Michel Tournier

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Auteurs français

Michel Tournier

1924 – 2016

Un grand auteur est celui dont on entend et reconnaît la voix dès qu’on ouvre l’un de ses livres. Il a réussi à fondre la parole et l’écriture.

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(Michel Tournier, Le Miroir des idées, 1994)

Michel Tournier, né le 19 décembre 1924 à Paris et mort le 18 janvier 2016 à Choisel, est un écrivain français. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont le plus célèbre est Le Roi des aulnes qui obtient le prix Goncourt en 1970, d’œuvres pour la jeunesse, parmi lesquelles Vendredi ou la Vie sauvage, et d’essais, dont Journal extime. De 1972  à 2010, il siège à l’Académie Goncourt. Au cours de cette période, il partage son temps entre écriture, articles, essais mais aussi rencontres avec son public, la jeunesse.

Une vocation tardive

Michel TournierNé le 19 décembre 1924 à Paris, Michel Tournier fréquente l’école à Saint-Germain-en-Laye et le lycée Pasteur de Neuilly. Après avoir suivi des études de philosophie à la Sorbonne et à l’université de Tübingen (en Allemagne), il échoue à l’agrégation de philosophie. Cet échec lui ferme les portes de l’université. Il s’oriente alors vers les métiers de la télévision et de la radio comme traducteur et journaliste à Europe 1. C’est en travaillant à la radio qu’il prend conscience de l’importance du contact avec le grand public. Devenu directeur des services littéraires des éditions Plon, il écrit pour les « Nouvelles littéraires » du Monde et du Figaro.

En 1967, à plus de quarante ans, il publie son premier roman Vendredi ou les Limbes du Pacifique, qui est couronné par le Grand Prix du roman de l’Académie française. Michel Tournier obtient le prix Goncourt en 1970 pour Le Roi des aulnes, confirmant ainsi sa notoriété d’auteur. Il se consacre alors presque exclusivement à la littérature et devient membre de l’académie Goncourt en 1972.

Écritures et réécritures

Michel Tournier réécrit ses propres textes pour les adapter à un public plus large : Vendredi ou la Vie sauvage (1977), Pierrot ou les Secrets de la nuit (1979), Les Rois Mages (1983) et Les Contes du médianoche (1989). Il affirme qu’une « œuvre ne peut aller à un jeune public que si elle est parfaite. Toute défaillance la ravale au niveau des seuls adultes. L’écrivain qui prend la plume en visant aussi haut obéit donc à une ambition sans mesure ». D’ailleurs il ne veut pas écrire pour les enfants, « je méprise ceux qui écrivent pour les enfants […] Il m’arrive parfois (rarement) d’être si bon, c’est-à-dire si limpide, si concis, si essentiel que tout le monde peut me lire, même les enfants ». (revue Trousse livre, n°46)

→ À lire : L’enfance et la littérature.

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Mythes et mythologies

Ses livres, à la fois réalistes et fantastiques, réactualisent différents mythes : le personnage de Robinson Crusoé dans Vendredi ou les Limbes du Pacifique, celui des rois Mages dans Gaspard, Melchior et Balthazar, l’ogre dans Le Roi des aulnes ou encore le thème de la gémellité dans Les Météores. La fonction du mythe, cette « histoire fondamentale » écrit-il, est d’éclairer les secrètes et confuses aspirations de l’homme :

De la nuit des temps rayonnent ainsi d’obscures clartés qui illuminent pour un instant les misères de notre condition et qui s’appellent mythologies.

(Le Roman mythologique, 1988)

→ À lire : Le mythe : définitions et fonctions. – La mythologie.

Écrire est un voyage

Michel Tournier affirme manquer d’imagination et commence l’écriture de ses romans par des voyages de documentation. Chaque nouveau sujet sert de point de départ et de motivation au voyage. Dans le roman La Goutte d’or, il accomplit l’itinéraire exact de son héros, un jeune Algérien venu chercher du travail à Paris. Pour l’auteur, « voyager constitue une initiation à la transformation, condition indispensable à l’écrivain en quête de l’essence des choses. »

Se sentant rejeté après son échec à l’agrégation, Michel Tournier se décrit comme un naufragé de la philosophie et veut écrire pour tout le monde. Plus son public est éloigné du monde littéraire, plus il lui est précieux. À mi-chemin entre le roman d’aventures, la chronique de voyages et l’essai philosophique, les romans de Michel Tournier défient les canons littéraires conventionnels. Le lecteur chemine dans les dédales d’une riche imagination : construisant lui-même la moitié du livre, il se projette en lisant et remplit par son imagination les blancs laissés par l’auteur ; « chaque lecteur nourrit ses propres lectures… ».

