Monténégrins (1849)
  • L’Imagier de Harlem (1852)
  • Nicolas Flamel (1830)
  • Faust (années 1830)
  • Le Magnétiseur (1840)
  • Les Trois ouvriers de Nuremberg (1840)
  • De Paris à Pékin (1848)
  • Pruneau de Tours (1850)
  • La Main de gloire (1850)
  • La Forêt-Noire ou La Margrave (vers 1850)
  • La Mort de Rousseau (1850)
  • La Fille de l’enfer, Aurore ou Francesco Colonna (1853)
  • La Polygamie est un cas pendable (1853)

Articles connexes

Suggestion de livres

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Les Filles du Feu,
Les Chimères, Aurélia

Le mythe d’Hiram
et l’initiation du Maître maçon

Voyage en Orient

Aurelia – La Pandora –
Les Nuits d’Octobre – Promenades et souvenirs


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