Son premier roman, Vendredi ou les limbes du Pacifique (1967), réécrit le mythe du Robinson Crusoé de l’écrivain anglais Daniel Defoe. Le Robinson de Michel Tournier s’adapte à la vie naturelle et Vendredi, le « sauvage », joue le rôle d’éducateur, substituant les valeurs de la « vie sauvage » à celles de la civilisation capitaliste et colonisatrice.

En 1970, Michel Tournier publie Le Roi des aulnes, qui reprend une ancienne légende germanique d’un ogre dévoreur d’enfants et dont l’histoire se situe dans l’Allemagne nazie des années 1940. Ce roman illustre l’attitude ambiguë de Tournier vis-à-vis de l’Allemagne, pays « noir et blanc », comme il le décrit. Les Météores (1975) présente une réflexion sur le thème de la gémellité, par l’intermédiaire d’un couple de « vrais » jumeaux dont la séparation entraîne l’un d’eux dans une longue quête initiatique.

L’œuvre de Michel Tournier se poursuit avec des essais littéraires (Le Vent paraclet, 1976 ; Les Vertes Lectures, 2006), des contes et des récits (Le Coq de bruyère, 1978 ; Le Médianoche amoureux, 1989), des romans (Gilles et Jeanne, 1983 ; Éléazar ou la Source et le Buisson, 1996). En 1985, il publie La Goutte d’or, un roman centré autour du personnage d’un jeune Maghrébin. Ce livre explore le thème de l’image et de la représentation, et aborde également la question de l’immigration, de l’identité et du déracinement.

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Dernières années

Âgé, Michel Tournier n’écrit plus mais donne encore des entrevues pour évoquer son parcours et ses textes. La Bibliothèque Universitaire d’Angers est dépositaire des papiers de l’écrivain et a créé un fonds Tournier.

Le 18 janvier 2016, Tournier meurt à son domicile de Choisel à l’âge de 91 ans. Ses obsèques sont célébrées le 26 janvier 2016, en l’église Saint-Jean-Baptiste de Choisel. Il est inhumé dans le cimetière qui jouxte l’église et son presbytère, ayant lui-même choisi son épitaphe : «Je t’ai adorée, tu me l’as rendu au centuple, merci la vie ! ».

📽 15 citations choisies de Michel Tournier
  • Il n’y a sans doute rien de plus émouvant dans une vie d’homme que la découverte fortuite de la perversion à laquelle il est voué. (Le Roi des aulnes, 1970)
  • Tout est signe. Mais il faut une lumière ou un cri éclatant pour percer notre myopie ou notre surdité. (Le Roi des aulnes, 1970)
  • La pureté est l’inversion maligne de l’innocence. (Le Roi des aulnes, 1970)
  • Riz : trois lettres, comme dans le mot blé, mais entre ces deux nourritures fondamentales, il y a la distance de deux groupes de civilisations. (Petites proses, 1986)
  • Être en bonne santé, c’est pouvoir abuser de sa santé impunément. (Le Miroir des idées, 1994)
  • Un grand auteur est celui dont on entend et reconnaît la voix dès qu’on ouvre l’un de ses livres. Il a réussi à fondre la parole et l’écriture. (Le Miroir des idées, 1994)
  • Les hommes sont comme les lions, comme toutes les bêtes, comme tous les êtres vivants. La faim les rend féroces. (Gilles et Jeanne, 1983)
  • Une fois sur deux, un ami qui se marie est un ami perdu. (Le Médianoche amoureux, 1989)
  • Un artiste peut accepter pour sa part tous les honneurs, à condition que son oeuvre elle, les refuse. (Le Médianoche amoureux, 1989)
  • Contre les chagrins de la vie, le voyage n’est-il pas le meilleur remède ? (Le Médianoche amoureux, 1989)
  • Survivre c’est mourir. Il faut patiemment et sans relâche construire, organiser, ordonner. (Vendredi ou les limbes du Pacifique, 1967)
  • La pauvreté prive un homme de toute vertu : il est difficile à un sac vide de se tenir debout. (Vendredi ou la Vie sauvage, 1971)
  • Il est tellement plus facile de faire des projets de livres que d’écrire des livres. (Voyages et paysages, 2010)
  • À nos âges, le passé est un abîme béant où il est mortellement doux de se laisser glisser. (Journal extime, 2002)
  • L’admiration est comme une nébuleuse originelle d’où sortent plus tard, par vieillissement et refroidissement, et l’amour et l’amitié. (Des clefs et des serrures, 1983)

Citations supplémentaires

  • Vous ne pouvez avoir de l’amitié pour quelqu’un qui n’a pas d’amitié pour vous. Ou elle est partagée, ou elle n’est pas. Tandis que l’amour semble au contraire se nourrir du malheur de n’être pas partagé. L’amour malheureux, c’est le ressort principal de la tragédie et du roman. (Le Miroir des idées, 1994)
  • L’homme ne promène pas son chien, c’est lui qui est promené par son chien. (Le Miroir des idées, 1994)
  • Je me demande si la guerre n’éclate pas dans le seul but de permettre à l’adulte de faire l’enfant, de régresser avec soulagement jusqu’à l’âge des panoplies et des soldats de plomb. (Le Roi des aulnes, 1970)
  • […] le monde entier n’est qu’un amas de clefs et une collection de serrures. Serrures le visage humain, le livre, la femme, chaque pays étranger, chaque oeuvre d’art, les constellations du ciel. Clefs les armes, l’argent, l’homme, les moyens de transport, chaque instrument de musique, chaque outil en général. La clef, il n’est que de savoir s’en servir. La serrure, il n’est que de savoir la servir… afin de pouvoir l’asservir. (Petites proses,1986)
  • Un poète, un romancier, un novelliste, un conteur ne donne au lecteur que la moitié d’une œuvre, et il attend de lui qu’il écrive l’autre moitié dans sa tête en le lisant ou en l’écoutant. Les oeuvres littéraires les plus importantes selon moi sont celles qui ont suscité après elles une postérité renouvelée à chaque génération. (Journal extime ; La Musardine, 2002)
  • Son comique reposait tout entier sur cette observation très simple: si vous êtes victime d’une malchance, vous intéressez; de deux malchances, vous faites pitié; de cent malchances, vous faites rire. (Que ma joie demeure, 1982)
  • […] les gens tout à fait normaux sont rarement dans l’enseignement, et peut-être est-il naturel et préférable que les enfants, ces demi-fous que nous tolérons parmi nous, soient élevés par des originaux. (La jeune fille et la mort, 2008)
  • En quoi consiste la photogénie? C’est la faculté de produire des photos qui vont plus loin que l’objet réel. (Les Suaires de Véronique,1978)
  • Un trimestre, unité de temps chère aux enseignants. (Le Médianoche amoureux, 1989)

Autres citations de Michel Tournier.

Bibliographie

Romans

  • Vendredi ou les Limbes du Pacifique (1967)
  • Vendredi ou la Vie sauvage (1971)
  • Le Roi des aulnes (1970)
  • Les Météores (1975)
  • Gaspard, Melchior et Balthazar (1980)
  • Gilles et Jeanne (1983)
  • La Goutte d’Or (1985)
  • Eléazar ou la Source et le Buisson (1996)

Contes et nouvelles

  • Le Coq de bruyère (1978)
  • La Fugue du Petit Poucet (1979)
  • Le Médianoche amoureux (1989)

Essais

  • Le Vent Paraclet (1978)
  • Petites proses (1986)
  • Le Vol du vampire (1981)
  • Le Pied de la lettre (1994)
  • Le Miroir des idées (1994)
  • Célébrations (1999)
  • Le Tabor et le Sinaï
  • Le Crépuscule des masques
  • Des clefs et des serrures
  • Journal Extime (La Musardine) (2002)
  • Le Bonheur en Allemagne ? (2004)
  • Les Vertes lectures (2006)

Articles connexes

Suggestion de livres

Le Roi des AulnesRomans/Le Vent Paraclet
Vendredi ou la vie sauvageLes Météores

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